Colibri et Larinae prennent leur envol

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C’est l’heure de vérité pour les quatre concepts de munitions téléopérées (MTO) imaginés par autant de groupements industriels dans le cadre des appels à projets Colibri et Larinae. Sélectionnés et soutenus par l’Agence de l’innovation de défense (AID), ces prototypes entament progressivement les premières démonstrations. 

Premiers vols

Ils s’appellent Sphynx, DARD, Stryx et MUTANT et tous visent à faire monter la filière défense nationale en maturité sur un segment jusqu’alors inexistant en France. Moins d’un an après la notification des premiers marchés, les deux prototypes sélectionnés pour Colibri entrent aujourd’hui en phase d’expérimentation, annonçait l’AID à l’occasion du 4e Forum Innovation Défense organisé la semaine passée à Paris.

Sphynx, une MTO quadricoptère portée par MBDA et par le droniste d’Aix-en-Provence Novadem, est la première à avoir entamé le cycle de vols d’essais sur base de munitions inertes. C’était il y a un peu plus de deux semaines au-dessus de Joffrécourt, l’une des villes de combat du Centre d’entraînement aux actions en zone urbaine (CENZUB-94e RI). Un environnement idéal pour éprouver un quadricoptère mieux adapté à l’environnement urbain.

Retenu un peu plus tard, le système DARD (Dispositif Armé de Reconnaissance et de Destruction) volera quant à lui aux alentours du printemps 2024 sur un site choisi par ses concepteurs, KNDS et Delair. Les évaluations à partir d’une MTO dotée de sa charge militaire auront lieu autour de l’été prochain, Sphinx devant à nouveau ouvrir le bal. Plus complexe, Larinae avait également été contractualisé plusieurs mois après Colibri. Les propositions Stryx du trio KNDS-EOS-Traak et MUTANT du duo MBDA-Delair s’envoleront donc plutôt « d’ici fin 2024 ». 

Des deux côtés, le prochain – et dernier – grand jalon sera celui des essais pyrotechniques sont programmés six mois plus tard, donc pour l’été 2025. Pour d’évidentes questions de sécurité, ceux-ci se dérouleront au sein d’un centre d’essais de la DGA. Il s’agira de confronter les solutions aux réalités du terrain pour en sortir des cas d’usage, déterminer le bon compromis en technologie et masse et rester dans les cordes budgétaires. « Il y a des curseurs à mettre à certains endroits », une visibilité sur ce qui est atteignable ou non que l’AID espère atteindre en fin d’expérimentation.

Une idée de ce vers quoi tend le projet Sphynx poursuivi par Novadem et MBDA pour l’appel à projets Colibri
Un cadre pour la suite

La démarche découle d’une expression de besoin réduite à une poignée de performances, que sont une précision métrique pour tous les deux, la capacité à traiter une cible faiblement protégée pour Colibri et une cible blindée pour Larinae, 30 min d’autonomie et 5 km de portée pour le premier et 1h d’autonomie et 50 km de portée pour le second.

« Nous avons vraiment laissé les industriels venir à nous avec leurs projets, leurs idées. Nous avons amené cela de manière agnostique au niveau de l’architecture, sans idée préconçue », indique l’AID. Des repères clairs et un cadrage souple pour maximiser l’imagination et l’originalité, mais néanmoins accompagnés de deux contraintes : 18 et 24 mois pour déboucher sur un prototype fonctionnel et un coût unitaire récurrent fixé à 20 000€ pour Colibri et 200 000€ pour son « grand frère ».

Si les entreprises engrangent de l’expérience, la partie étatique en profite pour progresser sur les problématiques réglementaires qu’amènent ces nouveaux objets. La réglementation en vigueur et les performances demandées auront ainsi exigé un effort particulier pour disposer des terrains capables d’accueillir ce genre d’expérimentation. Et d’autant plus pour un volet Larinae requérant une élongation de plusieurs dizaines de kilomètres. 

Au sein des armées, « tout le monde est intéressé. Toutes les armées, toutes les composantes le suivent suivent le sujet de plus ou moins près », constate l’AID. Si l’initiative a atteint son objectif de captation de l’attention des forces et des industriels, le rôle de l’AID se limitera au stade du prototypage. Tout éventuel passage à l’échelle découlera d’un autre programme dont la conduite relèvera de la Direction générale de l’armement (DGA). Une perspective existe déjà pour Colibri, segment visé par un appel à candidatures émis avant l’été. 

« Tout ce qui se fait actuellement sur Colibri permet d’alimenter la démarche en termes de cas d’usage et de possibilités technologiques. Tout notre RETEX aide à affiner le besoin », relève l’AID. Quant à Larinae, davantage prospectif, il servira dans un premier temps de base de réflexion aux forces et à la DGA pour spécifier l’intérêt en tenant compte des limites techniques et financières. 

Crédits image : MIP/MBDA