Le planeur logistique redécolle dans les armées françaises

Share

Un nouveau partenariat d’innovation est sur les rails à l’initiative de la Direction générale de l’armement (DGA). Après les frappes dans la profondeur ou les drones intercepteurs, celui-ci vise à développer et fournir un planeur logistique largable depuis l’A400M. 

Ravitailler sans exposer un appareil et ses pilotes à la défense sol-air adverse, voilà la mission confiée à ce planeur ravitailleur logistique (PRL) que la DGA cherche à développer et produire en partenariat avec l’industrie. Non motorisé et non habité, ce PRL devra être en mesure « d’emporter une charge de plusieurs centaines de kilogramme » à une distance de « plusieurs dizaines de kilomètres ».

Aérotransporté et aérolargué depuis la soute d’un A400M, ce planeur devra être capable de se mettre en vol automatiquement, de suivre un plan de vol préprogrammé et, une fois posé au sol, de préserver – faut-il le rappeler – l’intégrité de sa charge. Si ce qu’il emporte doit pouvoir être récupéré en intégralité, ce PRL est quant à lui considéré comme « consommable ». Voilà pour la définition succincte du besoin. 

Comme d’accoutumée, le partenariat d’innovation comprend plusieurs phases éliminatoires successives. Au maximum trois entreprises seront sélectionnées pour l’étape initiale d’étude et de conception. Seuls deux candidats accéderont à la seconde phase, celle portant sur le développement d’un premier prototype sans outil de navigation. Et seul un sera finalement retenu pour une troisième et dernière phase centrée sur l’élaboration d’un prototype capable de naviguer et, en cas de succès, sur son passage à l’échelle. 

Environ 90 exemplaires pourraient être acquis sur toute la durée de nouveau partenariat. L’effort sera autant technique que financier. Le PRL étant considéré comme un système « à bas coût », son coût unitaire ne pourra dépasser 50 000€. La DGA prévoit d’injecter 9 M€ sur les sept années que durera ce partenariat, dont plus de la moitié pour l’étape finale.

L’intérêt ne date pas d’hier dans les rangs français, sans qu’un programme d’acquisition n’ai cependant été formalisé. Du moins, jusqu’à ce matin. Le Battle Lab Terre et l’Agence de l’innovation de défense, par exemple, ont émis dès janvier 2022 une demande d’information afin de capter les bonnes idées disponibles et emboîter le pas des quelques précurseurs dans ce domaine, à commencer par l’US Marine Corps.

Ce partenariat d’innovation reprend également la plupart des paramètres inscrits dans le troisième appel à projets lancé l’an dernier par le cluster IDEA3 de la DGA. Hormis un coût unitaire et une cible haute identiques, le planeur alors visé devait être en mesure d’amener plus de 700 kg de charge utile à 70 km, le tout de manière automatique. Ce nouveau coup de sonde semble avoir fini de convaincre de passer à la vitesse supérieure. 

Cette solution, la 11e brigade parachutiste de l’armée de Terre l’a depuis longtemps dans son viseur. Appelés à opérer dans la profondeur et avec un équipement limité, les paras explorent de nouvelles voies pour garantir leur ravitaillement dans la durée face à un déni d’accès désormais systématique. La 11e BP travaille donc sur une trame capacitaire complémentaire des méthodes « classiques » de livraison par air. Le planeur y trouve toute sa place, aux côtés d’un pont logistique dronisé à base de drones cargo et de colis auto-guidés dont l’emploi est autorisé depuis près d’une décennie. 

Le besoin étant connu et nullement limité à la France, certains ont mis le pied à l’étrier depuis un moment. Au moins un système a déjà été certifié sur A400M : le GD-2000 de l’entreprise américaine Silent Arrow. Une voie suivie par le groupe allemand Hensoldt, qui réalisait à l’automne 2025 une série d’essais en vol de son système HADIS (High Altitude Drop Infiltrating System) depuis un A400M de la Bundeswehr. D’autres solutions existent mais aucune, a priori, n’est aujourd’hui proposée par la filière française. 

Crédits image : Crédit image : US Army / 1st SFG