De SCORPION au CAESAR, la transformation se poursuit pour le site roannais de KNDS

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KNDS France n’a pas fini de pousser les murs de son site de Roanne, dans la Loire. Le vaste plan de transformation industrielle initié grâce au programme SCORPION, ne devait durer qu’un temps. Notamment porté par le succès du CAESAR, il se poursuit aujourd’hui avec de nouveaux investissements.

« Nous l’avons fait ». À la tête du site depuis bientôt trois ans, Arnaud Barret ne cache pas sa satisfaction du travail accompli en moins d’une décennie. Près de 60 M€ ont été investis depuis 2017 pour remanier 80% des surfaces, reconquérir entre 12 et 14 000 m2 et y installer de nouveaux espaces de stockage, de nouvelles machines et de nouvelles lignes d’intégration opérées par de nouveaux salariés. « Nous avons plus que doublé les effectifs sur ces sept, huit dernières années. Nous avons recruté plus de 1000 personnes », explique celui qui dirige l’un des plus vastes établissements du groupe franco-allemand. Ils sont désormais 1600 à armer les lignes, les bureaux d’étude, l’administration et les services de soutien d’un lieu plus que centenaire.

Baptisé « NEXTFAB », ce projet devait durer cinq ans. Il répondait alors à un enjeu clair. Contrairement à ce que le contexte laisse à penser, ce n’est pas l’appui à l’Ukraine et la remontée en puissance décrétée dans la foulée qui auront justifié cette transformation. « C’est le contrat SCORPION, la volonté de la France de se doter de nouveaux moyens en simultané. Globalement, il s’agissait de multiplier par quatre ou cinq la capacité de production », rappelle Arnaud Barret. La famille SCORPION, puis la rénovation du char Leclerc et la relance du CAESAR ont également amené à basculer d’une logique mono-produit prévalante depuis les années 1950 à la production de six véhicules parfois déclinés en 25 variantes.

Mission acceptée. Et mission en grande partie accomplie. Les volumes de véhicules SCORPION ont triplé entre 2020 et 2025 pour avoisiner les 300 exemplaires produits par an, soutenus par l’entrée en service de nouvelles machines. Trois îlots d’usinage grande vitesse (UGV) spécifiés par KNDS ont permis d’accélérer dans la découpe et le perçage des plaques de tôles de forte épaisseur nécessaires à la fabrication des caisses en aluminium des blindés. Il faut aujourd’hui entre 10 et 30 heures pour assembler les 3000 composants – en moyenne – livrés par 2200 fournisseurs à 90% français, dont 1300 PME. Demande croissante oblige, certains sont maintenant doublement ou triplement sourcés, à commencer par les métaux. 

Certes, l’arrivée des premiers Griffon, Jaguar et Serval de la famille SCORPION aura accusé un léger temps de retard. Celui-ci a été résorbé. Le programme est plus qu’à mi-parcours. Sauf écueil, 1648 des 3150 Griffon, Griffon en version mortier embarqué pour l’appui au contact (MEPAC), Serval et Jaguar attendus par l’armée de Terre auront été livrés en fin d’année par KNDS France, Thales, Arquus, KNDS Mobility et la myriade d’entreprises impliquées. Sans parler des Serval « appui SCORPION », ces variantes spécifiques rattachées à une autre opération (VLTP) et dont 130 exemplaires auront normalement rejoint les rangs en fin d’année. 

D’autres défis sont venus s’ajouter. Celui de l’intégration progressive de nouvelles variantes dans les lignes, par exemple. Ce paramètre avait été prise en compte dès l’origine, les priorités définies par l’armée de Terre n’ont donc pas grippé la mécanique, comme le démontre l’alternance de Griffon MEPAC et ravitaillement d’un côté, de Serval génie NRBC et sol-air très courte portée (SATCP) de l’autre. Demain, cette succession de variantes aura encore changé, au contraire des différents postes. 

Celui des premiers contrats décrochés à l’export pour des matériels SCORPION, ensuite. La Belgique a rejoint la France en 2018 dans le cadre du partenariat binational CaMo. Elle a depuis acquis 474 Griffon, 60 Jaguar et 123 Serval. Une soixantaine de Griffon belges se sont matérialisés à ce jour. Le parc s’étend à de nouvelles versions, tels que les Griffon « élément léger d’intervention » et « observation d’artillerie » rencontrés ce jour-là. Un premier Jaguar belge entrera en chaîne d’intégration avant l’été, avec pour objectif d’en livrer un ou deux en 2026. Le Grand-Duché de Luxembourg s’est raccroché aux contrats CaMo pour commander 38 Griffon et 16 Jaguar. D’autres investissements sont prévus par les deux armées. La Croatie aura entretemps ajouté 15 Serval au carnet de commandes, un parc qui participera à la construction d’une nouvelle capacité d’artillerie autour du CAESAR Mk 2. 

Crédits image : KNDS

L’aide apportée à l’Ukraine et le réarmement généralisé ont justifié le maintien de l’effort dans la durée. Avec « plusieurs années » de visibilité dans le carnet de commandes, la gamme CAESAR en est le véritable porte-drapeau. « Nous en avons livrés autant qu’il nous en reste à faire », résume le directeur d’établissement. Traduit en chiffres, ce sont plus de 400 pièces en service dans 14 pays à fin 2025 toutes variantes confondues. De deux exemplaires avant 2022, la cadence mensuelle a aujourd’hui quintuplé. Le cycle a quant à lui été réduit de moitié pour plafonner à 15 mois. Une dizaine de CAESAR Mk 1 sont visibles ce jour-là. Plus de la moitié le sont en livrée vert foncée. Le reste est entièrement noir. Non, le look unique de ces CAESAR baptisés « Octave » ne les prédestine pas à une improbable carrière dans le GIGN ou le RAID. Il s’agit en réalité de systèmes en configuration standard en attente d’un contrat et modifiés selon les desiderata du futur acheteur. Une centaine avaient été assemblé fin 2025. Plusieurs centaines de millions d’euros ont été alloués sur fonds propres pour construire ce stock tampon, « un investissement colossal pour la trésorerie ». 

Le pari est néanmoins gagnant, en témoignent les différents camouflages rencontrés un peu partout sur le site. Deux autres étaient présents la semaine dernière dans la ligne d’assemblage. L’un d’entre eux est encore visible à l’extérieur, là où 36 CAESAR attendent patiemment leur livraison à un client non détaillé. Ils ne sont pas les seuls à remplir les allées et parkings environnants. Des dizaines de véhicules SCORPION sont sur le départ. Certains rejoindront la Belgique et le partenaire flamand de KNDS, MOL Cy, pour leur assemblage final. D’autres seront réceptionnés par lots de 24 par les armées françaises. Quelques sujets moins visibles participent à étendre l’activité. Ce sont ces chars Leclerc et leurs dépanneurs en cours de rénovation. Ou encore cette poignée de tourelles de défense aérienne RapidFire en gris « Marine nationale », partie visible du programme S40SA. 

« Nous sommes ouverts 240 jours par an », relève Arnaud Barret. Le plafond « préfectoral » des 600 systèmes produits par an n’est pas encore atteint à Roanne. Les lignes SCORPION ne tournent pour l’instant « que » sur base de deux pauses. La ligne CAESAR n’en nécessite qu’une. Il y a donc encore de la marge. Les UGV sont quant à elles à pleine capacité. Non seulement elles opèrent 24h/24 en semaine, mais KNDS a choisi depuis peu de poursuivre les opérations durant une partie du week-end. Alors, pour aller plus loin, il fallait à nouveau investir. « Il y a des travaux un peu partout sur l’établissement », observe son directeur. Roanne continue de recevoir de nouvelles machines. Une quatrième UGV est attendue au tournant de 2028. Une autre est en cours de recette. Une fois lancée, elle permettra d’usiner des pièces métalliques quatre fois plus vite qu’avec l’ancienne génération. Ses équipes travaillent notamment à déplacer la soute à munitions, une installation nécessaire pour conduire les tirs de recette in-situ et – là encore – gagner du temps, vers un autre emplacement pour récupérer 10 000 m2 de terrain. De quoi libérer l’espace nécessaire pour y construire trois nouveaux bâtiments logistiques. Un pic sera atteint en 2027 parmi les forces vives. Une cinquantaine de nouveaux profils seront recrutés essentiellement pour la production, avant de stabiliser les effectifs jusqu’au-delà de 2030.

Plusieurs pays européens ont montré de l’intérêt pour SCORPION. Le besoin irlandais pour quelques centaines de véhicules est désormais l’objet de négociations d’État à État. Le mécanisme européen SAFE en incite d’autres à franchir le cap. La Belgique et Chypre, par exemple, devraient s’appuyer sur cet emprunt aux conditions avantageuses pour compléter le parc d’un côté et entrer dans le club SCORPION de l’autre. La Lituanie étudierait pour sa part la possibilité de compléter sa future capacité CAESAR avec des blindés ad-hoc, à l’image du scénario retenu par la Croatie. Qu’importe la piste, toute commande passée via SAFE sera vite connue car l’une des conditions consiste à réaliser tous les projets d’acquisition d’ici à 2030. 

D’autres commande de CAESAR sont attendues et pas uniquement de la part de la France. Non seulement il faudra livrer à temps, mais KNDS doit également réussir la bascule vers le CAESAR Mk 2. Rien d’évident à l’heure où le Mk 1 continue de se vendre donc de mobiliser des moyens. L’évolution est cependant bien lancée. Une première cellule de cabine blindée est achevée, prélude à l’assemblage d’un premier exemplaire de série pour l’armée de Terre. Son montage devrait être achevé en juin. Le châssis le sera quant à lui à la sortie de l’été pour pouvoir être au rendez-vous d’une livraison initiale fin 2026. Une fois ce jalon franchi, l’objectif immédiat consistera à augmenter très rapidement les cadences, l’attente étant particulièrement forte de la part d’une clientèle en croissance régulière. KNDS ne s’en cache pas : il s’agira d’aller encore plus vite que pour la première génération. 

Maintenir le cap engagé pour NEXTFAB ne sera donc pas de trop, et d’autant plus à l’heure où KNDS travaille sur « l’après ». L’après-Leclerc, entre autres. Le char français sera retiré du service à l’horizon 2037-2038. Développer un système de nouvelle génération en franco-allemand exigeant davantage de patience que prévu, la France a elle aussi fait le choix d’une capacité de char intermédiaire pour faire la soudure en adoptant les premières briques technologiques disponibles. Un démonstrateur est espéré d’ici à 2029-2030, nous précisait la Direction générale de l’armement (DGA) la semaine dernière. Nul doute que KNDS y jouera un rôle central alors, à Roanne, la réflexion est engagée dès maintenant. La succession du Leclerc n’est qu’un exemple d’anticipation. Un deuxième sujet majeur devrait bientôt émerger. Mais pour celui-là, il faudra attendre le mois prochain et la grande messe bisannuel de l’aéroterrestre, le salon Eurosatory. 

Crédits image : KNDS