Au tour de la Roumanie d’acter un emprunt au travers du mécanisme européen SAFE. Les 16,7 Md€ prêtés par l’Europe permettront de financer une vingtaine de projets d’acquisition d’armement, dont certains mobiliseront directement la filière industrielle française.
Feu vert pour la ligne de crédit roumaine, la deuxième en taille après les 43 Md€ accordés à la Pologne par la Commission européenne. Un quart de l’enveloppe viendra soutenir des projets d’infrastructures et de mobilité militaire. Plus de la moitié – environ 9,6 Md€ – sera investie d’ici à 2030 au profit de 21 projets d’armement. Dix d’entre eux le seront via des acquisitions conjointes, dont trois en lien direct avec la France.
Le premier prévoit la commande de 12 radars de surveillance pour la force aérienne. Ils contribueront à renouveler une capacité vieillissante essentiellement construite autour de systèmes américains et soviétiques. Présentée comme un « gap filler », la solution retenue n’est pas détaillée par la Défense roumaine. Celle-ci semble néanmoins pencher vers le GM200 de Thales.
Estimé à 258 M€, l’investissement sera réalisé en partenariat avec la France. Paris s’est justement doté d’un dispositif ad-hoc l’an dernier. Similaire à ceux créés pour le missile MISTRAL 3 et pour le système d’artillerie CAESAR, il a été rejoint à sa création par un partenaire bulgare désireux de se doter du radar GM400 de Thales. « D’autres pays ont d’ores et déjà manifesté un fort intérêt pour la démarche et devraient prochainement, avec le soutien des pays partenaires initiaux, rejoindre la coopération », avait alors précisé le ministère des Armées.
Le deuxième ajoutera « au minimum » 12 hélicoptères H225M « en configuration d’attaque » à une capacité reposant pour l’instant sur une version locale du Puma. La Roumanie y consacrera 852 M€, soutien logistique initial et entraînement du personnel compris. Ici aussi, l’investissement sera réalisé conjointement avec la France. Celle-ci semble en effet envisager l’extension de son propre parc. Aux 21 Caracal en service en 2024 toutes flottes confondues sont venus s’ajouter cinq autres appareils dans l’armée de l’Air et de l’Espace. Un sixième les rejoindra en 2026, clôturant ce volet du plan de soutien à l’industrie aéronautique lancé durant la crise sanitaire.
Le projet d’actualisation de la loi de programmation militaire 2024-2030 annonce quant à lui 29 Caracal en service dans l’AAE à la fin de la décennie, y compris les huit théoriquement reversés par l’Aviation légère de l’armée de Terre. Deux exemplaires manquent donc à l’appel pour atteindre la cible. Et potentiellement sept autres pour atteindre le cap des « 36 HM » fixé pour 2035, à supposer que l’objectif d’uniformisation des parcs d’hélicoptères de manoeuvre soit maintenu.
Le troisième et dernier projet n’est pas une surprise. Il s’agit de l’achat de 231 lanceurs et 934 missiles MISTRAL 3 auprès de MBDA pour environ 625 M€ et au travers du dispositif d’acquisition conjointe mis en place par la Direction générale de l’armement (DGA). Seul programme entouré d’un accord à ce jour, il bénéficiera également d’un financement européen dans le cadre du mécanisme EDIRPA. Une dizaine d’utilisateurs du MISTRAL se sont depuis partagés les 60 M€ accordés par la Commission européenne.
La France doit quant à elle encore avaliser un emprunt européen de plus de 15 Md€. Il viendra soutenir 36 projets, dont l’acquisition d’A400M, des avions de guet aérien GlobalEye, de systèmes SAMP/T NG, de canons CAESAR, de drones navals et de munitions. La LPM actualisée prévoit en effet 11 CAESAR et deux batteries SAMP/T NG supplémentaires à horizon 2030.
Le ministère des Armées poussent par ailleurs plusieurs sujets en direction de potentiels clients. Parmi ceux-ci, la gamme de blindés médians SCORPION et le système de franchissement de nouvelle génération SYFRALL. L’Irlande, bien que non concernée par SAFE, et Chypre, qui disposera d’un crédit de près de 1,2 Md€, sont en première ligne pour SCORPION, nous rappelait cette semaine la DGA. Une nouvelle commande pluriannuelle doit être notifiée en 2026 pour 97 Serval, un jalon auquel d’autres sont susceptibles de se raccrocher. Quant à SYFRALL, son adoption par la France et, sous un autre nom, par la Pologne, pourrait en convaincre d’autres à l’heure où les problématiques de mobilité tactique se font plus prégnantes.
Crédits image : Airbus Helicopters / Anthony Pecchi