LPM 2024-2030 : quels efforts pour les outre-mer ?

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Renforcer la souveraineté dans les outre-mer, le ministère des Armées en a fait un de ses chevaux de bataille pour la prochaine loi de programmation militaire. Une enveloppe de 13 Md€ sera mobilisée entre 2024 et 2030 pour, entre autres, renouveler les matériels et renforcer certaines capacités à terre, dans les airs et en mer. 

« La LPM porte une attention particulière aux outre-mer. S’ils ne sont pas détachés du territoire national, ces territoires font l’objet de menaces spécifiques liées à leur environnement régional, leur exposition au réchauffement climatique et les risques régaliens très variables auxquels ils sont exposés. (…) Alors que nous devons répondre à ces défis, les outre-mer ont parfois fait l’objet de rabots budgétaires importants », déclarait le ministre des Armées Sébastien Lecornu dès avril en audition parlementaire. Pour l’armée de Terre, il était alors question d’ « un durcissement des équipements » et d’ « une densification des forces prépositionnées (génie) ».

La copie relative de près ou de loin à l’armée de Terre s’est depuis affinée au gré des prises de parole et autres amendements ajoutés à la LPM. « À titre d’exemple, pour améliorer notre contribution à la souveraineté à Mayotte, 100 militaires supplémentaires seront appuyés par un nouveau moyen de transport amphibie, pendant au moins 300 jours par an par des bâtiments de la Marine nationale équipés de drones et plus régulièrement par des avions de surveillance. Les capacités d’intervention terrestres seront durcies, plus réactives, renforcées lorsque ce sera nécessaire par des hélicoptères et dotées de moyens de vision nocturne », indiquait le gouvernement dans un amendement adopté en séance publique de l’Assemblée nationale. 

Pour les territoires concernés, cette LPM sera aussi celle de la transformation SCORPION. Une soixantaine de Serval sur les 1405 livrés d’ici à la fin de la décennie leur sont destinés. Selon le plan du ministère des Armées, 25 Serval iront en Guyane, fief des 3e régiment étranger d’infanterie (3e REI) et 9e régiment d’infanterie de marine (9e RIMa), et autant partiront pour La Réunion, au profit du 2e régiment de parachutistes d’infanterie de marine (2e RPIMa). Et 16 autres rejoindront le Pacifique Sud pour être perçus par le régiment d’infanterie de marine du Pacifique – Nouvelle-Calédonie (RIMaP-NC). Un début, espérons, car les volumes annoncés pour 2030 ne sont pas suffisants pour atteindre le seuil minimal d’équipement de deux unités élémentaires par régiment.

Six patrouilleurs Outre-mer (POM) et une corvette hauturière entreront en service au cours de la période. Bien, mais pas assez selon certains députés. Il devient nécessaire d’également récupérer une capacité de soutien amphibie et de transport logistique perdue après le désarmement, entre 2004 et 2016, des cinq bâtiments de transport léger (BATRAL) de classe Champlain. « La spécificité géographique et géopolitique de nos territoires d’outre-mer nécessite d’être en mesure de projeter rapidement une force limitée pour dissuader nos compétiteurs comme pour venir en aide aux populations isolées ou difficilement accessibles après une catastrophe naturelle », souligne un amendement déposé avec succès par le député LR Jean-Louis Thiériot. Les quatre unités envisagées seraient réparties à égalité entre la Polynésie, la Nouvelle-Calédonie, l’océan Indien et les Antilles. 

« La question du transport est également primordiale », relevait Sébastien Lecornu face au députés. À ce titre, six nouveaux hélicoptères de manoeuvre seront livrés en remplacement des vénérables Puma. Quatre hélicoptères de types « Caracal ou H225 » sont destinés à la Guyane. Deux autres iront en Nouvelle-Calédonie. Pas un mot par contre sur le remplacement des Fennec par un hélicoptère interarmées léger dont les premiers exemplaires de l’armée de l’Air et de l’Espace n’arriveront, au mieux, qu’en toute fin de programmation. 

Régulièrement relevé pour les emprises de l’Hexagone, « le constat du mauvais état des infrastructures est particulièrement valable pour l’outre-mer », soulevait le ministre des Armées début avril. Pour corriger le tir, plus de 800 M€ seront consacrés aux infrastructures des territoires ultramarins, dont près du quart au bénéfice de la Polynésie française et plus de 150 M€ pour La Réunion. 

Enfin, le ministère table sur les 2,6 millions d’habitants des DROM-COM pour contribuer à l’engagement ministériel de doublement de la réserve opérationnelle. Là aussi, les trajectoires chiffrées sont connues : une hausse de 194 à 540 réservistes en Guadeloupe en 2030, de 470 à 870 en Guyane, ou encore de 251 à 550 en Martinique. Objectif : dépasser les 4200 réservistes ultramarins en fin de LPM. 

La prochaine LPM contribuera-telle à « réparer » les forces de souveraineté ? C’est certain. Les transformer ? C’est selon. Quant à les renforcer au point de peser durablement sur les équilibres régionaux, c’est moins sûr mais la démarche devrait a minima influer positivement sur la capacité de la France à rester cet allié crédible générateur d’initiatives.

Crédits image : État-major des armées