Un nouveau cap pour les Forges de Tarbes

La ministre des Armées Florence Parly de passage par les Forges de Tarbes (Crédits : ministère des Armées/Twitter)

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Exit Tarbes Industry, place aux forges de Tarbes. Derrière ce changement de nom, le rachat par Europlasma et le sauvetage d’un chaînon majeur de la filière munitionnaire française que la ministre des Armées Florence Parly est venue constater hier en personne.

L’appui précieux du ministère des Armées

Actée début août, cette reprise est le fruit de 20 mois de mobilisation pour la trentaine d’employés de ce fleuron de l’industrie française. Cette solution découle aussi d’un travail collectif effectué, entre autres, par le ministère des Armées et par son client unique, le groupe Nexter.

L’intégration dans le groupe bordelais « est un projet solide qui va permettre d’assurer la pérennité de l’activité de ce site industriel, qui est très important pour notre défense puisque c’est ici que nous produisons les corps d’obus qui vont ensuite être utilisés par nos armées », a déclaré la ministre des Armées.

Partenaire historique de Nexter, les Forges de Tarbes fournissent les corps d’obus des munitions de 120 mm du char Leclerc et de 155 mm du système CAESAR. Il était donc hors de question de voir disparaître ce savoir-faire unique en France, a insisté Florence Parly, selon qui il est impératif de « ne dépendre d’aucun autre pays pour concevoir, produire et entretenir ses équipements, c’est vital pour nos forces armées. C’est vital pour notre liberté d’action ».

Le ministère des Armées a assuré la survie de l’entreprise en passant commande pour « près de 10 ans de nos besoins en corps d’obus ». Un contrat d’environ 25 M€ conclu avec Nexter et qui doit maintenir l’activité du site de Tarbes durant au moins trois ans, intervalle alors jugée nécessaire pour investir, se diversifier et revenir sur une trajectoire pérenne.

Un an plus tard, le Covid-19 est venu ajouter son lot d’incertitudes. La commande publique risquant de ne pas être suffisante, le ministère des Armées, le ministère de l’Économie, les acteurs locaux et les représentants du personnel se sont mis en recherche d’un repreneur. Un rôle qu’Europlasma, « une entreprise experte de la dépollution », a accepté d’endosser cet été. Son engagement se traduira par un investissement de 9 M€ au cours des trois prochaines années.

Crédits : Ministère des Armées

Un réinvestissement « immédiat »

À l’inverse du propriétaire précédent, Europlasma s’est immédiatement lancé dans un plan de réinvestissement et de diversification des activités. Ce plan prévoit notamment de recapitaliser l’usine bigourdane dès cet automne à hauteur de 2 M€.

Ce premier coup de pouce permettra prioritairement de consolider l’outil de production et de relocaliser en France des activités d’usinage d’aluminium. Derrière, les Forges de Tarbes confortent aussi leur partenariat avec le client historique. Ses équipes ont obtenu une qualification supplémentaire relative à « un nouveau corps creux de large diamètre, pouvant atteindre 155 mm », souligne Europlasma.

Le portfolio défense va encore s’agrandir de deux nouveaux produits de plus petits diamètres, également en cours de qualification. Des essais sont prévus dans les prochains mois pour une mise en production attendue dans le courant de l’année prochaine.

Mais les Forges de Tarbes doivent aussi impérativement s’attacher à amoindrir leur dépendance à un « mono-client » dans un « mono-marché ». Entre autres pistes évoquées, l’internalisation de la production de torches à plasma, « probablement un marché qui va se développer », estime Florence Parly.

« Toutes les conditions sont, je le crois, réunies pour que les Forges de Tarbes retrouvent un développement et une capacité à travailler dans la durée », concluait la ministre des Armées. Les perspectives sont bonnes, mais la vigilance reste de mise du côté des salariés. Pour éviter que l’histoire ne se répète, ceux-ci ont demandé et obtenu la constitution d’un comité de suivi du projet industriel.