Entre dispersion et discrétion, agilité et protection, les postes de commandement français évoluent pour mieux survivre face aux nouvelles menaces, à commencer par des drones omniprésents. Exemple avec celui récemment déployé par la 7e brigade blindée en Roumanie pour l’exercice Dacian Fall.
Le relatif confort opérationnel de l’Afghanistan ou du Mali semble désormais lointain pour des PC redevenus vulnérables. Se protéger d’un compétiteur capable de détecter, de brouiller et de détruire dans la profondeur exige de s’adapter en s’inspirant au passage des retours d’expérience de l’Ukraine. Qu’elle soit technique, tactique ou organisationnelle, l’innovation tous azimuts devient la norme pour gagner en discrétion et en agilité sur un champ de bataille plus transparent qu’auparavant.
Organisé de fin octobre à mi-novembre par l’OTAN, Dacian Fall aura aussi servi de laboratoire pour avancer sur la question. « Il y a eu beaucoup d’innovations déployées sur cet exercice », explique le général de brigade Maxime Do tran alors que l’exercice battait encore son plein. Ici, pas de prescription de l’OTAN mais une volonté bien française d’éprouver in situ d’autres moyens permettant de rester « le plus opérationnel au regard du contexte », note le commandant de la 7e brigade blindée.
Exit donc le « gros PC principal » trop lourd, trop complexe, trop centralisé. « Nous avons drastiquement diminué la taille de notre PC », indique celui dont l’état-major a reçu sa validation otanienne à l’occasion de Dacian Fall. Si celui peut désormais opérer au profit d’une division multinationale de l’OTAN, il devient au même moment une cible prioritaire. Pour éviter la destruction, ce lien critique entre la division et les groupements tactiques rassemble désormais moins de 70 personnels, contre 120 à 150 auparavant.
Le PC tactique rétrécit mais sa capacité de prise de décision se renforce d’un nouvel atout : le data hub de l’avant (DHA), variante terrestre du data hub embarqué utilisé par la Marine nationale. À l’intérieur de ce cerveau numérique, une couche d’intelligence artificielle fournie par l’une des pépites françaises, Mistral AI, chargée d’exploiter les montagnes de données qui y sont injectées pour mieux réduire la boucle décisionnelle. Un premier panel de fonctionnalités était testé durant Dacian Fall. Hormis une fonction de traduction particulièrement utile dans un PC multinational, le DHA aura contribué à l’optimisation des itinéraires logistiques selon les axes et les moyens mobilisés, une opération autrement réalisée à coups de fichiers Excel chronophages.
Ce DHA aura aussi pris part à l’analyse de l’ennemi et du terrain. « Comment l’ennemi se structure-t-il ? Comment peut-il s’organiser ? Quelles sont les coupures, les classes de ponts ? Quel est l’état des routes », énumère le général Do tran à titre d’exemples. Le champ des applications est loin d’être arrêté. S’il n’est pas encore question de laisser cette IA participer à l’écriture d’ordre, « on pourrait y arriver » en passant par élargir dans un premier temps le champ à « un contrôle a posteriori des ordres », estime le général Do tran.

Ce PC « allégé » donc plus mobile, la 7e BB le complète d’autres structures encore plus légères. Composés d’une quinzaine de militaires et d’une poignée de véhicules blindés, ces PC de l’avant seront dispersés puis « éteints ou rallumés » selon les besoins et l’évolution de la manoeuvre. Plus proches du front, ils pourront par exemple prendre les rênes d’une manoeuvre particulière pour décharger le PC principal, à l’image du franchissement d’une coupure humide. Leur légèreté leur permet également de se déplacer plusieurs fois par jour pour mieux échapper aux yeux adverses.
Cette dispersion est notamment rendue possible par l’arrivée de blindés Griffon EPC et par des réseaux de communication rendus plus résilients grâce à leur hybridation. Ainsi, le module Hydre permet de compléter les communications militaires durcies en permettant de basculer vers le réseau mobile 4G/5G local ou vers la constellation satellitaire OneWeb. L’intérêt est multiple : une plus grande redondance et la possibilité de se fondre dans les réseaux civils, au prix d’une sécurité moindre. « Et en plus je gagne en élongation. Je peux maintenant commander un PC avant situé à 50, voire 70 km », observe le général Do tran.
Les flux évoluent au sein même des PC. Celui de la 7e BB s’essaie ainsi au Li-Fi (Light Fidelity), une technologie de communication sans fil reposant sur la lumière. Ici aussi, les avantages sont multiples. Derrière un débit important, le Li-Fi repose sur des diffuseurs installés en hauteur et des récepteurs sur ordinateur. L’outil diminue donc le câblage, une caractéristique « particulièrement appréciable lorsqu’on est au contact de l’ennemi et qu’il faut démonter ou monter un PC », observe le général Do tran. Surtout, le faisceau ne rayonne qu’à quelques mètres et concoure dès lors à empêcher tout brouillage ou toute interception tout en diminuant l’empreinte électromagnétique du PC.
Entre la réduction des émissions et de la signature visuelle, les PC tentent désormais de disparaître du paysage. D’un côté, grâce aux nouveaux filets camouflage FENRIR en phase de déploiement et, de l’autre, en misant davantage sur la déception. Autre avancée notable, l’apparition de leurres gonflables permet aujourd’hui à la 7e BB de se construire un PC totalement factice pour attirer le regard et créer un dilemme dans les rangs adverses. Décliné en version gonflable, le Griffon est l’une des briques de ce « PC leurre » disposé ailleurs et mais reproduisant « un rayonnement et une qualité thermique comparables à un PC normal ».
Face aux drones, les PC mobilisent également… des drones. Rien d’étonnant au fond, car les systèmes aux mains du peloton de protection servent autant à surveiller les environs qu’à vérifier la signature thermique et visuelle du dispositif. S’y ajoutent des brouilleurs « puisque la lutte anti-drones se joue à 80% au travers d’un brouillage ». Et si un drone, mû ou non par fibre optique, parvient néanmoins à déceler le PC et à franchir les différents boucliers mis en place, restera toujours « la lutte du dernier moment au calibre 12 ou drone contre drone », relève le général Do tran.
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