Des obus de mortier aux missiles MISTRAL, le ministère de la Défense belge vient d’officialiser plusieurs contrats visant à créer ou renforcer ses stocks de munitions. Cet effort combiné de près de 1 Md€ mobilisera en majorité la filière munitionnaire française.
« En 2025, un effort considérable a été réalisé concernant l’achat de différents types de munitions », rappelle à deux reprises le ministère de la Défense belge dans son projet de budget pour 2026. De fait, une dizaine de marchés sont depuis peu sur les rails au profit de la seule Force Terrestre. Aucun volume n’est détaillé pour ces marchés parfois pressentis depuis un moment, l’aval gouvernemental étant parfois nécessaire pour les notifier.
Une partie des investissements s’inscrivent dans le cadre plus large de l’alignement matériel projeté au travers du partenariat franco-belge CaMo. C’est le cas pour quatre des cinq contrats focalisés sur l’appui-feu indirect. La Belgique consacre ainsi 146 M€ pour des obus de 155 mm pour les 28 canons CAESAR Mk 2 livrés vers 2027-2028, près de 305 M€ pour des obus de 120 mm entre autres pour les 24 Griffon MEPAC attendus à partir de 2028 et plus de 80 M€ pour des obus de mortier de 81 mm.
Quatre versions sont prévues pour le calibre de 120 mm : hautement explosive (HE), fumigène, éclairante et d’entraînement. Ces obus, tout comme ceux de 81 mm, seront fournis par Thales LAS. La Défense s’est par contre tournée vers l’Agence de soutien et d’acquisition de l’OTAN (NSPA) pour constituer un stock stratégique d’obus de 155 mm. Ces obus seront partiellement produits sur le sol belge, assurait le ministre de la Défense Theo Francken en novembre dernier à l’issue du feu vert gouvernemental dans un clin d’oeil à la filiale belge du groupe franco-allemand KNDS.
L’achat d’obus pour les CAESAR est directement lié à un autre contrat réalisé via la NSPA et portant cette fois sur des fusées FRAPPE et FUSCHIA. Les premières seront utilisées avec les obus hautement explosifs, les autres avec des obus éclairants, fumigènes et… BONUS, ce qui amène la Force Terrestre à intégrer le petit cercle d’utilisateurs de cette munition antichar intelligente. Produites par JUNGHANS Defence, ces flèches seront livrées entre 2026 et 2028.
La NSPA demeure un levier majeur pour l’entité munitionnaire de KNDS, qui semble se diriger vers une nouvelle année record. Derrière les achats belges, sa division française, par exemple, décrochait au printemps dernier un marché de plus de 500 M€ pour des munitions de 40 mm télescopées et une commande de 327 M€ pour des obus de 20 et 30 mm au profit d’armées non détaillées.
La capacité d’appui-feu se renforcera enfin par l’arrivée de mortiers de 60 mm et de leurs munitions associées, un calibre en service dans les brigades interarmes et que la Force Terrestre a choisi d’étendre aux unités du Special Operations Regiment (SOR). Confié à la société autrichienne Hirtenberger Defence Systems, ce marché de 21 M€ s’accompagne de contrats de maintenance pour une durée de 25 ans.
Miser sur les véhicules du programme français SCORPION amène également la Belgique à se constituer un stock de munitions pour les lance-grenades fumigènes GALIX. Ce système d’auto-protection est en effet intégré aux tourelleaux téléopérés T1B, T2B et T3 armant les Griffon et futurs Jaguar de la Force Terrestre. Conclu pour la période 2025-2031, cet accord-cadre de 161 M€ revient logiquement au concepteur du GALIX, le groupe français Etienne Lacroix. Également en lice pour la fourniture de grenades fumigènes de 76 mm, ce dernier s’efface cette fois au profit de l’espagnol Falken, bénéficiaire d’un contrat de 1,1 M€ attribué en décembre dernier pour des grenades visible/IR lancées depuis un système d’origine allemande.
Autre sujet dans les cartons et lié à CaMo, l’acquisition de missiles MISTRAL 3 est désormais engagée. La Défense belge s’est cette fois adossée à la la Direction générale de l’armement (DGA), pilote d’un projet d’achat conjoint du missile sol-air de MBDA rassemblant neuf pays européens dont la Belgique. Celle-ci poursuit en parallèle la remontée en puissance de sa capacité MISTRAL, notamment par la mise à niveau de ses postes de tir sur trépied et par l’opérationnalisation d’une première section d’ici à la mi-2026.
Dans les airs, en mer ou à terre, l’ensemble des forces belges vont bénéficier d’un effort de mise à niveau des stocks engagé l’an dernier. Doté d’une enveloppe initiale de 2,3 Md€, cet « Ammunition Readiness Plan 2025 » a d’emblée donné la priorité aux achats de munitions critiques et en particulier à celles destinées aux nouveaux systèmes commandés ou déjà livrés.
Ce changement de cap devenait urgent car, malgré l’accélération consentie par le secteur munitionnaire, les délais de livraison peuvent encore atteindre jusqu’à sept ans pour certaines références. L’effort engagé sera poursuivi quasiment mot pour mot cette année. « En 2026, un effort considérable sera réalisé concernant l’acquisition de nouvelles munitions », annonçait en effet le ministère de la Défense.