Intelligence artificielle : la ministre française des Armées présente son plan

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L’intelligence artificielle (IA) est devenue un enjeu stratégique majeur où les grands de ce monde sont entraînés dans une course effrénée pour ne pas se trouver dangereusement distancés les uns des autres. La France a élaboré un plan pour se placer – et rester – dans le peloton de tête, même si l’on peut difficilement lutter à armes égales quant aux moyens que peuvent y consacrer les Etats-Unis et la Chine, accessoirement la Russie.
 

En 2016, un combat tournoyant a opposé un pilote instructeur de l’USAF à l’intelligence artificielle ALPHA. Celle-ci réagissait 250 fois plus vite que le pilote qui est sorti épuisé et vaincu de l’épreuve (Photo via ez.gizmodo.com)


 
L’intelligence artificielle présente une grande variété d’applications potentielles pour la Défense : reconnaissance automatique d’images, guerre électronique, combat collaboratif, navigation autonome des robots, cybersécurité, maintenance prédictive, aide à la décision et au commandement : le ministère des Armées en fait un axe d’innovation majeur.
 
En conséquence, il prévoit un investissement atteignant progressivement 100 M€ par an dans le domaine de l’IA. Il y aura aussi le recrutement d’une cinquantaine d’experts supplémentaires en matière de data science et d’IA. Enfin, le ministère prévoit l’accroissement d’une veille technologique assurée notamment par l’Innovation Defense Lab, le nouveau hub de l’innovation de défense ouvert sur l’écosystème des startups, et qui sera inauguré cette année.
 
Concrètement, le partenariat d’innovation ARTEMIS, notifié en novembre 2017, fournira par exemple une infrastructure de stockage et de traitement massif de données adaptée aux besoins défense. De nombreuses études et recherches pour des applications opérationnelles de l’IA seront lancées, profitant de l’augmentation à 1 milliard d’euros par an du budget des études et de l’innovation du ministère des Armées prévue dans la loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025.
 
Concernant l’aviation de combat, une étude est lancée par le ministère des Armées pour se pencher sur le binôme homme-machine en matière d’intelligence artificielle et d’innovation (les deux sont indissociables). Pour coller à l’usage, une désignation lui a été donnée en anglais : « Man-Machine Teaming » (MMT). Le 16 mars sur le site de Dassault Aviation à Saint-Cloud, Florence Parly, ministre des Armées, a présenté sa feuille de route.
 
L’objectif est d’améliorer les performances de cette composante des forces armées en apportant réactivité et aide à la prise de décision des aviateurs et des opérateurs grâce à l’IA. Ce projet sera innovant dans sa méthode puisque la DGA, Dassault Aviation et Thales seront entourés, dès le début du projet, des compétences et de l’inventivité des PME et des laboratoires français qui travaillent sur les applications civiles de l’IA. C’est un processus prévu par la LPM 2019-2025 qui met l’accent sur des liens forts entre le ministère des Armées et l’économie et la recherche civiles.
 
Dans cet esprit, Florence Parly a annoncé la création d’une agence de l’innovation de défense au sein du ministère des Armées. Cette agence sera ouverte sur l’économie civile, sur les start-ups, tournée vers l’Europe et permettra le développement de projets de défense innovants.
 
Concrètement, le partenariat d’innovation ARTEMIS, notifié en novembre 2017, fournira par exemple une infrastructure de stockage et de traitement massif de données adaptée aux besoins défense. De nombreuses études et recherches pour des applications opérationnelles de l’IA seront lancées, profitant de l’augmentation à 1 milliard d’euros par an du budget des études et de l’innovation du ministère des Armées prévue dans la loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025.
 
Pour mesurer l’ambition et l’enjeu en question, une référence est intéressante. L’armée de l’air américaine travaille sur la conception d’une d’intelligence artificielle qui pourrait, à l’avenir, remplacer les pilotes des avions de chasse. En 2016, une simulation opposant un pilote très expérimenté et un adversaire virtuel a donné celui-ci gagnant.
 
Dans un combat tournoyant (dogfight) opposant l’homme et la machine, cette dernière est sortie gagnante, et pas un peu. Conçue par l’entreprise Psibernetix pour le compte de l’US Air Force, l’intelligence artificielle nommée ALPHA a été mise à l’épreuve dans une série de simulations l’opposant à d’autres IA. ALPHA a rencontré son premier adversaire humain en la personne de Gene Lee, un ancien pilote de chasse désormais formateur, expert en tactiques de combat aériens. La série d’affrontements qui a opposé Lee à Alpha s’est systématiquement soldée par la victoire de l’intelligence artificielle.
 
« Je suis surpris de ses connaissances et de sa réactivité. ALPHA semblait connaître toutes mes intentions, et réagissait instantanément à mes changements de vol et au déploiement de mes missions. Elle savait quand contre-attaquer. Elle passait instantanément d’une action défensive à l’offensive en cas de besoin » explique Gene Lee. « C’est l’IA la plus agressive, réactive, dynamique et crédible que j’aie jamais vue. »
 
Sur le papier, ALPHA est capable de comprendre son adversaire et mettre en place la meilleure stratégie de réponse 250 fois plus rapidement que pourrait le faire un adversaire humain. L’IA utilise une approche de logique floue, qui lui permet de faire le tri dans les informations pour se focaliser sur l’essentiel, et se concentrer ainsi sur les variables les plus pertinentes pour prendre très rapidement des décisions face à une situation spécifique.
 
L’IA fonctionne actuellement avec un seul processeur cadencé à 3,2 Ghz. Elle fonctionne à une fréquence moyenne de 154 Hz : elle est capable d’analyser la totalité des données récoltées toutes les 6,5 millisecondes et réagir en conséquence dans la foulée. Après plusieurs heures d’affrontements contre ALPHA, le pilote Gene Lee a déclaré « Je vais rentrer chez moi complètement lessivé. Je suis fatigué, vidé, mentalement épuisé. C’est peut-être une intelligence artificielle, mais elle représente un véritable défi. »
 
C’était en 2016. Au rythme des innovations, nul doute que le plan MMT lancé par le ministère français des Armées soit confronté à des défis dont l’importance vitale n’échappe à personne.