La cavalerie réfléchit à son avenir

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L’armée de terre a organisé en début de semaine à l’École Militaire, les ateliers de la cavalerie sur le thème : « A la lumière des engagements opérationnels actuels, quelle cavalerie demain pour l’armée de terre ? » L’occasion de dresser les leçons du Mali et réfléchir au futur, à travers plusieurs tables rondes.

« Serval a permis de retrouver l’audace que l’on avait perdu en Afghanistan »

La phrase est du général Barrera, en évoquant l’action militaire au Mali. Un constat confirmé par le chef d’État Major de l’Armée de Terre: « En Afghanistan, on a perdu petit a petit, notre capacité de manœuvre ».

Le général Barerra a ensuite expliqué la participation décisive des cavaliers durant Serval :« Si l’ennemi n’était pas forcément blindé, nos blindés ont été indispensables pour la victoire tactique » a rappelé le général Barerra, alors commandant de la force Serval. Et oui, plusieurs raids blindés ont permis la reconquête du territoire malien, comme le 26 janvier, où un escadron Sagaie a réalisé un bond de 600 km pour venir en renfort des forces spéciales qui rencontraient une forte opposition dans la prise de Gao.

La cavalerie a également réalisé des prouesses durant les éprouvants combat de l’Adrar des Ifoghas en février, où le 1er Rima renforcé avec près de 70 véhicules (AMX10RC, Caesar…) est remonté vers Tessalit : un raid de plus de 500 km dans le désert en pleine zone hostile, au cœur du sanctuaire djihadiste, sous la chaleur et en tirant le flux logistique au maximum et où les cavaliers ont réalisés de multiples opérations de reconnaissance des vallées. L’ennemi, sans doute très confiant en sa défense, a été surpris, puis vaincu. Pendant ce temps et pour deux mois, les escadrons d’aide à l’engagement sur VBL sécurisaient Tombouctou.

« On se bat dans son char » a rappelé le premier commandant de Serval, qui a insisté sur l’importance du char comme appui de l’infanterie. « Si l’on avait pas eu les blindés, il y aurait eu beaucoup de pertes », décrivant les interventions des blindés comme une « assurance vie ».

Et l’un des autres métiers de la cavalerie, c’est bien sûr la reconnaissance, « 80 % du renseignement tactique sur les ennemis sont venus des forces terrestres » a précisé le général Barrera, soulignant le travail formidable des BRB (batterie de renseignement brigade) et du 2ème Hussards (écoutes, observation…).

La cavalerie, demain

Pour ce qui est du futur, trois tables rondes exploraient l’avenir de la cavalerie : doctrine, coopération (interarmées, interministérielles) et équipements. Sur ce dernier aspect, Scorpion a évidemment été au centre des discussions. Rappelons, que ce programme d’ensemble va venir rénover les capacités de contact de l’armée de terre et opérer le remplacement de nombreuses plateformes : le VBMR (véhicule blindé multi rôles) succédera au VAB; l’EBRC (Engin blindé de reconnaissance au combat), remplaçera les Sagaie et AMX10RC, mettant en œuvre des systèmes d’armes nouveaux (Tourelle numérique avec canon de 40 mm CTAi), missile MMP, remplaçant des missiles antichar Milan). Scorpion rénovera également des équipements existants (char Leclerc qui sera adapté aux combats urbains…) afin que toutes ces nouvelles capacités s’emboîtent de manière cohérente, notamment grâce à un système d’information commun.

Si en termes de mobilité des véhicules, peu de véritables sauts capacitaires sont attendus, les ruptures technologiques sont attendues sur d’autres fonctions, comme celle protection (camouflage, blindage…), celle offensive (canon électrique, missile hyper-veloce, laser, nanotechnologies, munitions diverses…) ou communication et numérisation (Système d’information du combat de Scorpion ou SICS, simulation…) voir encore observation (robotique, drone…)

En 2030, le Leclerc aura 40 ans

Le sujet du post-char Leclerc a été abordé. Bonne nouvelle, on a pu apprendre que des réflexions étaient en cours, notamment avec les allemands. S’agira-t-il d’un char lourd, basé sur la conception traditionnelle ou d’une plateforme novatrice « système de système » pour une guerre en réseaux… ? A suivre…

Une chose est sûre, c’est que le besoin du chars XL est confirmé. L’EBRC disposera d’un canon de 40 mm très efficace, mais qui actera la disparition des calibres de 90 mm et 105mm. Ainsi face à une menace très blindée et armée, le très lourd et son 120 mm seront d’autant plus nécessaire.

 

« La survie de la cavalerie est un combat de 40 ans »

Les mots sont d’un cavalier, le général Bertrand Ract-Madoux, chef d’Etat Major de l’Armée de Terre (CEMAT) qui clôturait la journée. Relevant que la cavalerie est la première victime des réformes en cours (dissolution du 4ème régiment de Dragon sur chars Leclerc).

« La France réduit ses ambitions dans le domaine terrestre, et notamment pour le combat de haute intensité, réduit de moitié (…). Les déflations sont difficiles mais vont continuer, de l’ordre de 3000 postes par an. » Mais « il ne faut pas être pessimiste, Scorpion va permettre le renouveau d’une partie des moyens de combat de l’armée de terre ». Sauf que les délais sont courts, très courts même « il faut en urgence lancer les études », qu’il s’agisse de la définition des plateformes, la tourelle de l’EBRC ou de l’intégration des systèmes d’armes (MMP…), l’ordre du CEMAT est qu’ « il faut passer en cadence de combat »

 

Illustrations: un AMX10RC durant l’opération Serval /le programme Scorpion/ un char Leclerc durant l’exercice Gulf Falcon (crédits: Armée de terre/ Ministère de la défense)