Larinae arrive à son terme. Lancé en 2022, ce projet de l’Agence de l’innovation de défense (AID) aura notamment contribué à faire émerger une munition téléopérée de moyenne portée que MBDA et Delair affinent dans la perspective d’un appel d’offres lancé l’an prochain au profit des armées françaises.
Coup au but pour la MUTANT XL. Cette MTO de 16 kg pour 60 min d’autonomie et 50 km de portée a démontré le mois dernier sa capacité à neutraliser une cible fixe lors d’un tir réalisé sur le champ de tir de Captieux, à cheval sur les Landes et la Gironde. Conduite avec une charge inerte, cette campagne d’essais était la quatrième menée devant l’AID, la Direction générale de l’armement (DGA) et les forces françaises depuis le lancement de Larinae, nous rappelait MBDA à l’occasion du Forum Innovation Defense (FID) organisé la semaine dernière à Paris.
MBDA et Delair se focalisent maintenant sur les deux prochaines démonstrations, programmées pour ce mois-ci. L’une consistera à mettre en oeuvre un simulateur d’entrainement dédié au travers de différents scénarios pour « montrer que l’on peut effectivement former les futurs pilotes de la munition téléopérée à bas coût ». Un simulateur issu du réemploi de certaines technologies développées pour la famille de missiles Akeron.
L’autre démontrera le bon fonctionnement de la chaîne de mise à feu « depuis le passage des ordres d’armement jusqu’au fait de dériver le courant de mise à feu qui fait détonner la charge ». La confiance est de mise dans les rangs industriels, deux charges ayant été auparavant activées avec succès en statique. Dérivé de la tête militaire du missile Akeron MP, ce démonstrateur sera efficace contre tout type de blindé « y compris les chars de dernière génération ». Il offrira également une capacité anti-personnel, précise la division française du groupe européen.
Suivront, début 2026, plusieurs démonstrations correspondant à autant de tranches optionnelles de Larinae. Il s’agira alors d’expérimenter la coordination entre deux MTO à partir d’une unique station sol. Dans un second temps, les deux industriels testeront la coordination entre une MTO MUTANT XL et un drone de Delair chargé de désigner l’objectif. Et troisièmement, ils chercheront à valider la capacité de « hand over », autrement dit la possibilité de changer d’opérateur en plein vol. Dans ce cas de figure, le contrôle pourrait basculer de l’artilleur à l’origine du tir à une unité au contact proche de la menace donc susceptible d’affiner la précision dans la phase terminale. Un tel scénario permettrait également de vérifier l’extension de la portée des liaisons de données par l’entremise de ce relais, Delair disposant déjà des briques nécessaires pour opérer la MTO jusqu’à 100 km.

Une première mouture est pratiquement prête, reste à voir si elle correspondra aux spécifications des armées françaises en la matière. La réponse est imminente, une consultation pour des MTO MP étant attendue au premier semestre de 2026 au travers du programme à effet majeur (PEM) « Drones de contact ». Un lauréat pourrait émerger rapidement car, du côté de la DGA, il est bien question de lancer ce troisième incrément en réalisation dès l’an prochain grâce aux 550 M€ engagés au profit de ce PEM. La manoeuvre devrait en priorité bénéficier aux artilleurs, en pointe lorsqu’il convient de combiner la maîtrise de l’appui-feu indirect et de la troisième dimension. Cette commande ne serait que la première d’une série. « On s’attend à plusieurs incréments », souligne MBDA en écho à ce qui a été privilégié pour le segment de la courte portée. Pour les armées, l’agilité d’acquisition devient en effet primordiale dans un domaine où l’obsolescence est parfois atteinte en quelques semaines.
Pas question, pour autant, de rester les bras croisés en attendant le lancement de cette compétition. Les deux industriels privilégient l’anticipation, déploiement à la clef d’une feuille de route technologique et industrielle pour accompagner l’évolution d’une MTO d’ores et déjà rebaptisée Akeron RCH 170 dans le portfolio de MBDA. La perspective d’une production de masse, entre autres, suppose de plancher dès maintenant sur la répartition du travail entre industriels.
« Nous avons quand même des discussions avec les forces sur leur besoin », complète MBDA. Celui-ci évolue encore. Le débat sur le réemploi d’une MTO non déclenchée semble ainsi toujours ouvert. MBDA avait d’emblée poursuivi cette voie permettant la réutilisation et donc une réduction des coûts, moyennant un effort supplémentaire sur la sécurisation de la charge. Son retrait n’est néanmoins pas exclu si cette exigence n’est pas spécifiée et que la MTO devient strictement consommable. Cette voie contribuerait à envisager le retrait du parachute de récupération, donc à gagner un peu de volume interne pour ajouter des batteries. Idem pour les performances attendues par les forces, qui guideront les choix finaux en matière de boule optronique et de charge militaire. D’autres effets pourraient être exigés, telle que la neutralisation d’infrastructures. « C’est quelque-chose que l’on pourrait faire si la DGA le spécifie. (…) C’est quelque-chose que nous avions en tête initialement », relève MBDA.
MBDA réfléchit également à multiplier les modes de lancement au-delà d’une rampe pour l’instant privilégiée car peu complexe donc directement accessible. En témoigne ce concept de remorque à lanceurs multiples tractée, à titre d’exemple, par le blindé léger Scarabee d’Arquus. Cette idée parmi d’autres autoriserait notamment le lancement rapide d’un essaim tout en restant sous blindage. Et un concept inspiré d’un autre présenté quelques années auparavant pour une utilisation sol-sol de l’Akeron LP. Ce dernier partageant une section similaire à la MTO MUTANT XL, communaliser le tube munition n’est pas exclu. C’était d’ailleurs l’un des fils conducteurs de la solution Ground Warden, intégrée sur un Sherpa d’Arquus et exposée l’an dernier au salon Eurosatory. Élargir le champ à un avion ou à un hélicoptère de l’Aviation légère de l’armée de Terre (ALAT) n’est pas exclu, indique une équipe qui confirme avoir « des réflexions en cours avec pratiquement toutes les armes et armées, même si chacun a des contraintes d’intégration différentes ». Qu’importe la voie retenue par les forces, « on adaptera nos travaux en conséquence », conclut MBDA.