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Coup de rabot de dernière minute pour le budget des armées

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Les marche et sur-marche budgétaires promises aux armées françaises pour 2026 auront survécu au passage en force gouvernemental. Ou presque, car un petit coup de rabot s’est invité dans la copie finale du projet de loi de finances.

Après avoir été systématiquement sanctuarisées, les dépenses militaires n’échappent cette fois pas à « la nécessité de réaliser des économies structurelles, justes, efficaces », l’une des priorités énoncées par le Premier ministre Sébastien Lecornu en amont de l’adoption au forceps du PLF. Quelque 250 M€ de crédits de paiement et autant en autorisations d’engagement sont annulés sur la mission Défense « pour parvenir à maintenir le déficit à 5,0 % du PIB en 2026 », résultat d’un amendement déposé par le gouvernement. 

Aucun des quatre programmes relevant de la mission Défense n’est épargné. Le programme 144 relatif à l’environnement et la prospective de la politique de défense devra se passer d’un peu plus de 25 M€ de crédits. Celui portant sur les équipements d’environ 38,4 M€. Mais le gros de l’effort est supporté par le programme 178, ponctionné de 174 M€. Un recul à ne pas minimiser pour cette enveloppe permettant de financer la montée en gamme de la préparation opérationnelle, certains achats de munitions et une partie des opérations extérieures. Pas touche néanmoins aux salaires des militaires, une ligne conservée à l’euro près.

Idem pour la mission relative au monde combattant, à la mémoire et aux liens avec la Nation, dont les crédits reculent d’un peu plus de 8M€. La ligne de 30 M€ portant sur la reconnaissance et indemnisation des orphelins des incorporés de force d’Alsace et de Moselle pendant la Seconde Guerre mondiale est quant à elle supprimée. Un choix des plus étranges à l’heure où les appels à renforcer le lien armées-nation se multiplient. Les deux missions confondues, le budget alloué aux armées se réduit donc à 68,2 Md€. Ce sont autant de fonds que les armées ne pourront ni consacrer à de nouveaux programmes, ni débourser pour régler les factures en cours.

L’essentiel des 6,7 Md€ supplémentaires promis en juillet dernier est sauf, la défense restant l’une des rares gagnantes d’un « budget de compromis ». « La situation internationale l’exige et commande de nous donner les moyens de notre autonomie et donc de notre liberté. (…) La France doit rester crédible dans un moment où (…) la vie politique intérieure ne peut ignorer et se décaler autant de la situation internationale et de ses nombreux dérèglements », rappelait l’ancien locataire de l’Hôtel de Brienne.

La prudence reste de mise côté parlementaire. « Si la réduction des crédits retenue apparaît réaliste au regard des montants de crédits ouverts, elle témoigne d’une difficulté budgétaire à tenir les engagements ambitieux annoncés par le président de la République et le Gouvernement en matière militaire, dans un contexte international particulièrement dégradé », notait à ce titre un rapport sénatorial. 

Ce recul opéré en dernière minute peut paraître dérisoire au vu de l’effort consenti depuis près d’une décennie. Il n’en demeure pas moins un mauvais signal pour des armées qui, malgré une loi de programmation favorable, doivent continuer prioriser et, parfois, renoncer. Surtout, il questionne d’ores et déjà la sincérité d’une nouvelle loi de programmation militaire présentée comme plus ambitieuse et théoriquement adoptée d’ici au 14 juillet. Le Premier ministre l’assure cependant, « cet engagement sera bien tenu ». 

Cette décrue budgétaire n’est pas vécue par tous. Certaines enveloppes sont reconduites sans modification, dont celle d’un peu plus de 1,1 Md€ consacrée aux pouvoir publics. Quelques-unes augmentent, comme celles attribuées à l’agriculture, la recherche, les solidarités, le sport, la cohésion des territoires, la culture ou, ironie du sort, la gestion des finances publiques. Le texte doit maintenant passer au Sénat puis revenir à l’Assemblée nationale, mais il y a peu de chances que ses contours évoluent.

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