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Des militants pour la paix chez les vendeurs d'armes

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Il y a, au-delà du Rhin, un débat de première importance qui a lieu en ce moment même. Un débat qui pousse les camps investis à agir, quand l’Etat tarde à le faire. On parle ici du débat sur l’exportation d’armes vers des zones instables, et dont le dénouement pourrait bien concerner la France. En ce début d’année, des militants pour la paix ont décidé de jouer leurs cartes en participant aux assemblées générales d’Heckler & Koch (H&K), leader allemand de la production d’armement léger. 
 

Jürgen Grässlin, militant pour la paix et personnage emblématique de la lutte contre la vente d'armes allemandes

Jürgen Grässlin, militant pour la paix et personnage emblématique de la lutte contre la vente d’armes allemandes (crédits : Ben Knight)


 
Comme nous l’avons déjà souligné sur ce blog, Frank Haun, le PDG de Krauss-Maffei, entité allemande du géant européen de la défense terrestre, KNDS, regrette l’absence en Allemagne d’une véritable politique d’armement. Si il aimerait voir la mise en place par l’État d’une politique globale, pragmatique et réaliste, chargée de soutenir les exportations de matériel par les industriels d’armement, certains de ses concitoyens, eux aussi très engagés, désirent que la loi allemande restreigne au maximum les exportations d’armement. Et il faut dire que l’actualité leur est plutôt favorable.
 
Comme il est facile de le comprendre, le rapport qu’ont les Allemands avec la guerre est très complexe. L’Allemagne fédérale, qui possède l’une des 10 premières puissances militaires au monde, n’a pas pour habitude d’envoyer ses soldats au feu, si ce n’est dans le cadre des missions confiées par l’ONU. Cependant, et comme toute puissance militaire qui s’appuie sur sa base industrielle de défense pour équiper ses forces, elle permet aux industriels d’armement d’exporter certains de leurs produits à certains États. Seulement, quelques unes de ces armes allemandes peuvent se retrouver sur des champs de bataille où les civils sont rarement épargnés, ce qui donne alors aux détracteurs de l’industrie allemande de défense l’occasion rêvée de fondre sur elle!
 
Ces détracteurs, les anti-militaristes ou militants pour la paix, ont depuis le début des hostilités, les yeux rivés sur le théatre yéménite, mais certains d’entre eux ont également pris le temps de s’intéresser au cas turc, avant même qu’Erdogan lance l’offensive contre les forces kurdes. Aujourd’hui que les chars Leopard 2, vendus par l’Allemagne, sont entrés en action en Syrie, l’engagement anti-militariste reprend de plus belle. Heckler & Koch, qui produit des armes de petit calibre, n’a rien à voir avec l’envoie de blindés contre les Kurdes, pourtant c’est bien cet industriel que l’on retrouve dans la presse allemande de février.
 
Le samedi 3 février à Fribourg, des militants allemands pour la paix, menés par l’emblématique Jürgen Glässin, ont formé le groupe “Actionnaires critiques d’Heckler & Koch”. Partant du principe qu’en achetant des actions d’une société, on obtenait un droit de parole sur l’activité de celle-ci, les militants ont décidé d’investir dans l’actionnariat de H&K pour pouvoir participer aux assemblées générales. Ils n’ont, pour l’instant, pas plus de dix actions mais ils continueront de faire pression sur la direction du groupe afin que celui-ci cesse de livrer des “armes de guerre” à des “pays qui violent les Droits de l’Homme” ont-ils ainsi déclaré. Le groupe H&K, déjà bousculé à plusieurs reprises par M. Glässin avait pourtant annoncé fin 2016 qu’il cesserait de livrer ses produits à certains pays extérieurs à l’OTAN, et même à la Turquie. Les “actionnaires critiques” eux, vont beaucoup plus loin, et pointent du doigt des pays comme la Malaisie, l’Indonésie, le Qatar et la Corée du Sud. À moyen terme, le groupe de militants veut lancer un fonds “d’aide aux victimes” et le financer avec les actions H&K, ainsi, “les survivants, dont les proches ont été tués dans le monde entier par des armes de la société, seront indemnisés”.
 
Il est attendu, autant par les industriels d’armement que par leurs opposants, que la nouvelle coalition gouvernementale allemande se penche sérieusement sur la question d’une politique d’armement claire. Une politique qui répondrait à la fois aux complications connues par les programmes (budgets, délais) et aux problématiques d’exportation. Quoiqu’il advienne, le chef de la diplomatie allemande, Sigmar Gabriel, annonçait fin janvier dernier, vouloir geler la livraison d’armement à la Turquie, client majeur des industriels allemands. Un industriel français, Nexter, a fusionné avec Krauss-Maffei (à l’origine du Leopard 2), pour former KNDS, et il prévoit d’établir une politique d’exportation commune. À suivre.
 
 
 
 
 

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