Belgique : un premier pas vers une stratégie industrielle de défense

Crédits : Nexter

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Le gouvernement belge a acté vendredi dernier la mise sur pied d’une Stratégie de recherche, d’industrie et de défense (DIRS). Un chantier ambitieux dont la concrétisation, attendue de longue date, devrait contribuer à renforcer la filière de défense et de sécurité nationale.

Entre l’idée inscrite dans la Vision stratégique de 2016, la rédaction du document par un groupe de travail et son adoption par le gouvernement, il s’est donc passé plus de six ans. Reprise et développée dans le plan STAR de l’actuelle ministre de la Défense, cette DIRS conserve son objet initial : devenir « le fil conducteur pour le développement et le soutien du potentiel scientifique, technologique et industriel national dans le domaine de la sécurité et de la défense ».

Pour parvenir à « une BITD crédible et compétitive », cette stratégie instaurera un partenariat de long terme entre les autorités fédérales et régionales, les industriels et les instituts de recherche, conformément au modèle Triple Helix. « La Défense souhaite impliquer plus tôt et plus intensément des partenaires industriels et commerciaux (…) afin d’accroître les chances d’exploiter avec succès les résultats de cette recherche », souligne le plan STAR. Avec l’espoir affiché de muscler les capacités militaires du pays tout en générant des retombées sociétales.

« Tout l’enjeu est de positionner la Défense comme un partenaire du tissu socio-économique, académique et de la recherche », déclarait la ministre de la Défense, Ludivine Dedonder, en juin dernier aux députés. Ce travail sera mené en lien avec le ministre de l’Économie, Pierre-Yves Dermagne (PS), pour les retombées et le Secrétaire d’État à la Politique scientifique, Thomas Dermine (PS), pour les partenariats de recherche technologique.

L’initiative s’accompagne d’une série de principes. Il s’agira d’informer les parties prenantes, de soutenir les partenariats entre acteurs concernés, de gérer les instruments et budgets prévus et, enfin, de protéger et ancrer le potentiel économique et social qui en découle « sous la forme de connaissance, de technologie et d’emploi ». Les deux ministres ont également acté la création d’un Conseil industriel de défense réunissant membres du gouvernement et experts afin de s’assurer que l’augmentation des dépenses de défense s’accompagne bel et bien d’un renforcement de la BITD.

La question budgétaire est quant à elle déjà fixée par le plan STAR. Des 11,7 Md€ d’investissements supplémentaires annoncés pour la période 2023-2030, 1,8 Md€ sont prévus « pour la coopération et pour les partenariats avec le monde industriel ». Dans les faits, le démarrage est tardif et seule une part minoritaire de l’enveloppe est destinée à alimenter la DRIS. Celle-ci disposera de 245 M€ sur cinq ans pour le cofinancement de projets de coopération. La première ligne budgétaire de 44 M€ n’est attendue qu’en 2026. Elle évoluera progressivement pour atteindre 53 M€ en 2030.

L’effort est limité mais il aura au moins le mérite d’approvisionner un outil de soutien là où la totalité de la R&D, sauf rares exceptions, était jusqu’à présent supportée sur fonds propres par les entreprises. En se positionnant intelligemment, elles pourraient par ailleurs profiter d’une partie des 866 M€ et 698 M€ fléchés vers les programmes européens et la R&T de défense nationale. Voilà pour les objectifs finaux, les principes et les coûts. Il faudra patienter pour en apprendre davantage sur les projets prioritaires, les vecteurs et instruments de soutien et ceux qui en bénéficieront.