Connaître avant de convaincre

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« Avant de convaincre, encore faut-il connaître ». C’est en ces termes que le général Bernard de Courrège d’Ustou, directeur de l’IHEDN*, est revenu sur l’essentiel travail de transmission des valeurs réalisé par cet institut fondé en 1936, lors d’une audition devant la Commission de défense de l’Assemblée nationale, le 23 mai. Face aux préjugés, jeunes et moins jeunes auditeurs, issus d’horizons de plus en plus diversifiés, sont aujourd’hui l’un des fers de lance de la promotion de l’esprit de défense.
 

L’ANAJ-IHEDN, fer de lance de l’esprit de défense parmi la jeunesse française (Crédit photo: ANAJ-IHEDN)


 
Pour convaincre, il faut donc apprendre. Or, un vent d’ouverture souffle plus que jamais dans les arcanes de l’Enseignement supérieur militaire . Voici en effet 13 ans que l’IHEDN s’attache à élargir son panel d’auditeurs « aux territoires dits fragiles », explique le général de Courrège d’Ustou. Tant les conférences que les visites et travaux qui en ont découlé ont poursuivi un but central: que les questions de défense soient abordées « moins sous l’angle de ce qui nous menace que de ce qui nous rapproche ». Une ouverture à d’autres publics à travers laquelle les nouveaux fils conducteurs que sont la cohésion nationale et la citoyenneté prennent tous leur sens, à l’heure où le Service national universel (SNU) se concrétise enfin.
 
Cette philosophie est particulièrement visible au sein des structures « jeunesse » de l’Institut, personnifiées par l’Association des auditeurs jeunes (ANAJ-IHEDN). Depuis 20 ans, la dizaine de séminaires jeunes annuels rassemblent entre 60 et 80 étudiants et jeunes actifs de 20 à 30 ans. Au travers de visites, conférences, et autres ateliers thématiques, l’association entend « dynamiser et synthétiser une réflexion jeune, imaginative et impertinente, autour des problématiques de défense ». Et c’est peu dire si le succès est au rendez-vous : plus de 840 jeunes auditeurs ont participé aux 12 formations organisées en 2017. Celles-ci constituent d’ailleurs les seules activités totalement paritaires de l’Institut, se félicite le général. Si elles rassemblent en majorité des « convaincus », les sessions jeunes de l’IHEDN cherchent désormais à s’ouvrir aux profils présentant un bagage moins « conventionnel », et dont l’expérience se rapproche de « certaines réalités ».
 
Une logique notamment à l’origine du séminaire consacré aux étudiants en journalisme, lancé cette année. Ce module, conduit en partenariat avec une poignée d’écoles de journalisme et de communication, « est un succès », se félicite le général de Courrège d’Ustou. À tel point que l’IHEDN prévoit d’ores et déjà de doubler son effectif pour la porter à 80 stagiaires. Mais le général tient à rester prudent, car s’il convient d’ouvrir la formation, il est important de « conserver un bon équilibre » entre les différents profils.
 
De même, si le baccalauréat reste une carte d’accès indispensable, le général a clairement manifester sa « volonté d’ouvrir ces formations à une proportion de jeunes ne disposant pas de ce diplôme », explique le général. Chaque session intègre désormais cinq à sept jeunes issus « par exemple d’écoles de la seconde chance » ou de l’Institut de l’engagement n’ayant pas nécessairement réussi leur baccalauréat. Leur apport est particulièrement sensible lorsque les stagiaires abordent, par exemple, les thématiques de l’intégration et de la cohésion nationale.  Exit le clivage des formations académiques et niveaux sociaux, l’IHEDN permet aux jeunes de tous horizons de se retrouver autour d’une réflexion commune.
 
Plusieurs axes d’amélioration subsistent néanmoins, nuance le général de Courrège d’Ustou. Si l’intégration du secteur privé reste l’une des spécificités de l’Institut depuis sa création en 1948, le secteur public reste « surreprésenté ». Difficile, pour des cadres d’entreprise, de débloquer les journées ou semaines requises pour suivre les formations. Afin d’équilibrer l’auditorat, il est donc proposé d’aller « chercher de nouveaux publics par divers moyens, non seulement la publicité mais aussi le bouche-à-oreille ». Et l’IHEDN de compter tout particulièrement sur les élus nationaux et locaux ainsi que sur le futur service national universel, un outil qui « changera la donne » et au sein duquel « l’IHEDN devra monter en ligne ». Il y a de fait un réel besoin d’encadrer une structure pour l’heure assez floue, et « nos séminaires jeunes peuvent y apporter quelque chose ».
 
 
*Institut des Hautes études de défense nationale