Une troisième voie pour compléter la trame antichar de l’armée de Terre

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L’armée de Terre explore une troisième voie pour compléter une trame de systèmes antichars portables de nouvelle génération jusqu’alors envisagée autour des seuls lance-roquettes AT4 F2 et missile Akeron MP. 

Sans tambour ni trompette, l’armée de Terre a entamé les travaux relatifs à la constitution d’une nouvelle capacité dite « anti-char courte portée » (ACCP), nous confirme-t-on du côté de son état-major (EMAT). Il s’agit de répondre à un constat simple : entre un AT4 F2 en cours de livraison mais limité aux blindés légers et un Akeron MP conçu pour percer les meilleures protections, le « grand écart » en termes de performances et de coûts se révèle trop important. 

Dans le haut de la trame, les budgets d’acquisition et les exigences en matière de soutien se sont en effet démultipliés par rapport aux systèmes MILAN, Eryx et autres HOT remplacés. S’il constitue la Rolls du segment, l’Akeron MP est également tributaire d’un suivi de potentiel, autrement dit d’un compte à rebours avant déclassement enclenché lors de son déploiement en opération.

Le conflit russo-ukrainien est venu renforcer cet intérêt pour une solution intermédiaire répondant à l’enjeu de cohérence défendu par le chef d’état-major des armées (CEMA), le général Thierry Burkhard. C’est d’ailleurs en utilisant les leçons remontées d’Ukraine que les armées ont décidé de travailler « à la conception d’un missile abordable et pouvant être acquis en grande quantité, et qui répondent à des besoins opérationnels précis », indiquait le général de brigade aérienne Cédric Gaudillière, chef de la division « cohérence capacitaire » de l’état-major des armées dès avril en audition parlementaire.

« La différenciation est une des clés pour générer de la masse »,  expliquait-il en prenant pour exemple « la décision de ne pas commander 10 000 missiles antichar haute technologie, longs et coûteux à produire. À la place, les armées ont opté pour l’achat de plusieurs milliers de missiles de haute technologie MMP développés par MBDA, tout en travaillant simultanément sur un missile différencié à bas coût répondant à certains besoins spécifiques, tels que les tirs de char en milieu urbain ». Un embryon de définition pour un futur ACCP qui n’est pas sans rappeler l’Eryx, système agile, rustique et connu autrefois sous un acronyme identique.

Selon un rapport budgétaire du député Renaissance Mounir Belhamiti, le programme ACCP engloberait « des simulateurs de tirs au combat et d’entraînement au tir » et viserait « une cible de munitions à 2033 ». Qu’il s’agisse d’un horizon calendaire ou d’un volume étonnamment précis à ce stade, l’idée reste d’aller au plus vite pour préserver le potentiel des Akeron MP, observe-t-on dans les rangs de l’EMAT. Le sujet est aujourd’hui dans une phase très amont de définition du besoin. Les systèmes disponibles sur le marché permettraient, par exemple, de suivre un schéma en deux temps comprenant un achat immédiat sur étagère suivi du développement d’un système souverain apte à prendre le relais.  

Si ACCP n’apparaît pas tel quel dans la documentation relative au projet de loi de finances pour 2024, c’est parce qu’il deviendrait, semble-t-il, une des composantes du programme à effet majeur (PEM) MMP. Examiné en comité des capacités de l’état-major des armées, la réflexion se concentre actuellement sur l’élaboration du document unique de besoin (DUB), qui combine les caractéristiques militaires et spécifications techniques d’un futur équipement. Ce DUB devrait être achevé l’an prochain, prélude au lancement d’un processus de développement et/ou d’acquisition cette fois conduit par la Direction générale de l’armement (DGA).

Crédits image : EMA