Un pied dans la frappe longue portée pour Thales et ArianeGroup

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Examen réussi pour Thales et ArianeGroup. Après MBDA et Safran, l’autre duo franco-français en lice pour le remplacement des lance-roquettes unitaires (LRU) de l’armée de Terre a à son tour tiré sa munition guidée FLPt-150 avec l’appui de la Direction générale de l’armement (DGA).

Le contrat est rempli pour les quelques dizaines d’employés mobilisés pour le développement de cet autre système en lice pour le programme de frappe longue portée terrestre (FLPT), un effort rebaptisé « Successeur LRU ». Réalisé le 5 mai depuis le site de l’île du Levant de DGA Essais de missiles, ce tir intervient moins de 18 mois après la notification d’un partenariat d’innovation auprès des deux groupements industriels retenus. « Nous étions prêts dès le mois de février pour ce tir », nous explique Thales tout en confirmant « les performances attendues et la fiabilité de cette munition, qui fonctionne comme un petit missile balistique ».

Compétition oblige, les performances exactes resteront sous le sceau du secret. « Par ses apogées à plusieurs dizaines de kilomètres, ses vitesses largement supersoniques et ses contraintes de trajectoire et de manœuvres en phase propulsée et terminale, la roquette FLP-t 150 nécessite les technologies issues de nos savoir-faire des systèmes balistiques », a néanmoins souligné Vincent Pery, directeur des programmes Défense chez ArianeGroup. À l’origine du missile M51, ce dernier apporte en effet des savoir-faire dans le domaine balistique qui auront permis de démontrer « le potentiel important de manœuvres terminales efficaces grâce à son système de pilotage par gouvernes positionnées à l’arrière du propulseur, qui lui confèrent une grande précision sur cible ». 

La munition FLP-t 150 intégrera à terme une charge « très performante en termes d’effets » et pour laquelle l’équipe de Thales « n’est pas partie de zéro ». L’expertise apportée par le groupe français ne s’arrête pas là. La résilience en environnement contesté, par exemple, est renforcée par l’intégration de la technologie « maison » TopStar Smart Receiver. Dévoilée il y a peu, cette solution combine un récepteur GNSS bi-constellation (Galileo PRS et GPS), une fonction antibrouillage sur base d’une antenne adaptative et une horloge de très haute performance « assurant la synchronisation des radios tactiques jusqu’à 48h après la perte du signal GNSS ». 

Responsable du système global, Thales est également à l’origine du lanceur X-Fire. Conçu en collaboration avec l’entreprise alsacienne Soframe, il sera résilient car « très mobile » et, surtout, polyvalent. Hormis son intégration supposée sur un porteur 8×8 de la gamme Zetros, X-Fire sera en mesure de tirer des munitions non seulement étrangères mais également de portées considérablement étendues. « Il y a un travail qui se fait avec de potentiels partenaires étrangers pour pouvoir tirer leurs munitions. Nous en avons identifiés plusieurs », indique l’industriel. 

Une vision d’artiste du lanceur X-Fire développé par Thales et Soframe
(Crédits image : Thales)

Tout comme le duo concurrent, Thales et ArianeGroup anticipent déjà la suite en cas de sélection. Ce premier tir était aussi synonyme de récolte de données « très utiles pour les prochaines étapes ». Le tout servira à « continuer la montée en maturité en vue, dès lors que nous serions sélectionnés par l’État, de pouvoir entrer en phase de production et de montée en cadence de cette munition ». En cas de victoire, ce sont plusieurs milliers d’emplois qui sont susceptibles d’être mobilisés parmi une quarantaine de sites répartis dans tout l’Hexagone. Thales s’appuiera sur La Ferté-Saint-Aubin pour la production de la tête militaire, de l’électronique embarquée et l’intégration de la munition. Le TopStar Smart Receiver sera quant à lui conçu à Valence, le système ATLAS de gestion des feux à Gennevilliers, la radio et la vétronique à Cholet et la navigation à Élancourt. Soframe produira et intégrera le lanceur et le panier à Duppigheim, tandis que le site bordelais d’ArianeGroup sera en charge du propulseur et du corps de la munition.

Certaines briques de FLP-t 150 pourront être réutilisées pour, in fine, construire une trame balistique conventionnelle. D’autres idées sont en effet dans les cartons pour étendre le champ à une capacité de frappe opérative de classe 1000 km, voire à du quasi-stratégique en proposant des portées de 2000 à 2500 km. La réflexion n’est en rien anodine, un projet de missile balistique sol-sol doté d’une telle portée devant être l’objet d’études lancées dès cette année pour disposer d’une première capacité à l’horizon 2035-2036. Plus de 1 Md€ est prévu pour matérialiser un sujet qu’ArianeGroup anticipe déjà depuis un moment. « C’est tout le sens de ce partenariat avec ArianeGroup que de capitaliser sur les savoir-faire des uns et des autres dans cette perspective de trame balistique », précise son acolyte. La feuille de route ne se limite pas à l’extension par le haut. Une munition comme FLP-t 150 pourra aussi être adaptée pour opérer dans d’autres milieux, le duo imaginant dès à présent des déclinaisons lancées depuis un vecteur aérien ou un bâtiment de surface. 

« Ce lanceur existe et, d’ici à la fin du mois de mai, il tirera des munitions d’entraînement produites par Thales pour démontrer la maturité de l’ensemble du système », précise l’entreprise. La manoeuvre aura un double objectif : démontrer le bon fonctionnement du lanceur et proposer d’emblée une capacité d’entraînement. Le LRU est en fin de vie, le besoin est urgent et le respect du calendrier est donc essentiel. X-Fire et sa munition FLP-t 150 seront opérationnels avant 2030, assure Thales. Pas question de rester les bras croisés d’ici à l’entrée en service du système. L’enjeu initial sera en effet de mettre, « sans attendre », les premiers moyens à disposition des forces pour leur permettre de s’approprier leur nouvel équipement. 

Ce tir réussi, Thales et ArianeGroup ont a leur tour remis une offre à la DGA « pour le système et les quantités attendus ». Le besoin de l’armée de Terre est connu. « Notre objectif, c’est bien de se doter de 26 lanceurs et de 300 munitions donc d’équiper progressivement un bataillon à l’horizon 2030 », résumait mi-avril le délégué général pour l’armement Patrick Pailloux lors d’une audition parlementaire portant sur le projet d’actualisation de la loi de programmation militaire. Le sujet a dans la foulée fait l’objet d’une salve d’amendements. Mais ni le critère de la souveraineté, ni l’accélération du calendrier et encore moins l’augmentation de 50% de la cible actualisée n’ont été adoptés jeudi dernier lors des débats entourant l’adoption du texte par l’Assemblée nationale. 

« Nous allons maintenant travailler sur les conditions tarifaires et les délais de livraison. L’objectif est d’avoir un comité ministériel d’investissement cet été, de façon à prendre une décision », déclarait jeudi dernier la ministre des Armées, Catherine Vautrin. Si le client français reste prioritaire, « l’enjeu de l’export restera important de par un certain nombre de manifestations d’intérêt que nous avons reçues », relève pour sa part l’équipe industrielle. Nombre de pays sont déjà dotés, mais des opportunités existent en effet et pourront se renforcer à l’heure où les problématique de souveraineté et de sécurité d’approvisionnement tendent à s’imposer. Un premier jalon a été franchi, le rendez-vous est pris pour « voir la suite » en juin prochain à Paris lors du salon Eurosatory. 

Crédits image : Thales