C’est l’heure de vérité pour les munitions FLPT-150 et Thundart. Développées par Thales/ArianeGroup d’une part et par Safran/MBDA d’autre part, ces deux propositions françaises entament les essais qui permettront à la Direction générale de l’armement (DGA) d’enfin trancher sur la question de la succession des lance-roquettes unitaires de l’armée de Terre.
Conduits hier, les premiers tirs d’essai de l’une des deux munitions « se sont bien passés », annonçait aujourd’hui le délégué général pour l’armement, Patrick Pailloux, en audition parlementaire. Les prochains essais sont attendus « la semaine prochaine », complétait-il. Pour les deux candidats, c’est l’aboutissement des partenariats d’innovation notifiés fin 2024.
De chaque côté, l’effort porte notamment sur la résistance au brouillage GNSS adverse. Safran a de son côté réalisé trois tirs d’essai d’une bombe AASM dotée d’un nouvel autodirecteur bi-mode laser-infrarouge (LIR). Cette qualification en poche, la solution devrait être disponible dès l’année prochaine. Elle bénéficiera également à Thundart, dont la production est réalisée sur la même ligne que celle de l’AASM. Une ligne dont les cadences ont quadruplé. Thales a lui aussi travaillé sur une nouvelle brique répondant aux mêmes contraintes de tir en environnement « GNSS-denied ». Étendu aux drones et aux véhicules terrestres, ce « TopStar Smart Receiver » combine trois technologies : un récepteur GNSS bi-constellation « résistant aux tentatives de leurrage », une fonction antibrouillage grâce à une antenne adaptative et une horloge « assurant la synchronisation des radios tactiques jusqu’à 48h après la perte du signal GNSS, au lieu de 30 minutes avec un équipement classique ». Le groupe planche par ailleurs sur une solution complète incluant le lanceur.
Une fois ces essais terminés, il s’agira de faire « un choix éclairé ». La suite consistera à rassembler les résultats et les données issues d’une étude de marché pour les solutions export et d’en ressortir la solution qui atteindra le meilleur ratio entre les coûts et délais. Inutile, en effet, de répéter à quel point disposer de cette capacité est « absolument prioritaire en cas d’engagement majeur ». « Il y a une grosse pression de l’armée de Terre, (…) c’est une capacité dont ils ont impérativement besoin », insistait le DGA en écho à des LRU qui devraient tirer leur révérence à compter de 2027.
L’urgence est réelle mais les budgets ne sont pas infinis. Bien qu’accéléré au travers de l’actualisation de la loi de programmation militaire, l’effort de renouvellement reste limité à « entre 13 et 26 lanceurs » accompagnés, selon le DGA, de 300 munitions théoriquement livrés d’ici à 2030. De quoi, à défaut d’être dans les temps pour le jalon d’une division projetable en 30 jours, équiper progressivement un bataillon à l’horizon que s’est fixé l’armée de Terre pour être apte à commander un corps d’armée au profit de l’OTAN.
L’équation se complexifie davantage si on y ajoute l’argument de la souveraineté. Développer et produire une capacité « Made in France » suppose, pour être viable, de dégoter des débouchés à l’export. Rien d’évident à l’heure où les systèmes américain, israélien et coréen ont d’ores et déjà capté l’essentiel du marché européen. « Il y a une urgence et il y a la volonté de développer nos capacités en France. Il va falloir qu’on arbitre dans les prochaines semaines », résumait le DGA.
Le patron de la DGA en est bien conscient, toute la difficulté consistera à « faire le meilleur choix ou le moins mauvais choix au regard des besoins ». Quelle que soit la réponse, celle-ci risque en effet d’engendrer une certaine « tension ». « Vous pouvez vous retrouver avec une solution qui est disponible très vite, qui coûte très peu cher, qui ne marche pas bien et qui viendrait de l’étranger, au hasard. Et puis une solution qui marche vachement bien, qui est plus chère, qui arrive plus tard. Qu’est-ce qu’on choisit ? », lançait Patrick Pailloux. Réponse, semble-t-il, avant l’été.
Crédits image : MBDA