Situation de retournement, retournement de situation… (1ère partie)

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On a beaucoup glosé sur la course au blindage en Afghanistan et ses conséquences funestes sur la mobilité des véhicules. Les lignes qui suivent sont un résumé d’un article paru dans la dernière livraison de « Army sustainement », le bulletin officiel des logisticiens de l’US Army. Il raconte par le menu les affres d’une mission de dépannage envoyée au secours d’un MRAP tombé dans une ravine. La lecture est édifiante…

En août 2011, une patrouille de MRAP évolue dans le district de Sayed, regagnant lentement sa base de Mazar-i-Sharif. Les véhicules roulent depuis une dizaine d’heures sur une piste très étroite, à flanc de colline : à gauche la montagne et à droite une ravine. La conduite est délicate et demande une attention de tous les instants. En voulant éviter un trou dans la piste, un de plus, le conducteur d’un RG-31 mord sur l’étroit bas côté et fait passer une roue avant dans le vide. Son véhicule est déséquilibré et  bascule instantanément dans le vide et fait deux tonneaux. Le véhicule de 11 tonnes finit par se planter sur le flanc dans une tranchée, 25 m plus bas que la route et 15m au-dessus du fond de la vallée. Le RG-31 est pratiquement intact mis à part la tourelle téléopérée qui a mal supporté les tonneaux… Les quatre occupants du véhicule portaient tous leur casque et étaient correctement installés dans leurs sièges, harnais attachés. Ils en sont quittes pour quelques émotions et ils auront une belle histoire à raconter de retour à la base. Reste une question lancinante pour le commandant de la patrouille : que faire du véhicule planté dans la terre ?

L’idée de le faire sauter avec du C4  est vite abandonnée. Un RG-31 c’est du bon blindage bien solide, et la patrouille ne disposerait pas assez d’explosif pour en venir à bout… Le commandant sur le terrain demande alors un bombardement aérien pour détruire complètement le véhicule. Le bombardement est refusé par sa hiérarchie qui décide au contraire de tenter un dépannage. Mais pour cela il faudra extraire le RG-31 de sa tranchée, le faire remonter sur la piste, le hisser sur un plateau de transport qui devra à son tour emprunter la piste étroite pour quitter la vallée. Autant de taches qui semblent alors insurmontables aux soldats présents sur le lieu de l’accident, tant la vallée et la route sont difficiles d’accès pour les véhicules lourds.

Le MRAP est en effet un véhicule à la croisée des chemins : il est trop lourd pour être treuillé en toutes circonstances par le véhicule de dépannage standard de l’Army, le M984 HEMTT. Et sa mobilité le conduit à s’aventurer hors de portée des zones accessibles au puissant char de dépannage M88. C’est exactement le scénario de notre récit où les pistes menant à la zone de l’accident sont trop étroites pour laisser passer un M88. La décision est alors prise d’utiliser un MaxxPro MRV (MRAP Recovery Vehicle) : un camion de dépannage 6×6 d’environ trente tonnes, spécifiquement conçu pour le dépannage des MRAP.

Une colonne de secours est alors rapidement constituée. Elle comprend le MRV, un M984 HEMTT de dépannage, un HEMTT citerne et une escorte composée de trois M-ATV et un RG-33 MRAP. Un camion M916 tractant une remorque plateau est également de la partie : il servira à ramener le RG-31 endommagé. Une étude soigneuse de l’environnement avec des photos satellites et une reconnaissance par un drone a permis de déterminer que le camion tirant son plateau pourrait négocier les passages les plus étroits de la piste. Le MRV est en revanche débarrassé de ses volumineuses protections anti RPG qui l’auraient empêché de négocier certains virages…

 

A suivre….

 

nos illustrations : le RG-31 accidenté et un dépanneur MRV en entrainement.  (US Army)