L'armée russe ne peut plus se passer des drones

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La Russie utilise les drones aériens depuis 2013 et avec leur déploiement sur le théâtre syrien ils se sont très vite rendus indispensables à la conduite des opérations militaires. Surveillance, renseignement et précision accrue des frappes, les Russes ne peuvent plus se passer de leurs véhicules sans pilote. Prochaine étape : le drone armé. 
 

Soldat russe examinant un léger drone aérien à hélices (Crédits : Rus.Mil)


 
Dans un interview accordé au journal officiel de l’armée russe – connu chez nous sous le nom de Red Star – le major-général Alexander Novikov, chargé des programmes de drones au sein du Ministère de la Défense, est revenu sur l’utilisation de drones aériens par les soldats russes sur le champ de bataille. Conclusion : ils sont irremplaçables.
 
Le département qu’il dirige a été créé en 2013 en même temps que les premières formations de drones aériens (au moins une dans chaque district militaire). Aujourd’hui, l’armée russe disposerait de pas moins de 1 900 véhicules aériens sans pilote. Rien qu’en Syrie (l’armée ukrainienne aurait abattu plusieurs drones russes au dessus de son territoire), les drones russes ont effectué environ 23 000 sorties pour un total de 140 000 heures de vol. Bien qu’à la différence des immenses drones américains ou des petits drones « commerciaux » utilisés par l’État Islamique, ils ne soient pas (encore) armés, les Russes ne pourront plus s’en passer à l’avenir : selon Novikov, leur déploiement permettrait ni plus ni moins d’assurer un contrôle 24/24h de la situation au sol sur presque tout le territoire syrien.
 
D’après Novikov, les drones aériens seraient utilisés dans « presque toutes » les opérations militaires, de la surveillance au combat « pour apporter des solutions efficaces à une variété de tâches » : sur une portée maximale de 200 km les drones russes peuvent renvoyer en direct au poste de commandement ou aux artilleurs les images en temps réel de la situation. Que ce soit pour planifier une attaque, ou tout simplement l’avorter aux vues des menaces ou de la présence de civils, ou pour obtenir les coordonnées précises de l’ennemi afin de lui envoyer une volée d’obus, pour surveiller les bases, mais probablement, surtout, pour appuyer l’armée syrienne, les Russes ne répondent plus que par l’utilisation du drone.
 
Déjà très satisfaits par les capacités offertes par cette technologie révolutionnaire, ils semblent s’impatienter de recevoir leurs premiers drones armés. Sur ce sujet, les Russes sont logiquement assez discrets, peut-être qu’ils n’ont pas eux-mêmes les informations à disposition, le programme enchainant les retards, mais selon les sources du journal TASS, le prototype devrait effectuer son premier vol cette année. Développé par l’industriel Sukhoï, l’Okhotnik (chasseur en français) serait un drone lourd de longue portée pesant jusqu’à 20 tonnes, un engin probablement énorme ou d’une conception toute autre que son pendant américain quand on sait que le Predator américain pèse environ 1 tonne. Aile volante furtive équipée d’un moteur à réaction, le projet russe se rapprocherait alors plutôt du X-47B développé par Northrop Grumman et pourrait être équipé de canons, missiles et autres bombes lourdes.
 
Quelque soit sa conception, il sera un véritable game changer pour la Russie qui semble limiter au maximum l’exposition de ses soldats au feu, leur préférant les sociétés militaires privées et les frappes aériennes. Outre la Syrie – si le drone arrive avant la fin des hostilités – le drone d’attaque sera primordial pour traquer des insurgés armés dans d’autres régions, comme peut le faire l’armée américaine dans la zone afghano-pakistanaise. Dans le cas d’une guerre conventionnelle, on imagine également très aisément les apports opérationnels d’une telle technologie. Si les Russes cherchaient effectivement – et parvenaient – à produire un drone de combat, bien au-delà du « simple » drone d’attaque au sol, on entrerait dans une toute autre dimension de la guerre. Pour le moment, Novikov l’avoue, le Ministère attend encore beaucoup des industriels nationaux pour que l’Okhotnik dépasse ses concurrents : du rayon d’action à l’autonomie, de la furtivité à l’intelligence artificielle pour « traiter de grandes quantités de données dans un temps relativement court », il y a encore beaucoup de travail à réaliser.
 
Sur l’Okhotnik, Denis Fedutinov, l’expert cité par TASS, avance deux idées. D’un côté, l’Okhotnik a probablement été conçu « pour accomplir des missions similaires aux missions assignées aux drones américains – détruisant les systèmes de défense antiaérienne, les communications, les postes de commandement et de contrôle dans des situations où l’utilisation de l’avion présente des risques considérables pour les équipages. » D’un autre côté, le projet ne débouchera pas forcément sur un système mature mais pourrait servir « de démonstrateur de technologies pour mettre en pratique des solutions qui seront éventuellement utilisées sur d’autres drones prometteurs. »