Vers une armée belge exclue de l’anti-terrorisme ?

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Molenbeek, Salah Abdelslam, alerte niveau 4, Bruxelles en état de siège, etc., tant de mots et d’images qui, durant ces dernières semaines, auront dramatiquement projeté la Belgique sur le devant de la scène internationale. Si les autorités belges, confrontées à une situation sans précédent, ont adopté des mesures globalement identiques à celles entreprises par la France, la réaction populaire semble avoir été différente en certains points de part et d’autre de la frontière. En effet, rappelez-vous notre article FOB paru le 25 novembre 2015 : nous y évoquions des bureaux de recrutement de l’armée française croulant sous les candidatures de celles et ceux désireux de contribuer à la lutte contre le terrorisme. Un mouvement qui ne semble pas avoir eu lieu en Belgique. Pourquoi ? Tentative d’explication.
 

L’armée belge pourrait disparaitre définitivement des rues au profit des forces de police


 
Avant tout, la situation sécuritaire de la Belgique est très différente. À l’exception de l’attaque du Musée Juif de Bruxelles le 24 mai 2014, le Royaume n’affronte pas une vague d’attentats comparable à celle subie par la France. Charlie Hebdo en janvier 2015, puis les attaques de Paris et Saint-Denis (banlieue parisienne) en novembre dernier auront certainement, de par l’effroi provoqué, servis de catalyseurs à ceux désireux de s’engager dans l’armée. Le même élan n’est jamais apparu dans un pays où l’armée reste, pour le citoyen lambda, un acteur de second, voire de troisième ordre en matière de lutte contre le terrorisme.
 
Ensuite, les besoins en effectifs de la Belgique sont considérablement plus faibles que ceux de la France. Celle-ci déploie actuellement près de 34 000 hommes sur son territoire et à l’étranger, c’est à dire 3 180 de plus que le contingent total prévu par la Belgique pour 2016 ! La France a entamé une ambitieuse politique de recrutement afin de maintenir ses capacités opérationnelles et diminuer la pression exercée sur les unités déployées. En comparaison, la Belgique déploie à peine 2 000 militaires en opération : en plus du millier d’hommes et de femmes quadrillant le périmètre bruxellois, elle compte engager 700 autres sur sept théâtres d’opérations en 2016, une augmentation de 16% par rapport à 2015 (600 soldats déployés). Pas de quoi ouvrir en grand les portes de bureaux de recrutement qui peinent déjà à remplir leurs quotas annuels. Au contraire, les effectifs de l’armée belge fondront d’ici 2030. Dans le plan stratégique adopté peu avant Noël par le ministre de la Défense belge Steven Vandeput (voir notre article daté du 24/12/15), la composante Terre, principal réservoir de troupes mobilisé dans la lutte anti-terroriste, perdra près de 9 000 hommes pour se stabiliser à 25 000 soldats.
 
Car la Belgique ne se donne pas les moyens de recruter. Bien qu’à l’instar de la France et d’autres pays européens, le gouvernement belge préconise une hausse (très légère) de son budget militaire, les 700 millions d’euros appelés à être investis d’ici 2030 seront exclusivement consacrés à l’achat de nouveau matériel. En l’absence de budget affecté à l’incorporation de troupes supplémentaires, l’armée belge est contrainte de limiter de facto sa politique de recrutement. À contrario, la France compte ouvrir 2 300 postes supplémentaires en 2016.
 
Seul concordance entre les deux pays : l’augmentation des effectifs policiers. « Son [la police belge] ambition est de mobiliser 2 500 hommes de plus sur le terrain, » précisait le ministre de l’Intérieur belge Jan Jambon le 22 décembre dernier. Le plan stratégique adopté le jour même par le gouvernement belge prévoit en effet la création d’une nouvelle Direction Surveillance et Protection. Cette structure, notamment en charge de la prévention d’actes terroristes, reprendra le rôle jusqu’alors dévolu aux troupes déployées dans les rues de Bruxelles. À terme, près de 1 660 agents devraient y être intégrés, dont 1 220 issus de la Défense, 400 du ministère de la Justice et 40 de la police aéroportuaire. De même, un renfort de 400 agents est prévu pour venir soutenir la police fédérale belge, autant destinés à consolider les capacités opérationnelles des unités spéciales, de la « computer crime unit », la police aéroportuaire et la police judiciaire fédérale en charge de la lutte contre le terrorisme.
 
 

Voici la structure de la lutte anti-terroriste en Belgique, dans laquelle l’armée est pratiquement absente


Exit donc l’armée belge, qui, en l’absence de toute mission de surveillance du territoire et d’un accroissement de sa participation au sein d’opérations extérieures, n’a plus de raisons de recruter. Si afflux il y a, il devra donc en toute logique se constater dans les locaux de la police belge, et non ceux de la Défense.