L’impact financier des IED

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La question de la lutte contre les engins explosifs improvisés (IED) est au cœur des préoccupation des états-majors, à tel point que la déclaration commune franco britannique sur la sécurité et la défense s’en est fait l’écho : « Nous reconnaissons l’intérêt que nos deux pays portent au renforcement de notre coopération bilatérale en matière de lutte contre les engins explosifs improvisés. (…) Un plan d’action conjoint, élaboré en 2012, couvrira les possibilités de coopération dans les domaines des opérations, des capacités, de la recherche et des technologies » explique la déclaration commune.

 

Derrière cette louable volonté se cache un enjeu technique autant qu’économique, comme en témoigne particulièrement bien l’exemple américain. Un récent rapport du GAO (Government Accountability Office, la cour des comptes locale) rappelle qu’en un peu plus de cinq ans, le Pentagone a dépensé plus de 18 milliards de dollars dans la lutte contre les IED. Cette somme correspond en fait au budget cumulé de l’organisme chargé de coordonner la lutte contre les IED, la JIEDDO (Joint Improvised Explosive Device Defeat Organization), depuis sa création en 2006. Trois milliards de dollars par an dépensés à la mode américaine (ce budget sera réduit à 2,4 Mds de dollars sur le prochain budget), c’est à dire en se lançant dans des études tous azimuts pour tenter de trouver la bonne solution contre les pièges explosifs. Le GAO reproche à la JIEDDO une organisation opaque et une gestion des programmes laissant à désirer. L’organisation ne serait pas même capable, dit le GAO, de suivre tous les efforts réalisés dans une multitude d’officines financées par le pentagone. Avec parfois à la clef de belles duplications des efforts.

 

Le GAO pointe notamment du doigt le financement simultané de six techniques différentes d’armes à énergie dirigées pour détruire les IED. Ces armes exploitant principalement des lasers de fortes puissances font fantasmer à l’unisson et depuis plusieurs décennies maintenant Hollywood et le Pentagone… Mais après quelques milliards de dollars dépensés en recherche, la Navy n’est toujours pas prête d’embarquer un canon laser sur ses navires. Après seize années de développement, l’Air Force vient quant à elle de jeter le gant en retirant du service son Boeing 747 anti-missile équipé d’une tourelle laser dans le nez. Reste l’US Army, qui est la seule à avoir déployé une « arme laser » sur un théâtre d’opération, et justement dans la lutte contre les IED. Le développement d’un prototype dès 1999 avait débouché quatre ans plus tard sur l’envoi en Afghanistan du système HLONS (HMMWV Laser Ordnance Neutralization System) embarqué sur un Humvee. Selon l’Army, le HLONS participa à la neutralisation de 210 « munitions non explosées » autour de la base de Bagram en six mois de présence. Pour certains, des sommes considérables avaient été dépensées pour faire un simple travail de destruction à distance, largement à portée d’une banale mitrailleuse de 12,7mm…