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La LPM et l’export, piliers indispensables au rebond de la filière terrestre

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Entre résilience et vigilance, l’industrie de défense terrestre aura globalement su atténuer l’impact de la crise sanitaire, déclarait ce lundi le président du GICAT*, Marc Darmon, lors de ses premiers vœux aux adhérents. Les pertes sont malgré tout significatives pour une filière dont l’avenir, faute de plan de relance spécifique, dépendra de la stricte exécution de la loi de programmation militaire et de la reprise du marché export.

Des pertes importantes pour une entreprise sur cinq

Les industriels se remettent à peine d’un ralentissement sans précédent de leur activité lorsque Marc Darmon, Directeur général adjoint du groupe Thales, reprend les rênes du GICAT, le 1er juillet 2020. Six mois et un second confinement plus tard, l’heure est au bilan. « 2020 a été une année de crise sanitaire et économique majeure, une année compliquée pour toutes les filières et bien sûr pour notre industrie. Mais malgré les difficultés vous avez su majoritairement vous adapter et amortir leur impact. Preuve de votre capacité à rebondir tout en préparant l’avenir », a-t-il résumé.

Passé l’affolement des premières semaines de crise, le secteur terrestre aura effectivement su compenser le choc grâce à une réorganisation de l’activité, aux prêts garantis de l’État (PGE), avances de paiement et autres anticipations de commandes consenties par la DGA. Un « allié précieux » dont « il convient de souligner l’action » et auquel les deux tiers des entreprises du GICAT ont eu recours depuis avril dernier.

Du côté du GICAT, la situation s’est paradoxalement traduite par une recrudescence des adhésions. Avec 25 nouveaux arrivant l’an dernier, le groupement rassemble aujourd’hui 287 entreprises. Une forme de reconnaissance, mais aussi l’expression d’un besoin accru d’accompagnement et de l’importance d’une défense commune des intérêts.

Si les résultats ne sont pas autant catastrophiques que dans d’autres secteurs, l’aéronautique en premier, les pertes en matière de chiffre d’affaires sont néanmoins bien réelles. Elles sont même jugées « importantes » pour plus d’un cinquième des entreprises représentées par le GICAT (hors start-ups soutenues par Generate), révèle un baromètre réalisé en fin d’année.

Selon cette enquête, la plupart des entreprises enregistrent une baisse de leur CA inférieure à 30%. Moins résilientes que les grands groupes, les TPE et PME sont fatalement les plus touchées. Et si leur agilité « est à souligner », près de 90% d’entre elles estiment que leurs résultats vont stagner ou baisser.

Pour le président du groupement, il convient dès lors de rester vigilant « dans contexte économique qui s’annonce difficile notamment en 2021 et 2022 ». Deux points d’attention émergent à court et à moyen termes : l’actualisation de la LPM et la reconquête du marché export.

Crédits : GICAT

Rester solides sur nos appuis français

Les industriels du terrestre ont globalement su tenir le sprint sur plusieurs mois, la majorité n’est financièrement pas équipée pour un marathon de plusieurs années. Arrivera un moment où la contraction du marché export et le tarissement des sources de soutien se combineront à l’obligation de rembourser les PGE contractés l’an dernier, contribuant à fragiliser davantage les trésoreries.

La ministre des Armées l’aura plusieurs fois martelé : la relance de la BITD repose avant tout sur la LPM 2019-2025 et les 110 Md€ d’investissements qu’elle promet entre 2019 et 2023 dans les équipements, le MCO et les infrastructures. Celle-ci, particulièrement favorable aux industriels du terrestre, a jusqu’à présent été exécutée à la lettre, contribuant à maintenir à flot une grande partie de la filière.

La suite est plus incertaine. De fait, si le président de la République a promis de respecter les engagements pris pour les deux prochaines années, la trajectoire pour 2023, 2024 et 2025 ne sera fixée que lors de l’actualisation prévue pour cette année. « Si la modernisation de l’armée de Terre est en bonne voie, il conviendra d’être attentifs aux travaux d’actualisation à venir », a insisté Marc Darmon.

Ces arbitrages, ajoutés aux échéances électorales de 2022, interviennent en effet dans un contexte économique défavorable. L’enjeu majeur du GICAT sera donc de s’assurer que la trajectoire initiale de la LPM soit maintenue puis exécutée à la lettre dans les prochaines lois de finances. « Nous veillerons à défendre vos intérêts dans les arbitrages à venir qui conditionneront durablement l’état de nos forces en fin de décennie », a assuré son président. Au risque, le cas contraire, d’imposer une double peine à l’industrie terrestre, privée à la fois d’un plan de relance dédié et d’une fin de LPM salvatrice.

L’exécution conforme de la LPM, à l’image de la commande de 364 Serval en décembre dernier, est l’une des conditions nécessaires au maintien à flot du secteur terrestre (Crédits : Nexter/Texelis)

Redevenir conquérant à l’export

Après avoir « serré les dents » pour boucler l’exercice 2020, très nombreuses sont les entreprises dont l’avenir dépend aussi du redressement rapide du marché export. Depuis près d’un an, les entraves aux déplacements et l’annulation des salons se superposent à un ralentissement du marché et à une concurrence exacerbée.

L’export hors-Europe, qui représente 40% du chiffre d’affaires des adhérents, « a été grandement freiné par la crise sanitaire ». D’après Marc Darmon, « vous êtes 66% à déclarer avoir été touchés de manière importante : 1/3 d’entre vous annonçant des pertes de plus de 30% ».

Pour continuer à vendre, les entreprises doivent regagner en visibilité, se rapprocher de leur clientèle et oser s’attaquer à de nouveaux marchés. Preuve d’une certaine prise de conscience, la BITD française sera à nouveau présente en force au salon IDEX organisé le mois prochain aux Émirats arabes unis. Avec 42 sociétés représentées, le pavillon du GICAT conservera une ampleur équivalente aux éditions précédentes.  

Annulations et reports sont encore nombreux du côté des salons de défense. Pour y palier, le groupement travaille à élargir le champ au-delà des clientèles historiques du Moyen-Orient, d’Afrique de l’Ouest ou d’Asie. Si les conditions sanitaires le permettent, de nouvelles missions de prospection vont être organisées auprès de pays moins « traditionnels » mais dont les besoins peuvent parfaitement être adressés par des solutions françaises.

Reste, enfin, le pilier européen, qui représente un cinquième des exportations du GICAT, « une part en augmentation » d’après son président. La filière profite notamment de la montée en puissance des coopérations bilatérales, CaMo et MGCS en tête. Ces partenariats « nourriront les exportations européennes, et inversement, et permettront une meilleure interopérabilité en bout de chaîne ».

Le secteur terrestre table également sur les subsides promis par le Fonds européen de défense, désormais abondé pour 8 Md€ sur sept ans. « En attendant les résultats de 2020 de l’EDIDP, les résultats de 2019 ont été excellents. La France a reçu 40 millions sur 200, soit 20% des fonds ! Cette dynamique est encourageante », a rappelé Marc Darmon.

Ici aussi, il y a beaucoup d’appelés mais peu d’élus. Près de 450 entités avaient candidaté pour la première vague de projets EDIDP. Moins de la moitié ont été retenues, dont 37% de PME. La crise aidant, il y a fort à parier que les prochaines vagues de financements européens feront l’objet d’une attention croissante de la part des BITD nationales, qui y verront un moyen parmi d’autres pour compenser les déficits de revenus. Avec, à la clef, un lobbying renforcé et des chances de succès amoindries pour les plus petites structures.

*GICAT : Groupement des industries françaises de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres

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