Reflexions sur la radicalisation

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J’avais un entretien exclusif avec Christian Harbulot ce matin, organisé depuis deux jours. Nous devions parler du rapport d’alerte que l’Ecole de Guerre Economique qu’il dirige à Paris vient de publier sur « La France peut-elle vaincre Daesh sur le terrain de la guerre de l’information? ». Mais entretemps il y a eu les attentats de Daesh à Bruxelles et donc la conversation s’est naturellement centrée là-dessus et sur les problèmes de la radicalisation. Nous reviendrons dans quelques jours sur ce rapport fort intéressant mais d’abord je vous livre des extraits des propos d’Harbulot, connu pour son franc-parler, sur les attentats de Bruxelles.

Christian Harbulot, directeur de l’Ecole de Guerre Economique, créateur du concept d’intelligence économique en France, est reconnu sur le plan international comme l’un des meilleurs théoriciens de la discipline. Il est l’auteur de nombreux ouvrages

Harbulot considère que  « le principal danger ce n‘est pas des actes de terrorisme de masse menés par des individus qui ne représentent qu’eux mêmes, c’est la fragilisation sociologique de nos populations ».

Pour lui, la situation à Molenbeek en Belgique « c’est typiquement l’illustration d’une dégradation de nature sociologique de la Belgique en tant que telle qui était déjà fragilisée par le conflit entre Wallons et Flamands, qui était fragilisée par la manière dont ces deux camps linguistiques sont incapables de s’accorder pour une politique cohérente sur Bruxelles et ses environs (…) et dans cette brèche, des forces se sont introduites sans grande difficulté pour créer une logique de communautarisme qui est, hélas, plus inquiétante pour l’instant qu’en France parce que [après la période de deuil nécessaire] on comprendra que l’état fédéral belge a été totalement déficient ».

Et il enfonce le clou : « Totalement déficient dans le domaine du renseignement, totalement déficient dans son contrôle social parce qu‘on (…) voit bien que sur ces zones communautaristes le contrôle social d’un état de droit ne s’exerce plus comme il devrait s’exercer. Et là il y a un problème majeur () qui n’est pas lié forcément à l’arsenal juridique, au déploiement de forces de l’ordre sur le terrain, mais qui est lié à l’incapacité du politique à gérer le devenir d’un pays comme la Belgique.(…). Pour lui  « actuellement la Belgique est totalement incapable de résoudre ce problème ».

Il explique qu’une réponse à ce communautarisme et sa radicalisation sera « très compliquée parce que la Belgique n’est pas un pays uni. Elle est profondément divisée en deux camps linguistiques qui ne veulent pas s’entendre, qui co-habitent. (…) Je leur souhaite (…) de dépasser leurs contradictions pour au moins trouver un terrain d’entente pour faire face à un ennemi qui risque de les frapper les uns et les autres ».

Se tournant vers la situation en France, Harbulot souligne que si la lutte essentielle contre la radicalisation est économique elle ne consiste pas simplement à faire baisser le taux de chômage. « C‘est aussi montrer les gens qui sont issus de cette immigration, qui participent au développement de ce pays, qui s’y sentent bien et qui se sentent français. Il faut en parler. Il faut les montrer (…) La première chose pour lutter contre la radicalisation c’est d’abord de montrer la réussite de ceux qui ne sont pas radicalisés, de ceux qui ont envie de vivre ici et de construire avec d’autres un avenir à ce pays. »