La situation reste fragile pour Tarbes Industry

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Tarbes Industry va mieux mais sa santé financière reste délicate. Maillon essentiel de la filière munitionnaire française, l’entreprise des Hautes-Pyrénées est toujours surveillée de près par le ministère des Armées, qui n’exclut pas une nouvelle cession pour assurer sa pérennité.

Trois années de visibilité grâce aux Armées

Longtemps propriété de l’ex-GIAT Industries (devenu Nexter en 2006), Tarbes Industry venait d’être racheté par l’homme d’affaires Franck Supplisson lorsqu’éclate la crise sanitaire. Aux conséquences des trois reprises réalisées en deux ans se sont ajoutés des délais supplémentaires, une trésorerie davantage fragilisée et la perspective d’un nouveau dépôt de bilan.

Après un arrêt total de la mi-mars à début juillet 2020, « la reprise de la production a été difficile chez Tarbes Industry, compte tenu des pertes de compétences et de l’état de l’outil industriel », commentait le ministère des Armées dans une récente réponse écrite au député LFI Bastien Lachaud.

Pour le ministère des Armées, il s’agissait alors d’éviter la disparition d’un fournisseur de la filière nationale de munitions gros calibres. Dans un contexte aggravé par le Covid-19, celui-ci a donc donné un « coup de pouce financier », au travers d’un marché notifié au printemps dernier à Nexter. Cette commande majeure porte sur 80 000 obus explosifs modulaires de calibre 155 mm LU 211, dont les corps seront produits à Tarbes.

« Depuis, Nexter a obtenu de nouveaux contrats à l’exportation. Cette commande nationale et ces contrats export donnent de la visibilité à l’ensemble de la filière, en particulier à Tarbes Industry », ajoute le ministère des Armées. En juillet 2020, le carnet de commandes dépassait les 100 000 pièces et assurait trois années de production. Pourtant, l’inquiétude est de mise car la situation financière, tout en s’étant améliorée, reste fragile et ne permet pas encore de pérenniser l’activité sur le long terme.

Crédits photo : Tarbes Industry)

L’obligation de se diversifier

« Au-delà des prises de commandes, Tarbes Industry a besoin d’entretenir et d’investir au profit de son outil de production, afin de gagner en productivité et de répondre aux besoins de Nexter, tant en qualité qu’en quantité », souligne le ministère des Armées.  

Nexter demeure à ce jour l’unique client de Tarbes Industry. Sa diversification est donc un autre enjeu essentiel, « la commande nationale ne pouvant pas garantir sa pérennité, et la dépendance à un client unique n’étant pas soutenable dans la durée ».

Ce travail de diversification a déjà commencé. Après l’obtention d’une homologation pour la production de pièces d’obus de 120 mm 120 EXPL F1, l’entreprise devrait profiter du projet d’installation « d’une nouvelle activité dans le domaine de l’aéronautique », relevait la préfecture des Hautes-Pyrénées en février dernier. Enfin, Tarbes Industry pourrait, selon son PDG, participer à la production de munitions pour la Marine nationale. 

Parce qu’il exige d’investir dans de nouvelles machines et compétences, cet objectif de diversification est indissociable de la recherche de partenariats industriels, voire de repreneurs capables d’apporter les fonds nécessaires. Ici aussi, les démarches avancent, mais sans avoir débouché sur une solution pérenne. Ici aussi, l’État a dès lors dû apporter son concours, par l’entremise d’un cabinet spécialisé et du délégué interministériel aux restructurations des entreprises (DIRE).

Alerté dès mai 2020, le ministère des Armées considère lui aussi tous les scénarios possibles, « y compris ceux reposant sur l’arrivée d’un nouvel acteur au capital de Tarbes Industry, en tant que partenaire ou repreneur ». Il confirme par là s’associer à la mission confiée au DIRE.

Dix mois plus tard, « plusieurs partenaires ou repreneurs potentiels ont d’ores et déjà manifesté leur fort intérêt pour reprendre le site et travaillent sur des projets industriels concrets », avançait la préfecture des Hautes-Pyrénées. D’après celle-ci, l’État « restera attentif à la situation de ce site de production » afin qu’une trajectoire positive puisse enfin se dessiner pour la trentaine de salariés et d’intérimaires concernés.