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“Pas assez de moyens” : un renforcement tous azimuts à consentir dans la lutte anti-drones

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« Aujourd’hui, nous n’avons pas assez de moyens pour lutter efficacement sur l’ensemble du territoire national contre cette menace drones », constatait le général de corps d’armée aérienne Marc Le Bouil ce matin en audition parlementaire. L’effort matériel, réglementaire et de coordination doit donc s’intensifier, quitte à étendre le champ à tout acteur civil dont les installations sont menacées.

Le constat de celui qui a repris, le 1er août, les rênes du commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA) peut sembler inquiétant au vu d’une menace qui évolue, prolifère et se rapproche alors que se multiplient les survols de drones potentiellement malveillants au-dessus d’infrastructures sensibles danoises et belges. Jusqu’en France, où des drones ont été repérés au dessus du camp militaire de Mourmelon et, cette semaine, au dessus de l’usine de Bergerac d’EURENCO, là où vient d’être relancée une capacité souveraine de production de poudre propulsive pour obus de 155 mm.

Cette sortie résonne cependant moins comme un aveu d’échec que comme un incitant à progresser rapidement sur tous les axes de la lutte anti-drones, de la détection à la neutralisation et de la réglementation à la classification. Contrairement à d’autres, la France n’est pas dépourvue et multiplie les manoeuvres ciblées, précieux retours d’expérience à clef. En témoignent les 397 détections de drones non autorisés, 91 brouillages et 85 interpellations réalisés au cours des Jeux olympiques et paralympiques de Paris. « J’affirme que nous pouvons opérer la LAD à l’échelle de volumes restreints ou temporaires », en conclut le commandant de la défense aérienne et agrégateur de l’ensemble des capacités LAD françaises.

« Avoir une bulle de LAD sur l’ensemble du territoire me paraît compliqué », souligne le GCA Le Bouil. Mais si celui-ci prône davantage « des axes d’effort sur des zones particulières », le contexte exige bel et bien d’en renforcer la protection et donc d’acquérir, premièrement, davantage de moyens. Entre les systèmes PARADE, BASSALT, MILAD, les fusils brouilleurs NEROD ou encore les systèmes embarqués sur hélicoptère, les briques à disposition en surface ou dans les airs « ne sont pas en nombre suffisant et en qualité suffisante au regard de l’évolution des drones et de la menace ».

Nourries entre autres des RETEX ukrainiens, les armées françaises travaillent « sur davantage de détection, de moyens de classification et de neutralisation ». Détecter et classifier finement restent effectivement autant de défis à relever. « Hier encore, j’avais des alertes sur une base », pointe le COMDAOA. Fausse alerte cependant, l’appareil impliqué relevant d’un hélicoptère et non d’un drone, mais branle-bas de combat superflu à la clef. « Aujourd’hui, on croit voir des drones partout », indique un commandant pour qui il devient primordial de mieux discriminer les appareils civils et militaires, inoffensifs ou malveillants, de jour comme de nuit. L’exercice devient d’autant plus complexe que l’espace aérien se densifie d’année en année. Quelque 148 000 exploitants de drones étaient ainsi enregistrés auprès de la Direction générale de l’Aviation civile (DGAC) à fin 2024, un chiffre en hausse de 26% sur un an. 

Les capacités et le maillage des capteurs doivent dès lors être renforcées. Les idées ne manquent pas, comme le démontrent l’acquisition programmée de radars passifs et ces travaux engagés sur des détecteurs acoustiques à bas coût. Pour ces derniers, « les Ukrainiens nous ont montré la voie. Nous sommes en train de les développer avec l’ONERA en particulier », explique le GCA Le Bouil. Sans oublier une couche d’intelligence artificielle susceptible d’accélérer le travail d’identification et la prise de décision. 

Plus de 900 M€ sont prévus dans le prochain budget des armées pour une défense surface-air dans laquelle la LAD constitue une des composantes. De quoi percevoir de nouveaux matériels et poursuivre le développement de briques appelées à épaissir la bulle. Aux six systèmes PARADE déjà livrés vont ainsi venir s’ajouter neuf nouveaux exemplaires théoriquement commandés cette année. Un effet parmi d’autres découlant d’un programme à effet majeur (PEM) « LAD » axé vers les micro et mini-drones et dont « les futurs incréments permettront d’augmenter les capacités de protection et mettront l’accent sur la LAD en mobilité avec la poursuite de la montée en puissance de nouveaux effecteurs, en particulier à énergie dirigée ». Ce domaine des effecteurs à énergie dirigée, les armées y prendront pied dès le mois prochain avec la perception de premières armes laser de 2 kW conçues par CILAS. Bien d’autres contre-mesures sont à l’étude au sein d’une Task Force LAD co-pilotée par la Direction générale de l’armement (DGA) et l’état-major des armées (EMA). Derrière les filets anti-drones et autres drones intercepteurs, « on pense aussi à des roquettes guidées à partir d’avions ou d’hélicoptères », note le GCA Le Bouil. 

Acquérir davantage est une chose, le faire intelligemment en est une autre. Avec un délai moyen de six semaines entre l’apparition d’une nouvelle technologie parmi les drones et l’élaboration d’une parade, il s’agit plus que jamais d’être réactif. Hors de question de se doter d’un unique système pour les dix prochaines années. « On ne sait pas comment les drones vont évoluer d’ici six mois ou un an », pointe en effet un COMDAOA selon qui « il faut développer l’agilité d’acquisition ». À l’instar de ce qui est réalisé depuis peu pour les drones, la LAD doit à son tour basculer, au moins partiellement, dans une logique de « consommation de systèmes ». Ce sont aussi ces achats sur étagère limités en taille mais récurrents qui permettront au bouclier de rester à jour. Le tout en favorisant la multiplicité des réponses mais sans éroder la cohérence et l’interopérabilité entre la profusion d’acteurs concernés parmi les armées, forces de sécurité intérieure et opérateurs civils. 

La LAD, enfin, est l’affaire de tous et ne peut se limiter aux seuls acteurs étatiques, estime le GCA Le Bouil. Pour ce dernier, il convient de mobiliser davantage les acteurs privés pour que ceux-ci « soient incités à se doter de systèmes LAD comme aujourd’hui on met des double serrures ou des barreaux aux fenêtres ». La démarche demandera sans doute de se pencher sur les questions de réglementation, mais les réponses techniques existent quant à elle déjà au sein d’une filière française robuste. Le message est lancé. Désormais, « il faut que chacun s’équipe ». 

Crédits image : armée de Terre / 54e RA

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