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FOB Interview: Colonel Cadapeaud, programme Scorpion (1ère partie)

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FOB vous plonge aujourd’hui dans l’emblématique  programme Scorpion, avec cet interview en trois parties du colonel Cadapeaud, officier de programme Scorpion au Bureau Plan et Systèmes d’Armes de l’Etat Major de l’Armée de terre.

 

Le programme Scorpion est souvent mal compris. Comment le définiriez-vous ?

Le Programme Scorpion c’est le GTIA renouvelé et renforcé, avec ses appuis intégrés (génie, artillerie…). Le GTIA (groupement tactique interarmes) constitue l’unité tactique emblématique qui est projetée aujourd’hui en opérations extérieures, comme en Afghanistan par exemple. Formé à partir des régiments d’infanterie, de cavalerie, de l’ALAT, du génie et d’artillerie, il comprend entre 500 et 1 500 soldats. Scorpion vise ainsi à renouveler les capacités de combat de l’armée de terre, celles qui sont sous les ordres d’un colonel.

 

Il ne s’agit donc pas d’un programme d’armement au sens traditionnel du terme ?

C’est exact. Scorpion est un programme dit d’ensemble, global. Nous réfléchissons en termes de « capacités » et non plus d’ « équipements ». Et c’est effectivement un changement important dans l’approche des programmes.
Pourquoi ? Car il s’agit de s’adapter au contexte actuel. Tout d’abord celui opérationnel, qui est de plus en plus exigeant. Ensuite, les équipements ainsi que leur soutien sont devenus beaucoup plus onéreux qu’auparavant. Autre facteur, plusieurs blindés en service au sein d’un GTIA datent des années 70 et vont être remplacés quasi-simultanément (ERC90, VAB, AMX10RC…). Une approche plus générale, cohérente, était donc nécessaire. D’autant plus que les contraintes budgétaires sont très fortes. Ces éléments expliquent qu’une réflexion d’ensemble était nécessaire. On ne peut plus faire comme avant, c’est à dire remplacer chaque matériel de manière indépendante. Aujourd’hui l’opération d’armement Scorpion que nous lançons consiste à réfléchir globalement en terme de renouvellement des capacités de combat du « cœur » de l’armée de terre, celles du GTIA.

 

Donc Scorpion va bien au delà du remplacement de certains équipements?

Oui. Scorpion vise à renforcer l’aptitude opérationnelle d’un GTIA, c’est à dire permettre d’accélérer les processus décisionnels, manœuvrer en véhicule et déclencher les feux plus rapidement et enfin de créer de nouveaux modes d’entrainement et de combat. Pour le soldat, Scorpion lui permettra de comprendre, d’agir mieux et plus vite, en favorisant la prise d’initiative, la connaissance tactique, la compréhension d’une menace, le partage d’informations, tout en étant mieux protégé. L’objectif est bien que les unités puissent se concentrer sur la réflexion et l’action tactique, et donc accélérer le rythme de la manœuvre. Mais pas seulement. Scorpion doit aussi renforcer la préparation opérationnelle, c’est à dire inclure et repenser l’entraînement des forces. Enfin il doit assurer la soutenabilité financière : l’armée de terre doit mener ce programme à coût maîtrisé tout au long de son existence.

Mais comment arriver à maîtriser ces coûts ?

Par plusieurs biais. Tout d’abord, on ne remplace plus les véhicules « un pour un ». Penser de manière globale permet d’acquérir moins de véhicules que ceux à remplacer pour remplir les mêmes missions. On atteint cela grâce à la modularité. Avec Scorpion, les véhicules ne seront plus dédiés à une seule mission : il y en aura moins mais reconfigurable en fonction de la mission, grâce à des kits installables simplement en régiment. On gagne là déjà des coûts importants, en acquisition, en maintenance, mais aussi en déplacement ou en formation. Prenons par exemple le VAB : 34 versions sont aujourd’hui en service, qui seront remplacées par seulement deux véhicules : le VBMR lourd et celui léger. Ces derniers seront adaptables rapidement selon le besoin de la mission par changement de kits. D’autant plus que cette modularité permet plus d’évolutivité, à moindre coût car pensée à l’avance. Puisque seuls les kits obsolètes seront remplacés au lieu de rénover des flottes entières de véhicules ; facteur là aussi d’économies importantes.
Le maitre mot de Scorpion est donc la communalité : pouvoir disposer du maximum d’éléments communs entre tous les équipements. Ainsi les kits de mission dont je vous parlais, tout comme l’armement, seront les même du VBMR au char Leclerc, aussi souvent que possible.
Cette communalité est rendue possible grâce à des « labels » Scorpion. Ainsi le SICS (Système d’information et de combat Scorpion) sera commun à tous les véhicules et unités, ou le système d’arme TOP (tourelleau téléopéré) sera commun à plusieurs blindés. Il y aura bien sûr des kits spécifiques, comme le canon de 40 mm pour l’EBRC, mais le maximum de systèmes seront communs. Pour arriver à cet objectif, il faut réfléchir à ces communalités en amont, dès la conception. C’est pourquoi nous avons besoin d’un architecte Scorpion, qui nous aide à établir ces labels.
Enfin, autre point fort du programme Scorpion, là aussi facteur d’économies, l’entrainement sera encore plus efficace, en particulier en garnison, et coutera moins cher, grâce à la simulation embarquée.

 

Pourtant l’armée de terre a perçu et perçoit des équipements qui n’ont pas été pensés « Scorpion » ?

C’est vrai, mais ils seront progressivement intégrés dans le programme Scorpion dans des étapes ultérieures. Qu’il s’agisse du Felin ou du VBCI. Nous pensons dès aujourd’hui aux évolutions et aux nouvelles capacités de ces équipements, qui se feront dans une deuxième étape, à partir de 2022.

 

crédit photo: Sirpa terre

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