Après la Pologne, EURENCO s’installe cette fois en Slovaquie pour muscler sa production de charges propulsives modulaires (MACS) pour munitions d’artillerie. Un projet nécessaire pour accompagner une demande toujours plus forte en obus de 155 mm et qui bénéficiera de l’appui financier de plusieurs banques européennes.
Plus de 700 000 charges modulaires par an à pleine capacité, c’est l’objectif visé par cette coentreprise mise sur pied par EURENCO et l’entreprise slovaque ZVS. Ce munitionnaire est détenu à 50% par MSM Group, lui-même propriété de la holding internationale Czechoslovak Group (CSG). Signé hier au ministère de la Défense slovaque, le protocole d’accord annonce la construction d’une nouvelle capacité commune de production de charges et de poudre propulsive à Strážske, dans l’est de la Slovaquie.
Lancée dès 2024 avec MSM Group, la revitalisation de l’ancien site Chemko Strážske doit déboucher sur une nouvelle usine dont la construction devrait débuter prochainement. Similaire à celle engagée l’an dernier en Pologne, cette capacité sera opérationnelle à compter de 2028. Une fois en vitesse de croisière, elle fournira l’équivalent de plus de 100 000 coups complets et participera à faire sauter l’un des verrous limitant actuellement l’augmentation des stocks de munitions d’artillerie en Europe. Coût total pour les deux partenaires ? Environ 300 M€.
« Un investissement de plusieurs centaines de millions d’euros et la création de centaines d’emplois qualifiés constituent une contribution significative non seulement pour la région, mais aussi pour la sécurité de la République slovaque dans son ensemble. Il s’agit également d’une nouvelle étape vers l’atteinte d’un volume de production annuel supérieur à un million de cartouches de munitions de gros calibre », a déclaré Robert Kaliňák, vice-Premier ministre et ministre de la Défense de la République slovaque depuis Bratislava.
S’installer en Slovaquie amène à rapprocher un autre maillon de la chaîne munitionnaire des zones actuelles de tension. La future usine slovaque ne sera ainsi qu’à 40 km de l’Ukraine. Pas de quoi refroidir un groupe installé depuis longtemps en Suède, mais la vigilance reste de mise et d’autant plus après le survol non autorisé d’un drone au-dessus de ses installations bergeracoises. Qu’importe le lieu, « tous nos sites font l’objet d’une grande attention en terme de sûreté », nous explique le PDG d’EURENCO, Thierry Francou.
Pour EURENCO, l’effort est directement soutenu par ce crédit de 300 M€ décroché il y a peu auprès d’un pool de 14 banques françaises et européennes emmené par le CIC et la Société générale. « Il s’agit de l’opération de financement la plus importante jamais réalisée pour une entreprise de la BITDE de cette catégorie », indiquait alors le leader européen des matériaux énergétique. Historique, ce financement soutiendra tant les projets slovaque et polonais que « d’autres opérations de croissance externe ». « Nous sommes en train de développer nos activités vers le nord et l’est de l’Europe. Non seulement la demande y est particulièrement forte, mais ces pays disposent des compétences nécessaires pour s’y implanter et être rapidement opérationnel », complète Thierry Francou.
L’octroi de ce crédit est aussi symbolique d’une amélioration sensible de l’accès au financement privé pour l’industrie de défense européenne. « Depuis maintenant trois ans, nous n’avons eu aucune difficulté à lever des fonds, ce qui n’était pas le cas par le passé », observe le patron d’EURENCO. C’est peu dire si le dernier appel aura été positivement entendu. « Nous avions demandé à pouvoir lever 300 M€. Nous avons eu des souscriptions pour beaucoup plus mais nous nous limitons à notre besoin », poursuit-il.
Les équipes ne manquent pas de travail. Bien avant la Pologne et la Slovaquie, le groupe s’est lancé dans un vaste projet de renforcement de l’ensemble de ses emprises historiques. Un peu partout, les chantiers se poursuivent ou s’achèvent pour, globalement, doubler la capacité dans chaque segment. « Tous nos premiers investissements ont été livrés et fonctionnent, comme celui concernant les poudres à Bergerac », annonce Thierry Francou. Certains chantiers sont moins visibles mais tout aussi importants, à commencer par la création d’un second atelier de production de charge modulaire. Son entrée en service est attendue au second semestre 2026. Une fois sur les lignes polonaise et slovaque sur les rails, EURENCO sera en mesure de sortir jusqu’à trois millions de charges modulaires par an, contre 500 000 auparavant.
Idem en Suède, où des installations sont sorties de terre pour, là aussi, doubler les flux de poudre explosive. « Nous entrons dans la phase d’exploitation pour l’une des installations, et l’autre le sera d’ici la fin de l’année », détaille Thierry Francou. En Belgique, les travaux conduits en parallèle au maintien de la production devraient aboutir cet été et entrer dans une phase opérationnelle un an après la dépose de la première pierre. EURENCO aura alors doublé sa capacité de production de poudre de petit calibre. Bref, « le plan se déroule conformément aux prévisions », résume une entreprise qui envisage « d’autres investissements pour le futur à la fois en France et en Suède ».
Cette première vague d’investissements et l’activation des commandes associées devaient permettre à EURENCO d’atteindre un chiffre d’affaires de 1 Md€ avant 2030. Chacun adossé à un marché de production de huit ans, les chantiers lancés en Pologne et en Slovaquie amène à rehausser mécaniquement l’objectif fixé. Celui-ci devrait plutôt s’approcher de 1,3 Md€ à 1,4 Md€. Le groupe est pratiquement à mi-parcours. Son chiffre d’affaires s’est établi à 570 M€ en 2025, soit « une centaine de millions d’euros de plus que l’année précédente ». Son carnet de commandes atteint désormais 3 Md€, soit trois à cinq années de visibilité selon le scénario. « Nous avons une bonne croissance », relève Thierry Francou tout en rappelant la priorité immédiate du groupe : « livrer ce que nous nous sommes engager à faire ».
Crédits image : EURENCO