FOB Interview : Gilles Rousset, directeur Stratégie & Marketing Services, Thales.

Share
Le Forum Entreprises Défense, qui se tient à Satory cette semaine, est centré sur l’activité maintien en condition opérationnelle (MCO) des matériels terrestres. FOB évoque ce sujet avec Gilles Rousset, directeur Stratégie & Marketing Services de Thales. Des propos recueillis par Guillaume Belan.
 
Quelle est la participation de Thales à ce salon?
Thales, partenaire de la SIMMT et du SMITer dans le soutien des matériels terrestres, présente la mise en œuvre opérationnelle de technologies clés dans la réduction des coûts de soutien logistique. Issues du secteur civil et adaptées aux contraintes opérationnelles, ces technologies portent notamment, sur une efficacité  accrue de la maintenance et sur une plus grande précision et agilité de la « Supply Chain ».
 
Quels sont les produits phares que vous allez présenter sur le salon ?
Parmi plusieurs présentations et démonstrations opérationnelles que nous présenterons, je peux citer la solution « Smartfleet », outil d’aide à la décision pour l’emploi et le soutien des parcs d’équipements. Cet outil permet de choisir les équipements les plus appropriés à l’emploi et à la mission prévue (formation, entraînement, mission opérationnelle). Nous mettons également en avant les solutions « Green Services » – ou comment gagner en performance et confort opérationnels tout en réduisant le coût de possession et l’empreinte logistique des systèmes d’armes.
 
Comment l’activité MCO terrestre, d’un point de vue technique, a-t-elle évoluée ces dernières années? S’agit-il d’un domaine propice à l’innovation?
On peut parler de l’émergence d’une nouvelle génération. En effet, ces dernières années ont été marquées par une volonté croissante d’avoir une meilleure connaissance de l’activité et une plus grande maîtrise des équipements et des systèmes terrestres. Le système d’information de la maintenance terrestre SIM@T est au cœur de ce changement et s’ouvre progressivement à l’échange de données avec les industriels au travers du standard PLCS – Product Life Cycle Support. S’inspirant des pratiques d’autres secteurs industriels, des technologies éprouvées dans différentes applications industrielles et commerciales doivent permettre de progresser sur plusieurs axes.
 
Par exemple ?
Tout d’abord, la réduction des coûts de logistique et de maintenance par un suivi et une traçabilité accrue des flux et du cycle de vie des articles. L’identification fiable dans le cadre de la maintenance assure la qualité de la demande de pièces, la pertinence de la documentation applicable et la qualité des enregistrements dans le système d’information. La RFID s’est imposée dans les secteurs industriels et commerciaux mais aussi plus récemment dans l’aéronautique. L’utilisation des systèmes de surveillance intégrée appelé HUMS (ou mHUMS pour les équipements) permet de connaître l’état technique réel d’un équipement.  Enfin, les objets nomades et connectés qui font notre quotidien devraient devenir les compagnons des maintenanciers et des logisticiens avec des applications qui restent encore à inventer. Enfin, les technologies issues des énergies alternatives commencent à investir les applications opérationnelles.
 
Ces technologies mettant en œuvre des sources d’énergie innovantes ne sont elles pas réservées aux forces spéciales ?
Ca a pu être le cas dans un premier temps, mais leur introduction dans les systèmes d’armes s’imposent progressivement sur le champ de bataille ou sur le territoire national pour réduire l’empreinte logistique et augmenter l’autonomie des forces. Un autre avantage est de réduire les contraintes et le coût de la maintenance préventive, notamment des groupes électrogènes. Thales propose des applications pragmatiques pour les armées, tant pour les matériels en service comme les VAB équipés de systèmes de missions que ceux de la prochaine génération.
 
Avez-vous des exemples concrets ?
On peut citer l’hybridation des servitudes embarquées, les micro-grids de théâtre, ou la virtualisation de l’informatique de théâtre avec les micro-POPs (shelter de communication multi-services déployables et mobiles) comme nous le faisons actuellement en Afghanistan au profit de l’OTAN. Ces solutions « Green Services » exploitables tant en métropole que sur le champ de bataille, sont critiques pour la réduction durable des coûts du système de soutien logistique et la satisfaction des besoins de disponibilités différenciées (formation, entraînement, préparation, opération).
 
Les contraintes budgétaires actuelles pèsent beaucoup sur les fonctions « soutien ». La relation avec les armées sur le MCO a-t-elle été impactée?
Effectivement, et au-delà des tensions budgétaires, la réduction des effectifs étatiques a été majeure dans le MCO terrestre. Pour y répondre et s’assurer une plus grande visibilité sur le long terme, la SIMMT s’est engagée dans une politique de globalisation des marchés pluri-annuels avec engagement de performance, aujourd’hui articulés autour des plateformes et systèmes majeurs. Plus récemment, la SIMMT a engagé des marchés globaux dits transverses visant à satisfaire ses besoins en pièces et consommables aux points de maintenance. Sur ce point, nous pensons que cette stratégie de diversification de la politique d’achats de la SIMMT au travers de marchés transverses regroupant des équipements par familles technologiques est une source d’économies importantes et durables pour le budget de l’armée de terre.
 
Quels sont les avantages de ces « marchés transverses » ?
Ils permettent d’optimiser la chaîne approvisionnement, stockage et distribution, de rationaliser l’emploi des moyens de maintenance et de réparation (industrialisation des flux), et de mettre en œuvre l’expertise technique au profit d’une gestion intelligente des services (maintenance différenciée, extension des durées d’utilisation par des usages différenciés, etc.). Enfin, elle ouvre la possibilité pour la SIMMT de piloter ses besoins en performance en fonction des priorités opérationnelles, sous contrainte budgétaire. Par ailleurs, de tels marchés transverses établis sur plusieurs années permettent de déployer de nouvelles technologies et méthodes de travail collaboratives avec des partenariats porteurs d’économies de moyens, mais aussi de synergies entre les acteurs étatiques et privés ; dans le soutien et la logistique, un bon relais vaut mieux qu’une performance individuelle. Reste à trouver les voies pour mettre en pratique cette politique de partenariat entre le SMITer et l’industrie, et à poursuivre résolument et rapidement dans le déploiement des technologies liées à l’information et aux réseaux de communications qui sont au cœur de la transformation du MCO terrestre comme elles le sont pour Scorpion dans le domaine du combat.