Une nouvelle vague de projets de recherche et de développement financés par le Fonds européen de la défense (FEDef) est sur les rails. Parmi ceux-ci, la troisième phase d’un projet conduit par MBDA France et centré sur la famille de missiles antichars Akeron.
Après LynkEUs et MarsEUs, place à AktarEUs (pour « Advanced Knowledge for indirect Trajectory Attack at long Range for EU states »). Sélectionné au printemps dernier, ce consortium d’une dizaine d’entreprises européennes emmené par MBDA France poursuivra un travail entamé dès 2020 avec un objectif clair : développer une capacité de tir au-delà de la vue directe (TAVD) en misant sur les missiles Akeron MP et LP.
Après trois années de travaux, MarsEUs s’est achevé fin septembre avec une phase finale de démonstration réalisée au camp Roi Albert de Marche-en-Famenne, dans le sud de la Belgique. « C’était la première fois qu’une manœuvre coordonnée — impliquant des véhicules, des fantassins débarqués, des capteurs, des drones et des munitions — était menée dans un scénario réaliste », notait alors MBDA.
L’effort se poursuivra pendant 36 mois, nouvelle étape financée à plus de 24 M€ par le FEDef et officiellement engagée le 1er décembre. L’équipe d’AktarEUs amènera, d’ici fin 2028, plusieurs nouvelles améliorations au socle déjà obtenu. L’un des principaux enjeux consistera à déployer une fonction TAVD dans des conditions représentatives d’un usage opérationnel. D’autres demanderont de progresser dans les fonctionnalités de l’ « Effects Management System » (EMS) et d’intégrer la capacité TAVD dans les outils d’entraînement.
Déployé autour de 12 axes d’effort, AktarEUs débutera par une étude de faisabilité qui « identifiera les principales contraintes architecturales et atténuera la plupart des risques technologiques ». Elle sera suivie d’une phase de conception débouchant sur trois démonstrateurs principaux – léger, médian et lourd – mobilisés lors d’une démonstration finale comprenant des tirs réels. La présence de SEAir dans le consortium annonce également une adaptation de l’idée au domaine naval.
Dernière matérialisation en date du projet EU BLOS lancé via la Coopération permanente de sécurité (PESCO), AktarEUs doit au passage contribuer à resserrer les rangs entre entreprises et armées. Derrière une coopération transfrontalière accrue, ce projet reprend les impératifs partagés par d’autres d’amélioration du rapport coût-efficacité et du cycle de vie par rapport aux solutions similaires existantes. Le tout doit concourir à l’intégration de systèmes TAVD sur des plateformes opérationnelles au début de la prochain décennie.
Les liens se consolident entre les pays engagés dans EU BLOS, un quatuor auquel s’ajoute un Grand-Duché de Luxembourg venu assister au tableau final de MarsEUs. Tous sont désormais acquéreurs, et parfois utilisateurs, d’un missile Akeron MP dont la future fonction TAVD permettra d’exploiter toute la portée tout en s’affranchissant des masques rencontrés. L’armée de Terre vient encore de l’éprouver à l’occasion de l’exercice technico-opérationnel « Small Joint Operation » conduit dans les camps de Champagne. Un missile Akeron MP tiré par le 8e régiment de parachutistes d’infanterie de marine avait alors été guidé par un drone NX70 opéré par le 35e régiment d’artillerie parachutiste.
Même logique côté suédois, avec qui l’armée de Terre partage une trame missiles/roquettes pratiquement identique. Pour l’armée suédoise, un Akeron MP doté d’une capacité TAVD répondra à la nécessité de disposer d’un missile antichar apte à frapper au-delà, par exemple, des nombreux massifs forestiers rencontrés sur son territoire national.
Crédits image : 8e RPIMa