Paris et Rome s’accordent sur l’envoi de SAMP/T en Ukraine

Le module de lancement SAMP/T (système Mamba) d'un escadron de défense sol-air (EDSA) français (Crédits : DGA Essais de missiles)

Share

Plus rien ne semble s’opposer à la fourniture du système de défense anti-aérienne SAMP/T aux forces armées ukrainiennes. Selon l’ambassadeur de France en Ukraine, les deux pays concernés, la France et l’Italie, seraient parvenus à un accord. 

« La France et l’Italie fourniront à l’Ukraine les instruments de défense antiaérienne qu’elle demande. C’est une très forte demande que le président Zelensky a formulée et les Italiens nous ont confirmé qu’ils étaient prêts à l’octroyer. Nous pourrons donc répondre à leurs besoins », déclarait l’ambassadeur de France en Ukraine Étienne de Poncins au cours d’une audition parlementaire datée du 9 novembre, mais dont le compte rendu n’a été publié que hier. Les instruments en question ne sont pas détaillés, mais tout converge vers le SAMP/T, fruit d’un développement franco-italien.

Ce besoin de muscler son parapluie anti-aérien, l’Ukraine l’exprime depuis des mois auprès de ses alliés. Des demandes répétées qui se font plus insistantes à chaque attaque russe. La France et l’Espagne, entre autres, y avaient répondu par l’envoi de systèmes Crotale et Aspide. Un coup de pouce bienvenu, mais reposant sur des technologies anciennes. 

Face à l’arsenal russe, l’Ukraine a explicitement demandé d’autres moyens, notamment début novembre dans les lignes du Monde. Un appel renouvelé la semaine dernière par le commandant en chef des forces armées ukrainiennes lors d’une discussion téléphonique avec son homologue français, le général Thierry Burkhard. Le général Valeri Zaloujny avait alors pointé « les attaques massives de missiles et de drones ennemis contre des cibles civiles, ce qui sans aucun doute maintient à jour les questions de renforcement de la défense anti-aérienne ukrainienne ». 

Reste à savoir si l’Italie franchira effectivement le pas et si la France suivra son exemple. Ni Rome, ni Paris ne sont très prolixes quand il s’agit de livraisons d’équipements militaires, d’autant plus lorsque celles-ci concernent des matériels très sophistiqués et limités en nombre. Les forces terrestres italiennes disposent aujourd’hui de cinq sections SAMP/T. La France, elle, opère huit sections dont l’une est déployée en Roumanie pour renforcer le flanc oriental de l’OTAN. Sur le long terme, l’Italie paraît néanmoins disposer d’une meilleure marge de manœuvre. Elle envisage en effet l’acquisition de cinq sections supplémentaires pour sa force aérienne et a lancé le processus de remplacement de ses Aspide par le système de dernière génération CAMM-ER.

De chaque côté des Alpes, l’opération comprendra son lot de difficultés. En plus de dégarnir une capacité limitée, le SAMP/T est un outil dont la mise en œuvre demande un entraînement considérable. À cela s’ajoute la question de l’érosion des stocks nationaux, entre ponctions nécessaires pour soutenir l’Ukraine dans la durée et le temps nécessaire pour produire des munitions complexes. Enfin, la France et l’Italie sont conjointement engagées dans un processus de rénovation (SAMP/T NG) qui devrait immobiliser une partie de leur parc respectif durant une petite décennie. Bref, si engagement il y a, ce sera un nouveau message fort en direction de Kiev.