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L’Europe alerte sur la “fragmentation” des parcs de chars

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Le Leopard allemand, vendu à plus de 3500 exemplaires et décliné en plusieurs dizaines de variantes (Crédits : Bundeswehr/Marco Dorow )

Le Leopard allemand, vendu à plus de 3500 exemplaires et décliné en plusieurs dizaines de variantes (Crédits : Bundeswehr/Marco Dorow )

 

L’Agence européenne de Défense (AED) a publié vendredi dernier les résultats du premier examen annuel coordonné en matière de défense (CARD). Parmi les six axes d’effort évoqués, l’harmonisation des flottes de chars de combat par une meilleure collaboration dans leur modernisation et leur remplacement.

 

« Le domaine terrestre est caractérisé par une forte fragmentation, conduisant à un manque de cohérence, spécifiquement en ce qui concerne les véhicules blindés. La multitude de modèles opérés par les États membres et le manque d’harmonisation entre les programmes de modernisation et de remplacement expliquent le niveau actuel de fragmentation », rappelle l’AED.

 

Parmi les flottes les plus hétéroclites, les chars de combat. Selon le rapport CARD, 18 nations de l’Union européenne opèrent aujourd’hui plus de 4000 chars de différents types, variantes et sous-variantes. Avec les conséquences négatives que l’on sait en termes d’interopérabilité, d’empreinte logistique et de coûts de possession. Cette logique est appelée à perdurer, voire à s’étendre avec une multiplication des initiatives nationales et une concurrence coréenne qui, forte des succès acquis avec l’artillerie, se positionne désormais sur le segment des chars.

 

La plupart des pays concernés se concentrent essentiellement sur une logique de modernisation ou de remplacement à court et moyen termes, et seuls quelques-uns intègrent la prochaine génération de systèmes à leur planification. Plus d’une dizaine d’entre eux expriment néanmoins un intérêt dans une coopération plus poussée. Selon le rapport CARD, il existe « un potentiel clair et significatif pour une coopération à court terme » notamment via « les modernisations conjointes de divers modèles ». Cela n’inclut que des solutions de surface, comme la gestion conjointe des mise à jour, la digitalisation ou l’implémentation de sous-systèmes communs.

 

L’Europe recommande et incite, mais reste timide lorsqu’il s’agit de soutenir l’émergence de solutions techniques. Tout au plus, le Programme européen de développement industriel dans le domaine de la défense (EDIDP) comprend un appel à projets visant à adresser la problématique de fragmentation. Baptisé « Ground combat capabilities », celui-ci a pour objet de fournir des pistes de modernisation ou de remplacement des chars de combat, véhicules de combat d’infanterie, véhicule de transport de troupes et autres blindés léger opérés par les armées européennes. Les résultats devront, entre autres, contribuer à fournir un maximum de similarités et de modularité ainsi qu’à réduire l’empreinte logistique.

 

Le spectre proposé par GCC est large mais se traduit par un investissement très limité. Les industriels sélectionnés peuvent espérer un maximum de 9 M€ sur la durée du marché, soit l’une des enveloppes les moins épaisses du dispositif EDIDP. L’appel à propositions doit se conclure le 1er décembre, pour des décisions attendues au mieux à l’été prochain. Encore faudra-t-il que ce projet aboutisse et que les briques qui en découlent se généralisent pour pouvoir parler d’un début de standardisation.

 

« La fragmentation européenne peut uniquement être résolue en saisissant les opportunités de coopération multinationale sur l’ensemble du cycle de vie d’une capacité », souligne le rapport CARD. Un objectif auquel seul un renouvellement complet mené sur le long terme et en coopération pourrait répondre. Une initiative s’est pour l’instant démarquée : le projet franco-allemand de char du futur (MGCS). Les pays « exclus », Italie et Pologne en tête, tentent bien de s’allier pour proposer une alternative mais MGCS demeure l’unique axe de coopération présentant quelques avancées.

 

Officiellement lancé cette année, MGCS doit passer la seconde en 2021. La France et l’Allemagne ont chacun prévu de débloquer une enveloppe de 100 M€ pour notifier les contrats de R&T relatifs au développement de 14 « Main Technological Demonstrators ». La concrétisation de cette étape, réclamée par les députés français, doit permettre à MGCS de devenir irréversible avant les élections fédérales allemandes de septembre 2021, puis la présidentielle de 2022 en France. Projet par nature européen, MGCS « fédérera autour de lui un certain nombre de partenaires européens importants », assurait le chef d’état-major des Armées (CEMA), le mois dernier face aux députés français. Une ouverture à d’autres nations n’est donc pas exclue mais n’interviendrait qu’à un stade ultérieur. Ce n’est qu’alors qu’il sera possible de constituer un véritable socle commun, préalable nécessaire pour atteindre le niveau de cohérence demandé par l’AED.

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