France et Allemagne veulent renforcer la défense européenne. L'Ukraine en point de mire ?

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Renforçons la défense européenne ! On entend ce mot d’ordre depuis longtemps, bien longtemps. Cet été, Donald Trump nous a encore gratifiés – à bon escient, pour une fois – de son couplet sur la nécessité impérieuse de porter nos budgets de défense à 2% du PNB. Idéalement 4%. Nous en avons ri. Mais voilà que les événements de ce week-end dans le détroit de Kertch nous font sourire jaune…
 

Deux cartes permettent de visualiser des enjeux géostratégiques actuels qui justifient la nécessité d’une défense européenne renforcée. Les craintes nourries par les Etats baltes et la Suède quant à des incursions russes exercent une pression supplémentaire sur l’UE.


 
À l’été 2017, la Chancelière Angela Merkel et le Président Emmanuel Macron ont fait une déclaration commune sur leur volonté politique de renforcer la défense européenne en développant conjointement des capacités futures (système de combat aérien futur (SCAF) et système majeur de combat terrestre (MGCS) approuvés à Berlin en avril 2018). Depuis, deux lettres d’intention ont été signées lors du Conseil des ministres franco-allemand qui s’est tenu le 19 juin à Meseberg.
À la lumière de cette coopération, les ministres française, Florence Parly, et allemande, Ursula von der Leyen, de la Défense se sont rencontrées à nouveau le 19 novembre et ont pris note des progrès réalisés conjointement par les deux nations.
 
Concernant le système de combat aérien futur (SCAF), sous leadership français, les industries française et allemande ont travaillé ensemble avec beaucoup d’efficacité et ont présenté aux autorités des deux pays leur ambition pour le système de combat aérien futur. Les ministres ont validé ensemble la première phase du projet ainsi que l’organisation industrielle chargée de réaliser ces travaux. Les deux ministres ont convenu d’un leadership conjoint entre Dassault et Airbus pour mener une étude commune de concept et d’architecture (comprenant la connectivité) pour le SCAF, sur la base du cahier des charges. Le contrat sera signé par les deux pays début 2019.
À cet égard, les ministres ont pour objectif de lancer les études de R&D et de démonstrateurs pour l’avion de combat et son moteur lors du Salon du Bourget 2019.
 
Concernant le système majeur de combat terrestre (MGCS), sous leadership allemand, les ministres se sont félicitées des progrès accomplis dans les études de concept et d’architecture, et ont chargé leurs équipes d’en partager les résultats. À cet égard, un cahier des charges pour les études conceptuelles et les activités de R&D sera convenu fin 2018. Rheinmetall, KMW et Nexter (sociétés du groupe KNDS), seront chargés de faire une proposition industrielle afin de mener avec succès les études et les activités de R&D respectives à partir de mi-2019. Il s’agit d’une étape décisive pour la défense européenne qui montre que la France et l’Allemagne peuvent allier leurs forces pour des projets d’avenir, et que l’Europe peut contrôler sa propre destinée et bâtir une défense forte.
 
Bref, du côté industriel, les choses bougent dans le bon sens pour les deux leaders de l’Union européenne. Et ne perdons pas de vue d’autres programmes qui impliqueront ou pourraient impliquer les Britanniques après ce maudit Brexit.
 
Bien, mais l’actualité géopolitique, elle, préoccupe nos armées avec une acuité mêlée d’urgence que les événements survenus dans le détroit de Kertch renforcent encore. Quand on connaît le niveau de corruption qui gangrène le secteur de la Défense en Ukraine (restons prudemment vagues quant à qui bénéficie de quoi !) où l’aide américaine doit en partie se perdre dans des méandres peu rassurants, alors oui, Angela Merkel et Emmanuel Macron ont raison de marteler qu’il est indispensable – et urgent – de renforcer la défense européenne, en veillant à ne pas mettre le doigt dans un engrenage infernal et insensé qui engagerait tout l’OTAN. A ce propos, Jens Stoltenberg, secrétaire-général de l’OTAN, a raison de plaider pour que le nécessaire renforcement du pilier européen de l’Alliance ne se réalise pas aux dépens du bon fonctionnement de cette structure transatlantique. Nous sommes dans le même bateau. Et ce bateau affronte une mer diablement forte depuis l’annexion – ou la récupération, selon le point de vue – de la Crimée par la Russie, couplée à la sécession du Donbass.