Le Département américain de la Défense lance une révolution interne

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Alors que le département américain de la Défense examine l’évolution à suivre vers le futur des forces armées, le sous-secrétaire à la Défense, Patrick M. Shanahan, a déclaré, le 29 mars : « Évolution? Nous allons changer ce mot en révolution ! »
 

Dorénavant, le département américain de la Défense entend inverser le flux de la R&D : le secteur civil doit bénéficier au militaire, plus le contraire (Photo: US Army)


Shanahan a pris la parole lors d’un événement parrainé par le Centre for New American Security. « Evolving the Future Force » est un projet pluriannuel conçu pour examiner comment l’armée devrait s’adapter aux innovations adverses dans l’ensemble des conflits. Il explore les attributs et les capacités nécessaires d’une future force interarmées et comment la faire évoluer de manière rentable. L’effort porte sur l’aptitude à examiner les opportunités qui s’appuient sur les programmes existants, capitaliser sur les technologies émergentes et tirer parti d’une combinaison d’actifs haut et bas.
 
Pour son exposé très attendu, M. Shanahan s’était entouré d’experts de l’industrie et des universités, ainsi que d’anciens représentants gouvernementaux des trois axes de la stratégie de défense nationale du secrétaire à la Défense, le général James N. Mattis. Ces trois axes consistent, primo, à reconstituer l’état de préparation militaire ; secundo, à renforcer les alliances et attirer de nouveaux partenaires ; tertio, à réformer les pratiques commerciales du ministère pour obtenir de meilleures performances. Cette stratégie a été finalisée en janvier, le budget a été bouclé en février et le mois de mars a été consacré au lancement de l’exécution.
 
« Bon nombre d’idées et de solutions existent depuis un certain temps ou sont en train d’apparaître ; nous devons les adopter d’une manière très équilibrée », a déclaré M. Shanahan en exposant ses trois priorités.
 
La première de ces priorités est que les responsables de programmes s’assurent que, non seulement ils dépensent l’argent prévu, mais encore qu’ils le dépensent de manière adéquate.
 
La deuxième priorité consiste à minimiser les risques pour les programmes lancés s’achèvent parfaitement et plus tôt que prévu ou en deçà du budget. Mais il est clair que la priorité la plus importante est l’accélération de la modernisation.
 
Parallèlement à la poursuite de ces deux priorités, a déclaré Patrick Shanahan, les responsables poursuivent des réformes de la manière dont le département de la Défense « réalise des affaires ». Il a souligné que, dans le passé, le département de la Défense a effectué ou supervisé beaucoup de recherche et de développement dont le fruit a ensuite été utilisé dans le secteur privé (ce fut surtout le cas dans l’industrie aéronautique, ce qu’Airbus a plusieurs fois souligné pour invoquer une concurrence déloyale, soit dit en passant). « Maintenant, a déclaré Shanahan, nous allons exploiter le processus inverse : une grande partie de la recherche et du développement du secteur privé peut être utile au département de la Défense, ce qui constitue une nouvelle approche pour le département de la Défense. Celle-ci va nous ouvrir la possibilité d’attirer de nouvelles entreprises, de nouvelles idées et d’élargir le cercle des personnes avec lesquelles nous travaillons au sein du département de la Défense ».
 
Le défi de l’évolution d’une organisation aussi grande que le département de la Défense est de progresser rapidement dans la même direction et d’évoluer à grande échelle, a déclaré M. Shanahan, ajoutant que c’est la base de la stratégie de défense nationale.
 
Indépendamment de cette préoccupation du département de la Défense, un « Futures Command » – que l’on pourrait peut-être traduire par « Commandement du Futur » – a été créé pour obtenir clairement des victoires dans les conflits futurs.
 
La création du Futures Command constitue le plus important effort de réorganisation de l’Armée depuis 1973. Ce nouveau commandement sera le quatrième de l’Armée ; il n’est ni plus ni moins que chargé de conduire l’Armée vers l’avenir.
 
Avec ce nouveau Futures Command, les Commandements de l’Armée (ACOM) englobent maintenant quatre composantes. Nous conservons leurs désignations américaines pour éviter toute traduction inappropriée.
 
Premièrement, l’Army Forces Command, qui est responsable de fournir à la nation américaine une force armée totalement prête pour le combat, prête à réagir au niveau mondial.
 
Deuxièmement, l’Army Training and Doctrine Command, qui est responsable de l’instruction et de la doctrine de l’armée ; c’est « l’architecte » de l’armée. Il recrute, entraîne, conçoit et construit l’armée.
 
Troisièmement, l’Army Materiel Command : il est responsable du soutien de l’Armée en fournissant le matériel nécessaire et la préparation à son emploi, ainsi que son entretien.
 
Quatrièmement, le nouveau Futures Command, chargé de moderniser l’armée pour l’avenir. Il intégrera le futur environnement opérationnel, la menace et les technologies pour développer et livrer tout ce qui sera nécessaire – humainement et matériellement pour répondre aux futurs besoins identifiés ; cela inclut les modifications d’organisation impliquées par ces prévisions.
 
Mentionnons quatre caractéristiques de ce nouveau Futures Command. Il agira à titre de gardien des efforts de modernisation de l’Armée de terre en reliant les concepts opérationnels aux exigences de l’acquisition et de la mise en service. Il réunira les concepts et les définitions d’exigences ainsi que les fonctions d’ingénierie et d’acquisition en une seule équipe. Ce doit être un petit quartier général, agile, axé sur la flexibilité, la collaboration et la rapidité ; l’accent est mis sur l’innovation, l’expérimentation et la démonstration.
 
Dernier point, mais non des moindres, il doit permettre le prototypage rapide et à moindre coût, puis améliorer l’entraînement en y incorporant rapidement le fruit des rapports d’essais et d’opérations menées sur le terrain.
 
La structure a été conçue comme suit. Chaque organisation subalterne du Commandement de l’avenir de l’Armée existe actuellement en tant qu’organisation au sein de TRADOC, de l’AMC, de l’ASA (ALT) ou du Commandement des essais et de l’évaluation de l’Armée. L’organisation du Futures Command sera reconfigurée pour s’assurer que tous les principaux commandements de l’Armée demeurent étroitement liés. Le quartier général sera situé à proximité d’institutions industrielles et académiques innovantes pour s’aligner avec ces organisations et dans un lieu où le commandement inculquera la culture nécessaire pour développer l’innovation et la synergie nécessaires pour mener l’effort de modernisation de l’Armée.
 
Le commandement de l’avenir de l’armée aura trois organisations subordonnées. Premièrement, les « Futures and Concepts » identifieront et donneront la priorité aux besoins et aux opportunités de développement des capacités. Deuxièmement, le « Combat Development » conceptualisera et développera des solutions pour les besoins et opportunités identifiés. Troisièmement, les « Combat Systems » vont affiner, assurer l’ingénierie et produire les solutions développées et retenues.
 
Toute l’autorité d’acquisition est dérivée de Army Acquisition Executive (AAE), auquel les responsables de programme font rapport. Le Futures Command est responsable des exigences soumises et soutient les gestionnaires de programme concernés.
 
La stratégie de modernisation de l’Armée poursuit un objectif : rendre les soldats et les unités plus létaux pour gagner les guerres de la nation, puis rentrer à la maison en toute sécurité. Le processus de modernisation s’appuiera sur l’innovation commerciale, la science et la technologie de pointe, le prototypage et le feedback apporté par les combattants. L’unité de commandement et l’unité dans les efforts déployés pour la modernisation de l’Armée assurent la responsabilisation et la transparence dans l’utilisation des ressources de la nation.
 
La révolution annoncée ne devrait donc pas être aussi fondamentale que l’effet d’annonce qui la présente mais faire bouger un mastodonte comme le département américain de la Défense constitue un défi captivant. Soit dit en passant, l’association entre ministère de la Défense et secteur industriel civil est quelque chose qui se trouve déjà noir sur blanc dans la Loi de Programmation militaire française 2019-2025…