Ils volent toutes les nuits. « Ils », ce sont les Tigre que la France a envoyés aux Émirats arabes unis pour contribuer à la protection face aux drones lancés par l’Iran. Une nouvelle corde à l’arc de cet hélicoptère d’attaque et une mission synonyme de précieux retours d’expérience pour l’armée de Terre.
Des drones Shahed iraniens ont été abattus par le canon de 30 mm des Tigre de l’Aviation légère de l’armée de Terre (ALAT). Chaque nuit, leurs équipages se voient attribuer des « boxes », des zones dans lesquels ils chassent toute menace passant à portée de leur canon THL 30. Dans au moins un cas, ils auront été jusqu’à abattre un drone ayant échappé aux autres moyens disponibles.
Le Tigre se révèle « très efficace » dans cette mission, observe-t-on du côté de l’armée de Terre. Derrière son autonomie et sa vitesse, son canon lui permet de neutraliser un drone Shahed tout en restant à distance de sécurité en cas d’explosion. Si la méthode est à ce point « bénéfique », c’est aussi en raison de son coût, bien moindre que celui de munitions complexes devenues rares et réservées à d’autres cibles. Les expérimentations menées en amont avaient en effet estimés à une cinquantaine le nombre d’obus nécessaires pour traiter une cible, un volume qui se vérifie visiblement dans le ciel émirien.
Nouvelle mission oblige, il aura fallu adapter les appareils et vite. La liaison 16 par exemple, essentielle pour communiquer avec les autres acteurs de la 3ème dimension, aura été installée en seulement deux semaines au lieu des plusieurs mois théoriquement nécessaires. L’évolution a été conduite en deux temps, d’abord depuis le sol sous forme de relais puis directement à bord, permettant in fine d’intégrer le Tigre dans la bulle de défense anti-aérienne. La logique s’étend aux armements, avec des travaux accélérés pour retrouver une capacité de missile anti-aérien et exploiter le potentiel de roquettes guidées laser de 68 mm ajoutées à l’occasion de l’évolution de l’appareil vers le standard 2.
Plusieurs expérimentations ont été conduites au cours des dernières semaines par la Direction générale de l’armement (DGA) en s’appuyant sur son centre référent en matière de lutte anti-drones. La Task Force interarmées qui y opère a ainsi « très vite » conduit des essais sur les hélicoptères en service. Derrière l’exemple du Tigre, la DGA a mobilisé des NH90 Caïman armés d’une mitrailleuse 12,7 mm et des Gazelle armées armée d’une mitrailleuse 7,62 mm « et nous avons fait des essais contre des cibles représentatives de Shahed et nous nous sommes rendus compte que cela fonctionnait », indiquait ce 15 avril le Délégué général pour l’armement, Patrick Pailloux.
L’appui français s’étend en réalité à plusieurs partenaires de la région. D’autres Tigre, cette fois intégrés à un groupement tactique embarqué, opèrent ainsi depuis un porte-hélicoptères amphibie de la Marine nationale présent au large de Chypre. L’armée de Terre est également présente au sol. Elle a projeté un nombre considérable de sections sol-air très courte portée (SATCP) MISTRAL, de même que des VAB ARLAD et des systèmes PROTEUS pour muscler la défense des emprises françaises et de certains sites sensibles des partenaires régionaux. L’occasion aussi d’éprouver des combinaison jusqu’alors seulement expérimentées, notamment en liaison avec le radar MURIN.
L’effort français est conséquent, mais l’enjeu semble maintenant de l’équilibrer par le retrait de quelques sections MISTRAL en échange, pourquoi pas, de Tigre supplémentaires. Une autre option arrive sur la table, celle des drones intercepteurs. L’armée de Terre est en train d’en déployer aux EAU, dont des modèles d’origine française ayant apparemment faits leurs preuves au combat en Ukraine.
Crédits image : armée de Terre