LOADING

Recherche

Comment le 17e GA contribue à l’accélération de la lutte anti-drones

Partager

L’armée de Terre change de braquet face à la menace croissante des drones. Derrière le volet capacitaire promis par la loi de programmation militaire 2024-2030, l’autre enjeu reste celui de la formation aux techniques de lutte anti-drones. Une mission confiée à une petite unité atypique et innovante du sud-ouest de la France, le 17e groupe d’artillerie.

Petite unité, grandes missions

Que l’on soit fantassin, cavalier, transmetteur ou encore logisticien, « désormais, la guerre se joue 20 mètres devant mais aussi 40 mètres au-dessus », observe le lieutenant-colonel Armand Cottin. Simples capteurs ou véritables munitions, les drones prolifèrent et évoluent constamment, obligeant l’armée de Terre à accélérer sur le sujet de la LAD. Et si les industriels travaillent aux réponses matérielles, le bouclier ne peut exister sans les combattants aptes à l’opérer. 

En matières de menaces venues du ciel, le lieutenant-colonel Cottin en connaît un rayon. Passé par les 1er régiment d’artillerie et 35e régiment d’artillerie parachutiste, ce spécialiste de la défense sol-air commande le 17e GA de Biscarosse (Landes) depuis juillet 2023. Chaque année, ses 170 artilleurs forment quelque 1700 stagiaires aux techniques cynotechniques, de lutte anti-aérienne toutes armes (LATTA) et, depuis 2019, de LAD. 

Cette unité relevant du Commandement de l’entrainement et des écoles du combat interarmes (COM E2CIA) agrège pour cela l’ensemble des matériels actuels de l’armée de Terre, du fusil brouilleur NEROD F5 pour la LAD du fantassin débarqué au VAB ARLAD de la LAD mobile, en passant par le système fixe MILAD dédié à la protection des emprises. « Ces trois capacités ont été déployées en BSS en 2020 », rappelle le lieutenant-colonel Cottin. Et le portfolio s’étend au simple fusil d’assaut, le combattant devant être en mesure de se protéger seul ou collectivement avec les moyens du bord.

Les capacités disponibles évoluent progressivement. Le fusil NEROD F5 d’ancienne génération se complète du NEROD RF. Rebaptisé « ICARE », le VAB ARLAD se décline depuis peu en un standard 2 doté d’un lance-grenades automatique de 40 mm et tout juste arrivé dans les Landes. Aux six véhicules déjà modifiés vont venir s’ajouter six autres grâce au passage en « urgence opération » de ce qui était à l’origine un programme d’adaptation réactive. Des travaux conduits en collaboration avec Arquus. Demain, il s’agira peut-être d’intégrer les matériels acquis au travers du programme PARADE, démarche conduite au niveau interarmées dont la logique de déploiement dans les forces n’est pas connue. 

Accélérer et sincériser

Lorsque le lieutenant-colonel Cottin arrive dans les Landes, c’est assigné d’un objectif clair : accélérer sur sa mission de formation à la LAD, une capacité encore embryonnaire dans les armées françaises. Si elle dispose de moniteurs en suffisance, l’armée de Terre a néanmoins besoin de cibles sur lesquels s’exercer. Très tôt, le 17e GA a dès lors commencé à produire ses propres drones « plastrons ». L’aventure démarre avec le SQ20, « un véritable avion d’aéromodélisme maintenant homologué comme un drone ». Trois d’entre eux ont début mai lors d’une séance sur le pas de tir de Biscarosse. 

Ce qui relevait jusqu’à peu de l’artisanat tend maintenant à s’industrialiser et à se diversifier. « Il nous faut des drones en quantité », constate en effet le commandant du 17e GA. Son groupe les fabrique donc lui même à l’aide d’ « une petite ferme d’imprimantes 3D » régulièrement mise à jour et de sa propre chaîne de montage. La fabrication additive engendre les châssis sur lesquels seront montés les composants commandés auprès de la société meurthoise Drone FPV Racer. De quoi produire jusqu’à 50 drones par mois. Un premier palier, car « nous pourrions monter jusqu’à 100 », indique le chef de corps. 

La trame actuel de drones d’entraînement conçus et produits par le 17e GA. Deuxième en partant de la gauche, le modèle Fulgure reprend la logique de la munition téléopérée

L’intérêt, derrière le coût, est de pouvoir répondre précisément et rapidement au besoin des forces, une agilité difficile à trouver ailleurs. Gagné, le pari de la conception maison a permis d’aboutir sur le SL450 NG, un drone quadricoptères de 800 grammes conçu en collaboration avec une entreprise dont l’identité restera secrète. SL pour « super low-cost », 450 pour son prix unitaire : environ 450 € et NG pour « nouvelle génération », celui-ci succédant à un premier essai infructueux.

Pas une semaine ne passe sans que le drone n’adopte un nouveau visage, n’évolue vers de nouveaux visages. « Considérant ce qui se passe en Ukraine, considérant ce qui se passe sur les théâtres d’opération, ma préoccupation est de sincériser en permanence la menace plastron que je présente à mes stagiaires », indique le lieutenant-colonel Cottin. Chargé de coller au plus près de la réalité, le 17e GA planche maintenant sur une trame complète de micro-drones quadricoptères. 

À chacun son effet tactique. Deux nouvelles itérations sont sur le point de rejoindre le SL 450 NG. L’une, baptisée « Fulgure », reproduit une munition téléopérée. L’autre est un drone vidéo pour observer à 200-300 mètres et « au-delà de la colline », le compartiment immédiat du combattant débarqué. Un quatrième modèle, aujourd’hui au stade du prototype, est un un drone « largueur » doté d’un dispositif conçu pour lancer une charge inerte. « Je voulais que l’on s’intéresse à la technicité du transport et du largage », pointe le patron du 17e GA.

Déployer la LAD dans les forces

« Avoir des drones c’est bien, mais il faut aussi former les télépilotes », relève le lieutenant-colonel Cottin. À partir de juin, le 17e GA formera une première classe de six télépilotes à l’usage de ses drones. Priorité au COM E2CIA, pilier divisionnaire responsable, entre autres, de la préparation opérationnelle des forces terrestres. Une fois ces savoir et savoir-faire acquis, ces spécialistes repartiront dans les camps d’entraînement dotés du matériel nécessaire pour, à leur tour, participer à accroître le réalisme des scénarios d’exercice.

« Le 17e GA est l’un des fournisseurs des nombreuses idées remontant jusqu’au comité de coordination innovation, cette innovation participative qui arrive tous les mois sur le bureau du directeur de la Section technique de l’armée de Terre [STAT] », explique le général de division Benoît Vidaud, directeur du Centre de doctrine et d’enseignement du commandement (CDEC). L’une de ces idées a été validée récemment. Baptisée « KILAD », elle prend la forme d’une valise contenant les drones cibles nécessaires aux différents centres d’entrainement de l’armée de Terre. 

Parce que l’accélération est devenue prioritaire, le 17e GA et la STAT planchent ensemble sur un atelier de production mobile, une roulotte capable de produire jusqu’à 80 drones par semaine et qui passera de régiment en régiment. De quoi soutenir l’entraînement un peu partout en France. Et une première étape vers la construction d’une capacité de production en régiment modulo un plan d’équipement garantissant la mise à disposition d’imprimantes 3D ? Affaire à suivre. 

Le 17e GA travaille déjà sur le coup d’après. Derrière la montée en maturité de sa trame de plastrons, il progresse dès maintenant sur la menace très actuelle des drones FPV. « Nous avons une plateforme de simulation à Biscarosse et de premières aptitudes concernant ce domaine », indique son commandant. Bien avancé, ce travail prospectif ouvre la voie à celle des essaims de drones. Il peut pour cela compter sur un bureau d’études dédié, une structure soutenue par un ingénieur de la Direction générale de l’armement (DGA) mais aussi par des réservistes issus de la filière industrielle, dont des ingénieurs de MBDA et de Thales. Il mise aussi sur un écosystème national représenté par des entreprises comme Drone Volt, Hexagone, mais aussi par des forces spéciales Terre « très agiles, très innovantes ». 

Les nouveaux programmes LAD étant désormais portés en interarmées, les artilleurs développent par ailleurs des synergies localement avec l’armée de l’Air et de l’Espace. À Captieux, par exemple, petit village de Gironde qui héberge un champ de tir et polygone d’essai géré par la base aérienne 118 de Mont-de-Marsan.

Le savoir-faire unique construit par le 17e GA soulève une autre question, celle de la production de drones opérationnels par les forces. Cet outil « made in armée de Terre », limité en capacités mais peu cher et facile à fabriquer, « ne serait-il pas finalement utile pour nos forces sur certaines missions très simples ? Je n’en sais rien, mais peut-être », soulève le GDI Vidaud. Rien ne l’empêche en tout cas sur le papier. La filière industrielle existe, de même que des solutions internes. Le Service de la maintenance industrielle terrestre (SMITer) – cet « industriel étatique » – ne dispose-t-il pas de fermes de fabrication additive capables de générer du volume ? « Nous ne nous interdisons pas de réfléchir au-delà », indique le GDI Vidaud dans une sorte d’écho au motto de la STAT : « le devoir d’essayer ». 

Tags:

Laisser un commentaire

Your email address will not be published. Required fields are marked *