FOB Interview : Mike Duckworth, directeur Affaires Internationales de Nexter.

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Mike Duckworth mène depuis une vingtaine d’années une carrière d’ingénieur dans les systèmes de défense terrestre. Après avoir travaillé successivement chez Oerlikon, Royal Ordnance (devenu depuis BAE Systems), puis CTA International et Global Combat System, il a rejoint Nexter en 2010 pour prendre la responsabilité des affaires internationales.

Selon vous, comment se place Nexter sur le plan international ?

Nexter bénéficie d’une gamme moderne de produits et services qui nous place dans une situation favorable vis à vis de la compétition. Avec le Caesar, l’Aravis et le VBCI, qui seront rejoints demain par les développements nés du XP2, nous disposons dès à présent d’excellents matériels pour répondre aux besoins de forces expéditionnaires légères, rapides et puissamment armées. Notre offre est également très intéressante en matière de munitions, les Bonus et Spacido étant susceptibles d’intéresser le Pentagone. La France est aujourd’hui notre principal client, mais notre ambition est d’augmenter la part des exportations dans notre chiffre d’affaires. Atteindre à moyen terme 60% des ventes à l’export est tout à fait dans nos moyens.

Comment est perçu Nexter à l’étranger ?

Il y a quelques années, notre Groupe était perçu comme une « société gouvernementale », avec certaines lourdeurs inhérentes. Cette perception a aujourd’hui complètement changé. Bien que la participation de l’état dans le capital de Nexter soit connue, notre Groupe forme une société comme les autres, avec des objectifs de rentabilité très clairs. Notre programme « Grand Large » pour réduire les coûts et les cycles nous a d’ailleurs permis d’améliorer encore notre productivité. Nexter est aussi une société qui s’ouvre sur l’international en créant des partenariats et des co-entreprises. Je citerai par exemple la JV créée avec GTD pour promouvoir le VBCI en Espagne, ou encore l’accord signé avec Bumar en Pologne pour proposer un transfert de technologie dans le domaine des munitions. Au Canada, où nous participons à l’appel d’offres sur le programme Close Combat Vehicle, nous sommes associés à Bombardier pour la fabrication et l’assemblage des véhicules et Raytheon pour leur support technique. La société Nexter Canada Incoroporated qui vient d’être créée s’occupera sur place de la gestion du programme si nous venions à l’emporter.

Où en est aujourd’hui ce programme canadien de Close Combat Vehicle ?

Il suit son cours, avec un besoin exprimé de 108 véhicules avec 30 options supplémentaires. Nous avons remis notre offre en août 2011 et deux VBCI  étaient en  test à Aberdeen jusqu’à la fin 2011. Un véhicule était équipé de notre tourelle de 25 mm et l’autre avait reçu une tourelle de de 30mm d’Otomelara. Cette dernière est plus lourde et plus puissante, mais la tourelle de 25mm intéresse les Canadiens qui utilisent déjà cette munition. Ils n’auraient donc pas à qualifier une nouvelle munition s’ils optaient pour cette solution, ce qui nous rend économiquement très attractifs. Nous sommes en compétition sur ce marché à BAE et à General Dynamics. Le premier propose un CV90 armé d’une tourelle de 35mm et General Dynamics offre le Piranha 5, qui est sans doute notre véritable concurrent. Une particularité de ce marché est que les Canadiens n’ont pas précisé dans leur appel d’offres s’ils voulaient un véhicule à roues ou à chenilles. Ils sont ouverts à tout et jugeront sur pièce… Les premiers véhicules devront être prêts 24 mois après la sélection et tous devront être livrés dans les quatre ans qui suivent. La maturité de l’offre est donc normalement un critère déterminant.

Quelles sont les autres opportunités des blindés Nexter à l’export ?

Il y a l’Espagne que j’ai précédemment cité, mais le programme d’équipement prend du retard en raison de la situation économique du pays. Nous avons également des bureaux en Arabie Saoudite et aux EAU pour promouvoir nos véhicules et nous étudions la possibilité de nous installer en Inde. Nous avons présenté le VBCI aux Emirats et cela s’est très bien passé. La présence du parc Leclerc dans ce pays est un atout de poids pour nous. Une majorité des opportunités pour Nexter se situera probablement dans les pays du Golfe pour les cinq prochaines années.

Et pour l’artillerie ?

Le Canada évoque le renouvellement d’une partie de son parc d’artillerie dans les années à venir, en commençant par les M101 de 105mm. Mais ce projet se heurte pour l’instant à des contraintes budgétaires et il ne sera pas lancé formellement avant 2013. A plus long terme, on parle maintenant de 2020, les Canadiens pourraient également remplacer leurs automoteurs M109 de 155mm. C’est pour cette raison qu’ils sont venus voir le Caesar sur notre stand pendant le salon AUSA 2011 à Washington. Un appel d’offre pourrait intervenir d’ici deux ou trois ans. Pour répondre à un besoin exprimé par l’Inde, nous avons développé le Trajan, 155mm tracté dérivé du Caesar, en collaboration avec des sociétés locales. Nous avons soumis notre offre début 2011 et nous attendons maintenant la suite de la compétition, avec des évaluations à venir sur le terrain. L’Europe est en revanche moins riche en termes d’opportunités, à l’exception peut-être de la Pologne et du Danemark avec lesquels nous sommes en discussion.

Où en est le projet de la tourelle CT40, avec munition télescopée ?

La technologie du canon de 40mm avec munition télescopée est développée par CTA International, qui est une joint venture créée en 1994 par les prédécesseurs de Mexter et BAE Systems. Le MoD britannique a sélectionné l’arme pour son programme de revalorisation du Warrior et le programme Scout SV. La France quant à elle évalue l’arme dans le cadre du programme EBRC. L’objectif de Nexter est de développer une tourelle complète autour de cette arme, pour satisfaire non seulement le besoin français, mais aussi les possibles clients à l’export sur différents types de plateformes. Nous devrions être prêts en 2013.

Que pensez-vous du marché anglais et des opportunités qui pourraient être apportées par le rapprochement franco-anglais dans la Défense ?

Personne ne sait si ce rapprochement va se traduire par des opportunités concrètes. Quoi qu’il en soit, un accord est toujours préférable à l’absence totale d’accord… Quand les budgets sont très contraints, comme c’est aujourd’hui le cas en Grande-Bretagne, le meilleur moyen de faire des économies est d’acheter sur étagère, sans lancer de coûteux développements. De ce point de vue là, Nexter est bien placé avec des productions modernes et immédiatement disponibles. Je pense en outre que nous avons une meilleure assise industrielle que l’industrie britannique. Celle-ci est très fragmentée et subit les assauts répétés des constructeurs américains, nombreux à s’implanter Outre-Manche au travers de leurs filiales.