Que deviennent les nouveaux blindés russes ?

Share

Près de trois ans après la révélation publique théâtralement mise en scène de nouveaux véhicules blindés russes – le char Armata, le VCI modulaire Kurganets-25 et la famille des blindés 8×8 Bumerang –, leur commande à grande échelle pour l’armée russe paraît toujours une perspective éloignée.
 

Le véhicule de combat d’infanterie Kurganets-25 exposé près de Moscou en 2017 (Photo : Army Recognition)


 
Lors du grand défilé annuel de la victoire, édition mai 2015, sur la Place Rouge, ces engins étaient présentés comme aboutis et donc prêts à entrer en production de masse. Ah, c’est que leur niveau technologique avait surpris, parfois inquiété, à l’Ouest ! La Russie affichait une avance technologique que les Occidentaux mettraient des années à résorber, les Russes ayant encore assurément progressé entretemps.
 
Mais voilà… La réalité est plus rassurante pour les pays de l’OTAN. En ce qui concerne ces blindés, du moins. Les problèmes de financement, de détails techniques et de modifications conceptuelles ont torpillé l’avance apparemment prise par les Russes. La production de masse rame, rame… Ouf !
 
Selon Andreï Frolov, du Centre d’Analyse Stratégique et Technologique basé à Moscou, le précédent programme d’armement pour la période 2015-2020 donnait la priorité à la modernisation des forces aériennes et navales. Mais cela change avec le nouveau programme établi jusque 2025 : y figurent des investissements massifs en matière de nouveaux véhicules blindés de tous types au bénéfice des forces terrestres et aéroportées.
 
Néanmoins, de la théorie à la réalité, il subsiste encore un fossé qui soulage l’OTAN. Ainsi donc, l’Armata, le Kurganets et le Bumerang comportent tant de nouveautés que leur production ne permet guère de recourir à des composants préalablement disponibles : il faut (presque) tout créer à partir de rien. D’où une accumulation de retards causés par la nécessité de tester et valider chacun de ces composants, leur assemblage en sous-systèmes et enfin les « produits finis ». Ce processus coûte cher, très cher, aux différentes sociétés impliquées dans ces programme. Or, la situation financière de chacune n’est pas toujours confortable et le niveau de compétence du personnel technique aussi bien que managérial n’est pas uniforme. D’où de solides hoquets dans le processus de mise au point.
 
De surcroît, on relève des changements épisodiques dans les spécifications techniques sur certains points de-ci, de-là, réclamés par le ministère de la Défense. Voilà qui n’est pas fait pour accélérer ni faciliter les choses…
 
Le char Armata est l’emblème technologique de la société UralVagonZavod – et de la Russie – pour l’effort de modernisation de l’arme blindée. En fait, l’Armata englobe trois versions : le char T-14, le véhicule de combat d’infanterie lourd T-15 et l’engin de dépannage T-16. Le T-14 a été présenté comme un char révolutionnaire, surtout en raison de sa tourelle télécommandée et de la protection des trois membres d’équipage grâce à un agencement sous forme de « capsule » blindée. Ah, la révolution, on connaît bien, en Russie ! Ses aléas aussi… Histoire de sauver les apparences, les responsables du programme affirment épisodiquement que le développement de l’engin respectr le calendrier établi, ce que clamait, dès novembre 2017, le commandant-en-chef des forces blindées, le colonel-général Oleg Salykov. Ce dernier confirmait d’ailleurs qu’un premier lot de cent T-14 serait achevé pour soumission à des essais complets d’ici 2020.
 
A la mi-janvier 2018, l’agence TASS diffusait l’information selon laquelle la production de masse du T-14 était prévue pour commencer après 2020, une indication sibylline d’un retard imprécis. Pas un mot sur les T-15 et T-16. D’ailleurs, aucun détail sur la configuration finale du T-15, surtout sa tourelle, ne filtrait. Cette tourelle est cependant apparue sur les Bumerang-BM, avec un canon automatique de 30mm et des missiles antichars. Pourtant, on soupçonne que l’armement finalement choisi sera plus puissant.
 
En février 2018, l’agence TASS rapportait la confirmation d’une commande destinée à équiper deux bataillons de T-14 et un de T-15, sans plus de précision concernant ce dernier.
 
Quant au Kurganets-25 développé par Traktornye Zavody, cette plateforme semble la plus critiquée en interne parmi tous les projets de blindés. L’engin a servi de base pour le transporteur de troupe blindé B-10 et le blindé de combat d’infanterie B-11, deux véhicules sévèrement critiqués par les militaires en raison de leur gabarit trop imposant. Il est vrai qu’ils en imposent si on les compare aux BMP-2 et BMP-3 ! Le développement d’une nouvelle version, plus ramassée, aurait dû commencer en 2017 mais on n’en a aucune nouvelle. Pas bon signe. Enfin, cela dépend pour qui. Le vice-ministre de la Défense en charge des achats, Youri Borisov, a d’ailleurs déclaré que ce développement ne commencerait pas avant 2021.
 
En août 2017, ce programme a subi un nouvel impact lorsque Danil Ralin, l’un des concepteurs des remarquables véhicules de combat d’infanterie BMP-1/2/3, a déclaré que ce projet était bancal et devrait être tout simplement abandonné. Ouille !
 
Et la série des 8×8 Bumerang ? Oh, à part quelques informations éparses sur des essais et des mises en service très limitées – que l’on soupçonne plutôt expérimentales –, on ne peut pas encore s’en faire une opinion valable. L’engin est impressionnant. Mais il suffit d’arpenter les allées des salons de défense pour constater qu’ils le sont tous. Surtout le 6×6 VBTP-MR Guarani brésilien, tellement haut que son chef de véhicule guette toujours le moment où son engin va s’offrir un « flanc » en tout-terrain…
 
Enfin bref, l’avancée technologique russe en matière de chars et autres blindés doit être fort relativisée. Les armées de l’OTAN sont en train de combler leur apparent retard. Let’s keep cool !