Pour relever ses défis militaires Ottawa se tourne vers tous les Canadiens

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Le Gouvernement canadien a officiellement lancé cette semaine son programme d’innovation pour ses forces armées. Tout les Canadiens ingénieux sont invités à participer à l’appel d’offres qui vise à relever divers défis dans les années à venir. Entre incitations financières et élargissement de « la communauté de Défense », Ottawa ne veut pas perdre une goûte de l’ingéniosité de sa population. 
 

Le ministre de la Défense canadien Harjit Sajjan (Crédits : Harjit Sajjan / Facebook)


 
Tout d’abord, saluons le bel acronyme trouvé par les Canadiens francophones pour ce nouveau programme d’innovation : IDEes. Comme ces lettres l’indiquent, IDEes, vise à s’intéresser à toutes les idées pouvant émaner d’un « cerveau » canadien, même si celui-ci n’évolue pas dans la communauté de Défense traditionnelle. Innovation pour la défense, l’excellence et la sécurité doit aider la Défense canadienne à faire face aux menaces futures et à relever les défis actuels en promouvant toute ingéniosité pouvant servir les forces armées.
 
Annoncé l’an passé, ce programme a été officiellement lancé en début de semaine par le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, les intéressés pouvant dès à présent soumettre leurs projets. « Nous nous tournons vers l’innovateur de tous les jours, nos partenaires gouvernementaux, les universités et les universitaires, les petites entreprises qui commencent, ainsi que les sociétés établies et les organismes sans but lucratif, ou toute personne qui aurait une solution aux défis que nous devons relever. » a déclaré Sajjan ce lundi 9 avril, qui désire élargir la communauté de Défense traditionnelle pour accélérer les processus d’innovation nécessaires à l’adaptation des forces armées du pays.
 

Prononçant son discours à l’université de Calgary, « en tant que Canadien » et non en tant que « politicien », Sajjan en appellait à « l’esprit d’innovation » de ses concitoyens. « Chacun d’entre nous a intérêt à nous aider à maintenir la position de nos militaires en tant que Force agile, polyvalente et réactive. Des forces qui peuvent nous garder en sécurité dans un environnement de plus en plus complexe. Les Forces armées canadiennes doivent constamment s’adapter à l’évolution des menaces. Pour ce faire, nous devons faire appel aux idées et à l’enthousiasme des esprits les plus brillants du Canada » a-t-il déclaré très motivé par cette nouvelle solution trouvée pour soutenir la modernisation des forces armées.

 

Ces esprits les plus brillants du Canada sont appelés à candidater aux 16 premiers projets identifiés par le Ministère de la Défense, et leurs efforts seront récompensés par les crédits d’incitation financière prévus à cet effet. Les équipes d’universitaires ou d’entreprises qui y participent pourraient recevoir jusqu’à 1,2 M$ CA (772 000€) chacune, sur un budget total de 313 M$ CA (201 M€) au cours des cinq prochaines années. Sur le plus long terme, cet appel d’offres fait partie d’un investissement de 1,6 Mds$ CA (1 Mds€) annoncé en juin 2017 par Ottawa pour soutenir la recherche et l’innovation dans le secteur de la défense.

 

Parmi les 16 premiers défis à relever d’urgence, on retrouve notamment la question du traitement des troubles de stress post-traumatique (TSPT), celle du recrutement des femmes qui est l’une des priorités du gouvernement actuel (25% de femmes d’ici 2026), ou encore la surveillances des voies navigables canadiennes, ainsi qu’une meilleure protection face aux cyberattaques qui se multiplient, en cherchant d’abord à identifier la source. Ce programme d’innovation suit en fait une approche globale des menaces futures : il faut penser à la sécurité des soldats, mais aussi la sécurité du pays et de sa population ; il faut pouvoir contrer les menaces conventionnelles tout comme les menaces hybrides appelées à devenir déterminantes dans la sécurité future. Dès lors, on y retrouve aussi bien le défi de la surveillance des médias sociaux que celui d’améliorer la protection balistique des soldats; les Canadiens ingénieux doivent trouver des solutions innovantes à la navigation non GPS tout comme au soucis de l’identification d’objets dans l’espace ou de détection des armes chimiques.

 

Présentation du programme IDEes (Gouvernement du Canada)


 

Les personnes intéressées ont six semaines pour soumettre une idée de concept permettant de résoudre l’un des 16 défis. Les équipes retenues auront ensuite six mois et jusqu’à 200 000 $ CA (129 000 €) pour perfectionner leur concept. Les meilleures propositions seront retenues pour une deuxième phase de six mois pendant laquelle les chercheurs recevront jusqu’à 1 M$ CA (643 000 €) supplémentaires. 

 

Le directeur général du programme IDEes, Éric Fournier, admet que de nombreux partenariats de recherche existent déjà, il juge cependant nécessaire d’ouvrir la porte à de nouveaux acteurs : « qu’il s’agisse d’inventeurs, d’universitaires qui travaillent dans les laboratoires de leur établissement ou de scientifiques attachés à des sociétés de petite ou de grande envergure » indique le site officiel du gouvernement canadien. « Le programme IDEeS stimulera l’innovation au moyen d’une gamme d’activités, dont des compétitions, des concours, des réseaux » ainsi que « des bacs à sable pour la mise à l’essai de concepts sur le terrain » puisque ce programme vise à mettre en collaboration direct les canadiens ingénieux avec les forces armées qui testeront sur leurs propres terrains les projets sélectionnés par le Ministère de la Défense.

 

Dans l’Hexagone, le Ministère des Armées a aussi son projet pour relever les défis de l’innovation par l’ingéniosité et de l’adaptation aux menaces par la valorisation des circuits courts. Florence Parly a annoncé qu’une nouvelle agence de l’innovation sera créée dans l’année : « cette agence fédérera les projets d’innovation au sein du ministère » et comme le programme IDEes elle « sera largement tournée vers le monde civil » avec « l’ambition de faire collaborer et travailler ensemble des univers qui étaient étrangers l’un à l’autre et très cloisonnés » (acteurs du numérique, PME, laboratoires de recherche). La future agence française d’innovation, chargée « fédérer l’ensemble des acteurs qui seront capables de procurer à nos armées la supériorité technologique », sera dotée d’un budget de 100 M€ par an.

 

Pour plus d’informations sur les premiers stades d’IDEes, c’est ici.