Eurosatory 2022 : KNDS expose l’EMBT, véritable vitrine technologique pour le MGCS

EMBT sur le stand de KNDS lors d'Eurosatory 2022

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Après une première ébauche en 2018, le groupe franco-allemand KNDS (KMW + NEXTER Defense Systems) a présenté pour la première fois à Eurosatory la nouvelle itération de son Enhanced Main Battle Tank. Bien plus avancé qu’il y a quatre ans, ce démonstrateur technologique présente un châssis et une tourelle profondément remaniés.

Le nouveau démonstrateur EMBT

En 2018, pour célébrer la création de KNDS, la nouvelle co-entreprise avait présenté un premier concept d’EMBT, pour European Main Battle Tank à l’époque. Il s’agissait, schématiquement, d’un châssis de Leopard 2 allemand sur lequel avait été installée une tourelle de char Leclerc français. Si le symbole était fort, il ne s’agissait à proprement parler que de montrer la possibilité de créer des interfaces fonctionnelles entre équipements français et allemands.

Dans la foulée, le conseil d’administration de KNDS a donné son accord pour passer à la vitesse supérieure en créant un véritable démonstrateur technologique. Ce nouveau EMBT, pour Enhanced Main Battle Tank, a été assemblé pour la première fois il y a quelques jours seulement, à l’occasion du Salon Eurosatory. Et, par rapport à 2018, force est de constater que les changements sont nettement plus profonds.

Un châssis revu en profondeur

Extérieurement, le châssis de l’EMBT semble reprendre les formes de celui des dernières versions du Leopard 2. On distingue bien des ensembles de caméras et de de capteurs d’aide à la conduite, disposés tout autour du véhicule, mais les formes globales restent très famillières. En réalité, à l’exception du train de roulement notamment, la quasi-totalité des éléments ont été modifiés ou remplacés.

A l’arrière de la cellule, la propulsion est assurée par un moteur MTU 883, le même que sur les chars Leclerc émiratis. Nettement plus compact que le moteur du leopard 2, ce nouveau bloc propulsion a permis de gagner un mètre à bord de l’engin. Une grosse partie des systèmes hydrauliques ont donc été déplacés à l’arrière, ainsi qu’un réservoir supplémentaire de 200 litres.

On notera également la disparition des munitions de 120mm auparavant stockées dans l’habitacles, l’EMBT se contentant des 22 obus placés dans la tourelle. En tant que démonstrateur, on peut supposer qu’une disposition optimisant l’autonomie et les nouveaux systèmes ai été privilégiée à une configuration plus guerrière.

Extérieurement, le châssis de l’EMBT s’avère très proche de celui du Leopard 2. Les modifications internes sont cependant très profondes, permettant d’explorer de nouveaux concepts doctrinaux et technologiques.

La couronne de la tourelle a été reculée de 20cm, afin de maximiser le volume disponible à l’avant du véhicule pour les deux hommes d’équipage qui y prennent place. A l’avant droit se situe le conducteur, qui dispose d’écrans panoramiques affichant les données des différents capteurs optroniques (des systèmes optiques conventionnels sont évidemment disponibles au besoin), ainsi que de commandes électroniques « drive by wire ».

A l’avant gauche, on retrouve un opérateur système, une fonction inédite à bord d’un char de combat, mais qui répond à un besoin réel des opérationnels. Son rôle consiste à alléger le travail du chef de char en gérant les divers systèmes annexes du véhicules : drones, capteurs déployés, tourelleaux téléopérés, systèmes d’autoprotection et de guerre électronique, etc.

A noter d’ailleurs que l’EMBT peut accueillir sur la durée des membres d’équipage pouvant mesurer 1m87, soit une nette amélioration par rapport aux précédentes générations de véhicules.

Une tourelle de Leclerc métamorphosée

Par rapport à l’EMBT de 2018, les changements visuels les plus notables concernent la tourelle biplace, qui abrite le tireur et le chef de char. La tourelle de l’Enhanced MBT conserve ainsi le canon, le système de rechargement automatique et la mitrailleuse coaxiale de 12,7mm du Leclerc XLR, mis en œuvre par le tireur. Mais tout le reste est profondément modifié.

Le système optronique principal, à gauche du canon, est fourni par Safran. Il est intégré dans un tourelleau comprenant également une mitrailleuse de 7,62mm, le tout étant opéré par le chef de char. Et là où le Leclerc XLR se voit doté d’un tourelleau téléopéré T2B avec mitrailleuse de 12,7mm, le nouvel EMBT se voit équipé de la toute nouvelle tourelle téléopérée ARX30 de Nexter, qui est téléopérée par l’opérateur système situé dans le châssis du char.

En bas de l’image, on remarque un détecteur d’alerte laser et un des radars du système Trophy. L’effecteur Trophy et son système de rechargement son situés sur le côté de la tourelle, ici à droite de l’image. Le tout est surmonté par le TTOP ARX30.

Armé d’un canon 30mmx113, le même que celui de l’hélicoptère Tigre, l’ARX30 dispose d’un fort débattement vertical, et d’une grande variété de munitions, perforantes, explosives ou air-burst. Il peut dès lors traiter aussi bien des drones que des infrastructures ou des véhicules blindés légers.

Enfin, l’autoprotection du véhicule a également été repensée. Outre les classiques lance-leurres Galix, de Lacroix Défense, on retrouve désormais un système de protection hard-kill Trophy de l’Israélien Rafael. Son intégration a d’ailleurs été pensée dès la phase de conception, les radars et effecteurs du système Trophy venant parfaitement s’intégrer au design de la tourelle.

Un démonstrateur avant tout

Que ce soit chez Nexter ou chez KMW, on ne manque pas de nous rappeler que l’EMBT est et restera un démonstrateur technologique. Il ne s’agit pas d’un prototype d’un futur char franco-allemand, mais d’une vitrine technologique permettant de développer des éléments, des concepts et des doctrines d’emploi que l’on pourrait retrouver sur de futures variantes du Leopard 2, du Leclerc, mais également à bord du futur MGCS.

Après le Salon, le châssis et la tourelle seront à nouveaux séparés et renvoyés dans leurs ateliers respectifs, afin d’être finalisés et de subir différentes phases de test. L’EMBT étant financé sur fonds propres, il est toutefois difficile d’avoir de la visibilité sur le programme des essais. Affaire à suivre, donc.