L’après-Tigre passera par la case robotisation

(Crédits : 1er RHC)

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Les armées françaises planchent déjà sur la prochaine génération d’hélicoptère d’attaque. Un appareil qui n’arriverait, au mieux, que dans deux décennies mais pour lequel une robotisation au moins partielle semble inéluctable, une audition sénatoriale du chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT), le général Pierre Schill.

L’après-Tigre, un système partiellement robotisé

« Quelle sera la part de robotisation dans le domaine aéronautique ? », s’interrogeait le CEMAT en novembre dernier lors d’une audition relative au budget 2024 dont le compte-rendu n’est sorti que ce week-end. Une question en réponse à une autre question, cette fois posée par le député Hughes Saury (LR) et relative à l’avenir du Tigre. 

Quand l’armée américaine prône la vitesse et l’endurance pour ses futures flottes, « nous recherchons davantage des engins volant près du sol, de nuit, pour pénétrer les lignes adverses. Cela se traduit par des choix industriels différents d’un côté à l’autre de l’Atlantique », rappelait le CEMAT, sans doute en écho à plusieurs programmes de développement conjoints conduits en Europe ou au sein de l’OTAN

Les hélicoptères français de demain sont aujourd’hui l’objet de premières études amont portant « sur le fait de savoir si les vols seront habités ou non », indique le général Schill. Des réflexions potentiellement accompagnées de démonstrateurs transverses car profitant à plusieurs armées, « par exemple pour la coopération entre les drones et les hélicoptères ». 

« Nous avons un choix à faire entre la modernisation des aéronefs existants ou le passage à des équipements de génération suivante, avec des hélicoptères robotisés, une combinaison entre hélicoptères et drones », poursuit un CEMAT qui, sept mois plus tôt, évoquait déjà de futurs hélicoptères d’attaque ayant « consubstantiellement la capacité de guider certains drones aériens ou d’opérer avec eux ». 

L’après-Tigre reposerait dès lors en partie sur un système peut-être moins armé mais plus léger, encore plus agile et dont la perte s’avérerait moins onéreuse en ressources matérielles et humaines. Un ailier capable d’éclairer, d’appuyer, de protéger, d’ouvrir la voie dans un espace aérien qu’un engagement majeur rend difficilement pénétrable. Bref, une logique de « système de systèmes » similaire à celle retenue pour le système principal de combat terrestre principal (MGCS), autre brique d’un programme TITAN appelé à succéder à SCORPION.

La fin de l’hélicoptère d’attaque ?

Entre des machines majoritairement clouées au sol sur le front russo-ukrainien, le retrait anticipé de certains parcs et l’arrêt d’efforts de modernisation, l’exemple du Tigre intervient à l’heure d’autres armées tendent à revoir leur copie. Dernier exemple en date, l’abandon par l’US Army d’un programme « Future Attack Reconnaissance Aircraft » (FARA) destiné à remplacer, entre autres, l’hélicoptère d’attaque AH-64 Apache.

« Nous apprenons du champ de bataille – notamment en Ukraine – que la reconnaissance aérienne a fondamentalement changé », relevait alors le chef d’état-major de de l’US Army, le général Randy George. Une redéfinition dont l’une des conséquences sera d’investir davantage dans la conception de drones de reconnaissance. 

S’il est nécessaire, selon le CEMAT, d’ « aussi tenir compte des éléments que nous fournira le conflit en Ukraine pour préciser les conditions d’emploi de ces hélicoptères », pas question pour autant de se détourner du segment d’attaque. Qu’importe l’étendue du standard, l’armée de Terre entend conserver un parc de 67 Tigre au moins jusqu’en 2035. Elle y consacrera encore 203 M€ en 2024, année durant laquelle seront livrés cinq appareils portés au stade « appui destruction » et autant en 2025 pour parvenir à 25 Tigre HAD en service d’ici à 2026.  

Quand certains s’interrogent sur le maintien de leur flotte, la France se projette quant à elle d’ores et déjà au-delà de 2040, horizon retenu pour un programme baptisé « hélicoptère de combat du futur » lancé cette année avec une première ligne de 30 M€ et dont les objectifs initiaux seront d’ « analyser le besoin futur de capacités d’attaque pour l’aérocombat » et d’ « en définir les concepts d’architectures capacitaires ».