Un budget record pour la première marche de la LPM 2024-2030

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Présenté hier par le gouvernement, le projet de loi de finances pour 2024 propose de porter à 47,2 Md€ le budget des armées françaises. Une enveloppe inédite et nécessaire pour garantir la cohérence du modèle, répondre aux nouveaux défis et éviter un faux départ pour la loi de programmation militaire 2024-2030. 

Un « budget record »

Important car il incarne la première marche de la LPM, le PLF 2024 prévoit 3,3 Md€ de ressources nouvelles pour amener le budget des armées à 47,2 Md€ hors pensions. En hausse de 46% depuis 2017, l’enveloppe équivaudra à 1,94% du PIB de la France. Celle-ci ne sera alors plus très loin de l’objectif fixé 10 ans plus tôt par l’OTAN, un jalon des 2% du PIB atteint entre 2025 et 2027 selon l’entourage ministériel. 

Une fois n’est pas coutume, la majorité des crédits sera consacrée aux équipements. Des 28,3 Md€ prévus à cet effet, près de la moitié alimentera des commandes pour les seuls programmes à effet majeur (hors dissuasion). Considérable, l’effort financier « nous oblige à être au rendez-vous de la cohérence », déclare le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, en préambule au PLF.

Ce PLF annonce des investissements « plus importants » pour répondre aux nouveaux défis et nouveaux espaces de conflictualité et, parfois, rattraper un certain retard. Ainsi, 600 M€ seront consacrés à l’espace, 400 M€ aux drones et à la robotique, 500 M€ au renseignement, 250 M€ à la défense surface-air et 170 M€ aux forces spéciales. Autre inflexion majeure de la LPM, l’effort sur les munitions sera soutenu à hauteur de 1,5 Md€.

« Rien ne servirait de collectionner les équipements dans nos hangars, nos casernes et nos ports, sans la maintenance nécessaire à leur entretien et des militaires formés et entraînés à s’en servir », rappelle le ministre. Cheval de bataille de ce dernier, l’entretien programmé des matériels profitera d’une hausse de 745 M€, pour un total de 5,7 Md€ investis pour améliorer la régénération et la disponibilité des parcs. 

« Ce budget record pour nos armées doit aussi nous placer dans l’exigence permanente d’investir pour être prêts face aux menaces de demain », pointe Sébastien Lecornu. La tendance haussière des crédits d’innovation se maintient avec 1,2 Md€ investis pour progresser sur des technologies de rupture, dont 22 M€ consacrés au programme de char franco-allemand MGCS. Le financement permettra aussi de lancer des démonstrateurs de robot tactique terrestre, d’essaim de drones et de munitions téléopérées COLIBRI et LARINAE.

Le défi des ressources humaines

Derrière ces évolutions capacitaires, l’autre défi relève encore et toujours des ressources humaines. Ce n’est pas un secret : les armées peinent à attirer et conserver ses troupes. « Des mesures salariales renforceront l’attractivité et la fidélisation face aux tensions du marché du travail, en contrepartie d’un ajustement de la cible d’effectifs, ainsi que le permet la LPM », indique le ministre des Armées. 

Plus de 180 M€ sont dès lors inscrits au titre des revalorisations salariales. Un cinquième de ces crédits seront axés vers les métiers les plus en tensions, notamment ceux du renseignement, de la dissuasion, de la santé et du cyber. Et la démarche s’accompagne de mesures globales « pour ne pas décrocher dans l’environnement interministériel ». 

Le PLF prévoit malgré tout une augmentation nette des effectifs à hauteur de 456 postes, en priorité pour renforcer le renseignement (+63 ETP), le cyber, les unités opérationnelles et le soutien aux exportations. Aucune création de poste n’est cependant prévue pour l’armée de Terre, annonçait en mai dernier son chef d’état-major (CEMAT), le général Pierre Schill. 

« Ce budget nous oblige à renforcer encore le lien qui unit la Nation à ses armées. Par la reconnaissance que la Nation porte à ses militaires en leur offrant des conditions de vie et de travail satisfaisantes. Mais également la reconnaissance qu’elle porte à leur proche, en renforçant le Plan Familles », souligne le ministre des Armées. Entré dans une seconde phase en début d’année, ce plan sera doté de 750 M€ sur la période, dont 70 M€ seront abondés en 2024. 

Autre nouvelle inflexion demandée par le président de la République, l’accent porté sur le renforcement d’une réserve qui doit devenir « une force d’appui plus importante ». Ce PLF lui consacrera 195 M€, soit un bon de 20 M€ par rapport à 2023 pour soutenir l’engagement de 3800 réservistes et la tenue de 180 000 jours d’activité supplémentaires. 

Quels équipements pour l’armée de Terre et ses soutiens ?

Ce PLF confirme la poursuite des grands programmes capacitaires de l’armée de Terre. Symbolique du renouvellement du segment médian, le programme SCORPION se poursuivra par la livraison de 138 Griffon, 38 Jaguar et 103 Serval supplémentaires, ainsi que des huit premiers Griffon MEPAC.

Les régiments réceptionneront également 21 chars Leclerc rénovés, 12 canons CAESAR, cinq hélicoptères d’attaque Tigre portés au standard HAD et deux hélicoptères Caïman. Autre manifestation de l’attention portée envers les stocks de munitions, les forces terrestres percevront de nouveaux lots de missiles moyenne portée (MMP), de missiles Mistral, d’obus de 155 mm et de munitions de différents calibres. 

Côté commandes, de nouvelles tranches de véhicules SCORPION seront notifiées pour la production de 253 Griffon, 97 Serval et 45 Jaguar. Si son achèvement s’étend désormais au-delà du périmètre de la LPM, la rénovation du Leclerc parviendra à cible grâce la commande des 100 derniers exemplaires. L’année à venir sera par ailleurs marquée par le passage progressif vers une tenue F3 arborant le bariolage multi-environnement (BME). 

Plusieurs programmes se matérialiseront au profit de régiments d’appui et d’unités du soutien, autant d’acteurs pour lesquels un renouvellement capacitaire devenait urgent. Le ministère devrait par exemple matérialiser le « système de franchissement léger-lourd » (SYFRALL) destiné au génie, à temps pour respecter la cible établie dans la LPM de huit portières en service à horizon 2030. Le Service de santé des armées (SSA) réceptionnera 103 ambulances « destinées au soutien des activités de préparation opérationnelle ». Le renouvellement des flottes logistiques, enfin, démarrera avec la commande de 70 camions-citernes de nouvelle génération dans le cadre du programme éponyme (CCNG). Des camions livrés à partir de 2026 au Service de l’énergie opérationnelle (SEO).

Crédits image : EMA