Le ministère des Armées maintient le cap budgétaire pour 2023 et au-delà

Des équipiers du groupement d'aide à l'engagement débarqué de la 7e brigade blindée s'apprêtent à embarquer dans un hélicoptère NH90 Caïman. Image d'illustration (Crédits : Nicolas de P./armée de Terre)

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Sauf obstacle parlementaire majeur, les dépense militaires françaises s’élèveront à 43,9 Md€ l’an prochain. Une proposition de budget dont la hausse est conforme à la loi de programmation militaire 2019-2025, mais qui n’échappe pas aux premières conséquences de la guerre en Ukraine.

Une trajectoire maintenue

La mission Défense sera créditée d’une première marche de 3 Md€ pour parvenir à 43,9 Md€ (hors pensions) en 2023, « des montants très importants conformes à ce qui est inscrit dans la loi de programmation militaire », déclarait ce matin le cabinet du ministère des Armées lors d’un point presse. « L’année 2023 constitue une inflexion très forte, puisque nous faisons presque doubler la marche supplémentaire par rapport aux années précédentes », complète-t-il. 

À qui profite cette marche ? Près de 669 M€ iront à la masse salariale, une augmentation « assez forte » qui inclut les effets de la hausse du point d’indice de la fonction publique et la troisième et dernière étape de la nouvelle politique de rémunération des militaires (NPRM). Elle comprend ensuite un effort « très substantiel » de 550 M€ pour « assurer la disponibilité maximale des matériels en service dans les armées ». Le budget de la dissuasion augmentera de 318 M€, tandis que les programmes à effet majeur comme SCORPION et CONTACT profiteront d’une ligne supplémentaire de 455 M€. Le milliard restant est réparti entre plusieurs « plus petites évolutions » comme les infrastructures, le carburant et les énergies. 

Plus de la moitié de l’enveloppe annuelle totale, soit 25,6 Md€, est axée vers les équipements, comprenant le développement, l’acquisition et le maintien en condition opérationnelle. Le budget entérine également la création de 1500 postes, ce qui amènera le ministère à un plan de 29 700 recrutements. Ce PLF 2023 consacre par ailleurs 1,2 Md€ de provisions pour les OPEX et MISSINT, un montant qui peut être adapté en gestion selon les opérations conduites, rappelle le ministère. 

Concernant la préparation de l’avenir enfin, 8 Md€ sont fléchés vers la R&D de défense, dont un peu plus de 1 Md€ pour l’innovation, plafond atteint en 2022 et maintenu l’an prochain. Le ministère l’assure, les programmes réalisés en coopération avec l’Allemagne, SCAF et MGCS les premiers, continueront d’être financés. L’intérêt pour ces sujets a été réaffirmé la semaine dernière par les deux pays et pourrait l’être à nouveau fin octobre à l’occasion d’un Conseil franco-allemand de défense et de sécurité.

Commandes et livraisons

Le ministère des Armés poursuivra la modernisation de ses équipements, notamment grâce à « un effort considérable de 38 Md€ de commandes militaires ». Pour l’armée de Terre, cela correspond notamment à l’acquisition de 8000 fusils d’assaut HK 416F, 46 station satellitaires Syracuse IV, un lot de missiles MMP et 420 « véhicules blindés légers » Serval. Une tranche de 22 poids lourds forces spéciales sera actée au profit du Commandement des opérations spéciales (COS).

Au rang des livraisons, l’armée de Terre percevra 200 missiles MMP, 264 véhicules SCORPION, 18 chars Leclerc rénovés a priori répartis entre l’École de cavalerie de Saumur, le 12e régiment de cuirassiers d’Olivet, Mourmelon et Bourges. Le renouvellement des petits équipements se poursuivra avec 1,7 Md€ débloqués et la livraison, entre autres, de 70 000 treillis F3, 12 000 gilets pare-balles et 20 500 panoplies NRBC. 

Dans les airs, neuf drones tactiques Patroller atterriront au 61e régiment d’artillerie de Chaumont. Le 1er régiment d’hélicoptères de combat (1er RHC) de Phaslbourg recevra plusieurs hélicoptères Tigre portés au standard HAD, tandis que son quasi-voisin d’Étain, le 3e RHC, continuera sa bascule sur l’hélicoptère Caïman avec l’arrivée programmée de cinq nouvelles machines.

Le programme PARADE franchira un premier jalon avec la livraison de six systèmes complets à Satory, potentiellement à la STAT à des fins d’essais. Le COS devrait percevoir un premier lot de 104 véhicules forces spéciales. À noter, enfin, le passage à l’échelle du programme P3TS issu de l’innovation participative et accéléré par l’Innovation Defense Lab. Ce nouveau système de géolocalisation et de synchronisation multi-constellations, les armées en réceptionneront 90 exemplaires l’an prochain.

L’empreinte de la guerre en Ukraine

L’année 2023 sera la dernière de la loi de programmation militaire en cours. Celle en construction pour la période 2024-2030 « écrasera » les deux dernières annuités tout en conservant l’objectif des 3 Md€ supplémentaires par an pour porter le plafond à 50 Md€ en 2025. Si le cap est maintenu, contrairement à d’autres pays européens, ce budget n’échappe pas à « l’actualité de la guerre en Ukraine ». Plusieurs inflexions s’inscrivent ainsi « dans la volonté du chef de l’État et du gouvernement de rentrer (…) dans une économie dite de guerre ». Il s’agit entre autres d’un regain d’attention porté sur la maintenance, établie à plus de 5 Md€, et sur le renouvellement des munitions, auquel sera consacré plus de 2 Md€ en autorisations d’engagement. 

Selon le ministère, ces perspectives « avaient été déjà anticipées dans la Revue stratégique qui avait présidé à l’élaboration de la loi de programmation militaire 2019-2025 ». « D’une certaine façon, on peut dire qu’on accélère, mais cette accélération avait été bien anticipée », nous assure-t-on. Et pourtant, le top 10 des équipements prioritaires mentionné par le ministre des Armées comprend des sujets pour lesquels aucun investissement majeur n’est prévu, à l’instar du renforcement de la défense sol-air. À enveloppe fermée jusqu’en 2026, certains arbitrages difficiles pourraient donc s’imposer. 

Se pose également la question de l’inflation, autre imprévu susceptible de compliquer l’équation. Le surcoût éventuel est pour l’instant évalué à 1 Md€ pour l’an prochain. Mais, là encore, le ministère se veut rassurant. Celui-ci dispose d’outils « qui lui permettent de gérer cette inflation sans qu’il y ait d’impact pour la programmation militaire ». 

Il s’agit principalement du report de charges, autrement dit « les factures ou les services faits qu’en fin d’année vous attendez de payer en début d’année suivante ». La LPM actuelle comportait un enjeu très ambitieux de baisse de ce report de charges. Il devait en théorie retomber au niveau incompressible de 10% des crédits en 2025, soit quatre points de moins que l’an dernier et deux de moins que l’objectif fixé à l’origine pour 2022 et 2023. C’est dès lors en « réaugmentant notre report de charges » que le ministère envisage de compenser l’inflation, en s’appuyant sur les industriels les plus solides. 

Cette rehausse est « très loin d’être une catastrophe », ajoute le ministère, parce que cela « ne sera que revenir au niveau de 2019 ». Ce « niveau » atteignait alors 16% des crédits de paiement hors masse salariale. Ce retour à la case départ n’aura « pas d’impact véritable sur la programmation militaire en 2023 », indique le cabinet. Mais si cette tendance inflationniste se maintient, la question de la soutenabilité des annuités suivantes sera néanmoins susceptible de revenir jouer les trouble-fêtes.