Danemark : mea-culpa ministériel et enquête à venir sur le remplacement des CAESAR

Crédits : Régiment d'artillerie de l'armée danoise

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« Des erreurs ont été commises » dans le remplacement des canons CAESAR par des systèmes israéliens ATMOS et PULS, a admis le ministre de la Défense danois Jakob Elleman-Jensen, de retour à son poste après plusieurs mois d’absence. 

Commandés en février auprès d’Elbit Systems pour remplacer les 19 CAESAR 8×8 donnés à l’Ukraine, les premiers systèmes ATMOS et PULS sont arrivés il y a peu au Danemark. Si la fierté est palpable côté industriel, cette livraison initiale est aussi l’aboutissement d’une procédure entachée d’irrégularités. 

« Des erreurs ont été commises dans ce processus. Je me suis excusé auprès du Parlement pour cela aujourd’hui, tout comme je me suis excusé pour le processus entourant le traitement urgent des documents », déclarait Jakob Elleman-Jensen ce mardi. 

« Malheureusement, les déclarations montrent que le Parlement a reçu des informations incorrectes dans plusieurs cas. C’est une information que j’ai reçue de mon ministère et que j’ai transmise. C’est critiquable. Je prends cela très au sérieux », ajoutait-il. À quatre reprises au moins, les parlementaires danois auront été volontairement induits en erreur tant par le ministère que par l’Organisation d’acquisition et de logistique de la défense du Danemark (FMI). 

Sur l’urgence de l’acquisition, premièrement. Les documents fournis aux parlementaires insistaient ainsi sur l’obligation d’une notification avant fin janvier afin de conserver les termes de l’offre soumise par Elbit. Cette date butoir, nullement contractuelle car la proposition restait valide jusqu’en juin, ne servait en réalité qu’à garantir une livraison rapide. Là aussi, l’argument s’est avéré trompeur. Promis dans les trois mois après la notification du marché, les démonstrateurs requis à des fins de formation ne sont arrivés sur le sol danois que début août.

Autre choix critiqué dès les premiers instants de la procédure : l’absence totale de mise en compétition, ici encore pour des raisons de calendrier. Conduite en six jours, l’étude de marché de la FMI se serait basée sur des demandes informelles adressées à trois fournisseurs, dont Nexter. Il n’en est rien, souligne le ministre de la Défense. Nexter Systems n’a pas été consulté et a pris le parti de soumettre une offre volontaire le 25 janvier, révèle un rapport publié ce mardi. Quant au troisième industriel, le coréen Hanwha, la FMI dit ne pas être parvenue à organiser une rencontre avec son représentant local. C’est ballot. 

D’autres informations pourtant déterminantes ont tout simplement été passées sous silence. C’est le cas du règlement d’une procédure judiciaire engagée en 2017 par Elbit suite à la sélection du CAESAR 8×8 et qui, par un heureux « hasard » du calendrier, s’est terminée début janvier par un accord entre les deux parties. 

Si le ministère multiplie les excuses, le dossier Elbit n’est pas pour autant clôturé. « J’ai encore un certain nombre de questions concernant à la fois la gestion du marché par la FMI et le manque d’informations de la part du département sur l’accord avec Elbit. J’ai donc proposé aux différentes parties de l’accord qu’une enquête impartiale soit menée afin que nous puissions clarifier les questions qui subsistent », annonçait le ministre de la Défense.