Deux appels d’offres viennent d’être lancés par l’Europe à destination de sa filière munitionnaire. De la cartouche de 5,56 mm à l’obus de 155 mm, il s’agit à nouveau d’agréger les besoins des États-membres pour déboucher sur des achats conjoints synonymes de visibilité pour les industriels concernés.
Après l’étude de marché conduite début 2026, place à la compétition. Une quarantaine de lots sont à pourvoir au travers de deux appels d’offres émis ce lundi par l’Agence européenne de défense (AED) dans le cadre du programme « Collaborative Procurement of Ammunition » (CPoA). Chaque procédure sera menée en deux temps. Seuls les candidats retenus à l’issue d’un premier tri seront invités à soumettre une offre. En dehors de la date butoir de dépôt des candidatures – fixée au 1er juin -, l’AED reste muette tant sur la suite du calendrier que sur l’étendue des volumes et des investissements envisagés.
Déclinée en 19 lots, l’une des deux mises en concurrence s’étend aux calibres OTAN 5,56 mm, 7,62 mm, 9 mm, 12,7 mm, 30 mm et à quelques-unes de leurs variantes. L’autre relève quant à elle exclusivement des obus d’artillerie de 155 mm. Ses 24 lots, correspondants à autant d’accords-cadres potentiels, sont divisés à parts égales entre le CAESAR français et le PzH 2000 allemand.
Rien d’étonnant à ce que l’AED se concentre sur le CAESAR et le PzH 2000 : ils constituent aujourd’hui l’essentiel des canons automoteurs conçus en Europe et en service dans les armées européennes. À lui seul, le CAESAR représente aujourd’hui plus de 250 systèmes en commande toutes générations confondues pour le seul continent européen. Sans compter ceux déjà en service en France et en Estonie et ceux aux mains de forces armées ukrainiennes susceptibles de bénéficier indirectement des futures commandes.
Le besoin, côté artillerie, englobe autant des coups complets en plusieurs configurations, que des fusées, amorces et autres charges modulaires propulsives. Si les solutions ne manquent pour ce qui est de l’artillerie et d’une partie du moyen calibre, la filière française devra théoriquement passer son tour sur le petit calibre faute de disposer d’une capacité nationale dans ce segment.
L’AED avait pris un rôle plus actif dans les acquisitions conjointes quelques mois après le déclenchement du conflit russo-ukrainien. Lancés en novembre 2022, les travaux portent depuis sur l’acquisition de munitions, de systèmes du combattant et d’équipements NRBC. Un appel d’offres pour la fourniture de masques, cartouches et tenues NRBC a ainsi été publié au printemps dernier pour des contrats courant jusqu’en 2030.
Quatre mois plus tard, l’AED, 24 pays européens et la Norvège mettaient sur pied un projet CPoA divisé en deux phases : l’une de deux ans, focalisée sur les obus de 155 mm et concrétisée dans le cadre du mécanisme EDIRPA, et l’autre, conclue pour sept ans, élargie à toute une gamme de munitions. C’est dans cette dernière que s’inscrit le double effort engagé cette semaine. Celui-ci intervient à l’heure où l’Europe continue de muscler sa filière pour parvenir, entre autres, à un socle de 2 millions d’obus produits à l’année courant 2027.
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