Equiper les forces spéciales, suite et fin

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Hier nous vous avons livré la première partie du compte rendu de l’audition le 1er juin du général de division Grégoire de Saint-Quentin, commandant des opérations spéciales, par la Commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée Nationale.
(Entre temps nous avons appris qu’il a été nommé le 6 juillet sous-chef d’état major « opérations » de l’état-major des armées – Paris – à compter du 1er septembre 2016. Il est, pour prendre rang de la même date, élevé aux rang et appellation de général de corps d’armée.)
 

Un membre des forces spéciales


L’armée de terre a développé un concept novateur au travers du Groupement d’appui aux opérations spéciales (GAOS). Ce dernier identifie des unités conventionnelles partenaires des forces spéciales qui forment un vivier de personnels sélectionnés et entraînés. Appartenant à huit régiments différents, ils ont des capacités d’appui qui intéressent tout particulièrement les forces spéciales – le génie, la guerre électronique, la cartographie, les explosifs, les moyens cynophiles ou encore les risques nucléaires, radiologiques, biologiques, chimiques (NRBC). « Je soutiens tout particulièrement ce type d’approche pragmatique, qui poursuit une logique que je défends depuis trois ans : il faut souvent plus que des forces spéciales pour faire des opérations spéciales » disait le général de Saint Quentin aux députés.
Il a aussi évoqué les 14 C-130 Hercules, en notant que si la notification du contrat de modernisation de huit d’entre eux intervient bien à l’automne 2016, ces appareils devraient être livrés entre 2019 et 2022. La modernisation vise à améliorer de façon significative les capacités tactiques de ces aéronefs, « dont notamment (…) leur autoprotection, (..) leurs capacités de communication, (…) leur aptitude à la navigation très basse altitude sous faible visibilité, avec des capacités de détection infrarouge », dit-il.
Le général soulignait aussi que le retour d’expérience des dernières opérations « milite pour que le capteur à longue endurance, qu’est aussi le C-130, soit équipé pour permettre l’appui feu des troupes amies et l’engagement de cibles dynamiques ». Autrement dit, de lui ajouter la capacité de pouvoir délivrer ponctuellement une munition de type missile. « Il ne s’agit pas d’en faire un bombardier », précisait-il.
 

C-130 Hercules


En ce qui concerne la mobilité et le combat terrestre, le général concédait que « dans ce domaine, nous connaissons une fragilité depuis déjà plusieurs années, alors même que la quasi-totalité de nos engagements sont réalisés en milieu aéroterrestre ». Il illustra ses propos en racontant que la task force Sabre, actuellement engagée au Sahel, a dû adapter ses cinq dernières opérations motorisées en milieu désertique pour tenir compte de la fragilité de ses véhicules très anciens (Peugeot P4 et véhicules légers de reconnaissance et d’appui). Ceux-ci seront remplacés par les VLFS (Véhicule Léger Forces Spéciales) dont nous avons parlé le 27 juin.

Les vieilles voitures des forces spéciales ne sont pas toujours adaptées au milieu…


 
Le général de Saint-Quentin parla aussi des capacités au combat de nuit, « qui caractérise la plupart de nos engagements opérationnels ». Il expliquait que « le parc actuel de jumelles de vision nocturne (JVN) est actuellement obsolète, hétérogène et incomplet. Qui plus est, il subit des conditions très abrasives sur le terrain. Enfin, cette technologie se répandant assez rapidement et n’étant plus l’apanage des seules nations occidentales, le maintien de notre supériorité suppose de pouvoir rester constamment au niveau des dernières évolutions technologiques : miniaturisation, niveau de définition, champ large, etc. »

Le drone Reaper français


Le général évoqua aussi les drones de surveillance de théâtre, des moyens qui « constituent de véritables démultiplicateurs d’efficacité et une technologie de rupture en opération. Les forces spéciales consomment 80 % des heures de potentiel Reaper et le besoin ne cesse de croître » nota-t-il.
Finalement, suite à une question de la présidente de la commission, Patricia Adam, concernant sa réflexion sur la nécessité d’ « acquérir des équipements plus rapidement, et pour certains de manière plus discrète », le général précisa sa pensée : « Il peut arriver que pour faire face à un mode d’action adverse, nous ayons besoin ponctuellement de nous doter d’équipements spécifiques, sans que nos adversaires ne puissent en être informés. C’est du cas par cas et l’instauration d’un processus d’achat plus discret n’est que complémentaire de l’existence de programmes d’armement intégrant dès l’origine nos spécifications. »
Motus, donc !