Un soutien européen pour motoriser l’hélicoptère militaire de demain

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L’Europe débloquera 25 M€ pour le développement d’un nouveau moteur destiné à la prochaine génération d’hélicoptères militaires lourds. De quoi soutenir un consortium d’une vingtaine d’entreprises emmené par un duo franco-allemand. 

Faire décoller l’hélicoptère de demain, voilà la mission confiée au consortium européen SHARP (Sovereign High-performance Architecture for Rotorcraft Propulsion) emmené par EURA*, cette coentreprise créée en 2024 par Safran Helicopter Engines et MTU Aero Engines. Ses 25 grands groupes, PME et laboratoires en provenance de 12 pays entameront bientôt un effort de 27 mois visant à monter en maturité sur des briques technologiques. 

Voilà un moment que Safran et MTU s’y préparaient. Les deux acolytes ont créé EURA un an après avoir officialisé leur alliance et un an avant de se rapprocher d’Avio Aero, entité italienne du groupe américain GE Aviation. Tous trois avaient entériné leur partenariat en juin dernier au salon du Bourget. SHARP devra préparer le terrain pour le développement d’un moteur d’hélicoptère de nouvelle génération (ou ENGHE) que le trio envisage d’engager à partir de 2030 s’assurer d’être au rendez-vous dans la décennie qui suivra.

L’enjeu est clair, il s’agit là aussi d’anticiper le remplacement de flottes en phase de vieillissement. Quelque 1800 hélicoptères de transport et 600 hélicoptères d’attaque sont aujourd’hui âgés d’une vingtaine d’années en moyenne, précise MTU. Une large portion d’entre eux devront être remplacés à l’horizon 2040, quand le reste aura dépassé le demi-siècle de mise en service. C’est ce vers quoi vise, en partie, le programme « Next Generation Medium Helicopter » (NGMH) conduit par la France dans le cadre de la Coopération structurée permanente (CSP). Tant SHARP que les projets « EU Next Generation Rotorcraft Technologies » (ENGRT) 1 et 2 emmenés par Airbus Helicopters en découlent directement. 

SHARP se focalisera sur « des technologies évolutives pour toutes les gammes de puissance et d’architectures » susceptibles de contribuer à l’ENGHE. Ce moteur, EURA l’envisage aujourd’hui comme doté d’une disponibilité et d’une fiabilité supérieures et orienté vers l’optimisation des coûts et de la consommation en carburant. Conçu autour d’une architecture hybride électrique, il intégrerait une capacité de maintenance prédictive grâce à la surveillance en temps réelle et au recours à l’intelligence artificielle, explique la coentreprise. 

Surtout, l’ENGHE devrait reposer sur une conception et une chaîne de valeur 100% européennes. Derrière ses actions de maturation, SHARP aura ainsi pour autre ambition d’identifier les dépendances en matière d’approvisionnement et de tenter de les éliminer pour consolider l’autonomie européenne sur la question. L’avenir dira si l’empreinte américaine d’Avio Aero ne vient pas contrecarrer la recherche de souveraineté poursuivie par l’Europe. 

SHARP est l’un 57 nouveaux projets de R&D financés par l’Europe par une nouvelle enveloppe de 1,07 Md€ en provenance du FED. D’autres seront menés par des industriels français, à l’image de TRIDENT. Coordonné par Thales SIX GTS, il visera cette fois à « répondre au besoin d’un système de contre-batterie de nouvelle génération ». Crédité de près de 20 M€, TRIDENT mobilise notamment Safran Electronics & Defense, Alta Ares et l’Institut franco-allemand de recherches de Saint-Louis (ISL). Et apparaît à l’heure où la France envisage justement de renouveler ses radars de contre-batterie en avance de phase

*EUropean Military Rotorcraft Engine Alliance

Crédits image : EURA