Le premier drone anti-mines

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Le système Mine Kafon Drone équipé d’un détecteur de métaux (Crédit photos: Mine Kafon Fondation)


Les mines terrestres, Massoud Hassani ne les connaît que trop bien. Designer né en Afghanistan et installé depuis 20 ans aux Pays-Bas, Hassani recherche depuis une décennie « la » solution en surfant sur la vague des mini-drones aériens bon marché. Son dernier projet, le Mine Kafon Drone (MKD), est en passe d’aboutir grâce à un financement participatif soutenu par plus de 4000 contributeurs.
 
Selon Hassani, il resterait 100 millions de mines terrestres actives menaçant près d’un milliard de personnes dans une soixantaine de pays. Mais « avec la technologie actuelle, telles que celles employées par les forces de l’OTAN, il faudra 1100 ans pour neutraliser toutes les mines terrestres à l’échelle de la planète », explique Hassani. C’est pourquoi Mine Kafon a été créé avec l’ambition de « neutraliser toutes les mines terrestres dans un délai de 10 ans ».
 
Pour preuve de la pertinence du concept, celui-ci a atteint la 4e place sur plus de 1000 projets présentés lors de la compétition « Drones for Good » organisée à Dubaï en février dernier. Une première forme de reconnaissance suivie par une démonstration réalisée en mars devant les militaires hollandais et belges. Si l’intérêt fut au rendez-vous, Hassani envisage déjà une seconde démonstration plus approfondie afin de « repousser les limites du drone Mine Kafon en matière de cartographie, de détection et de détonation ».
 

Le MKD cette fois équipé d’une pince manipulatrice conçue pour larguer une charge explosive sur la mine terrestre (Crédit photo: Mine Kafon Fondation)


 
Une mission typique du MKD se décompose en trois phases. La première est la cartographie 3D d’un espace déterminé afin d’y identifier les endroits susceptibles de cacher une mine. L’utilisateur échange ensuite le système de cartographie du MKD avec un bras robotisé équipé d’un détecteur de métaux. MKD va alors survoler le sol à une hauteur d’environ 4 cm afin de détecter les mines. Toute mine détectée est automatiquement géolocalisée et répertoriée sur la carte définie lors de la première phase. D’autres détecteurs, plus grands, plus puissants et capables de signaler des mines non-métalliques sont à l’étude. Enfin, le bras robotisé est équipé de petits détonateurs que le MKD viendra déposer sur les mines puis s’écartera pour que l’opérateur puisse déclencher la charge à distance. Chaque étape est dirigée à distance au moyen d’une simple application installée sur un téléphone mobile lambda. Quant au rayon opérationnel, celui-ci dépasserait les 1000 mètres grâce à une connectique améliorée, installée en avril 2016.
 
Si la plateforme est un drone acheté dans le commerce, l’équipe de Hassani utilise la modélisation et l’impression 3D pour créer les bras robotisés et autres sous-systèmes nécessaires à l’évolution constante de leur projet.
 
Selon Hassani, ces outils et cette méthodologie simplifiée permettraient d’aller 20 fois plus vite pour 200 moins cher « par rapport aux systèmes traditionnels ». Pour donner un ordre de grandeur, une section française déployée en 2011 au Liban dans le cadre de la FINUL avait eu besoin de trois semaines pour neutraliser une dizaine de mines anti-personnel… MKD est donc une solution simple d’utilisation, rapide et abordable, et qui pourrait notamment attirer l’attention d’ONG actives en zone de conflit mais dotées de moyens financiers limités.
 
Alors, intéressé ? Il est déjà possible d’acquérir un drone Mine Kafon à monter soi-même pour seulement 850€.