Depuis Bucarest, le flanc Est de l'OTAN s'engage pour une coopération et des actions concrètes

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Dans le cadre du Bucharest 9 (B9), le président roumain, Klaus Iohannis, et son ministre de la Défense, Mihai Fifor, ont accueilli ce mardi 13 mars les ministres de la Défense accompagnés des chefs de délégation ministérielle de neuf Etats d’Europe de l’Est, membres de l’Union Européenne et de l’OTAN. Par de multiples déclarations, les participants qui préparaient le sommet des 11 et 12 juillet prochain à Bruxelles, ont insisté sur le rôle déterminant joué par le « flanc oriental » dans « l’Alliance ». 
 

Des soldats roumains participant à un exercice militaire de l’OTAN, appelé «Agile Spirit 2015» à l’extérieur de Tbilissi le 21 juillet 2015. (Photo de David Mdzinarishvili / Reuters)


 
Iohannis a exprimé la conviction que le sommet de l’OTAN de 2018 serait une étape importante dans le processus d’adaptation de l’Alliance aux défis et menaces actuels en matière de sécurité et que le B9* jouait un rôle clé dans sa préparation. Il a par ailleurs salué les progrès accomplis dans la mise en œuvre de la « présence avancée » de l’organisation dans la région (enhanced Forward Presence ou eFP à laquelle la France participe en Lituanie après l’Estonie), soulignant la nécessité d’adopter des décisions lors du sommet de Bruxelles pour assurer l’unité, la cohérence et la consolidation des mesures alliées sur le front oriental : « augmenter et sécuriser la mobilité des forces est essentiel pour accroître l’efficacité de la posture de dissuasion et de défense alliée. ». Iohannis également a rappelé l’importance que son pays attache au partenariat stratégique avec les États-Unis, saluant la participation de la représentante des États-Unis au B9.
 
Selon lui, la Roumanie reste un « allié crédible qui maintient ses engagements dans l’esprit de l’objectif du partage équitable des responsabilités », respectant le critère de l’OTAN des 2% du PIB accordés à l’effort de Défense et contribuant aux opérations internationales. Le président a également réitéré la nécessité de développer la coopération OTAN-UE, déclarant que les mesures visant à renforcer le rôle de l’Union européenne dans le domaine de la défense doivent se faire en complémentarité avec l’OTAN pour éviter les « chevauchements inutiles ».
 
Le président du Sénat, Calin Popescu-Tariceanu n’a lui, pas hésité à pointer du doigt la menace russe : « L’invasion de la Crimée en 2014 a rendu la menace russe encore plus actuelle, plus aiguë, bien qu’il nous aurait probablement été utile de prendre au sérieux les signaux précédents donnés par la Russie avec l’invasion de la Géorgie en 2008″, si « à l’époque les pays de l’UE et de l’OTAN n’ont pas eu de réponse appropriée (…) au Sommet de Varsovie, en juillet 2016, une décision a été prise de créer cette présence avancée de l’OTAN dans nos pays ». Cependant, il a insisté sur le chemin qui restait à parcourir, s’engageant en faveur de la coopération de la région : « Mais pour les pays membres de l’OTAN sur le flanc Est, la coordination et l’harmonisation de leurs politiques de défense sont nécessaires, qu’il s’agisse de mobilité ou d’interopérabilité, qui sont des éléments clés dans une logique de haute performance, d’être aussi efficace que possible ». La réunion B9 a d’ailleurs été le théâtre de discussions portant sur la coopération (militaire, industrielle, militaire, économique) « qui devrait être considérée afin de donner à nos armées une force aussi efficace que possible en cas d’agressions potentielles ».
 
Mihai Fifor, a déclaré que 2018 était la deuxième année où le pays consacrait 2% du PIB à la défense, soulignant que l’an passé environ 40% de ce montant avait été dépensé pour l’équipements de l’armée. « La Roumanie a tout intérêt à ce qu’une grande partie de l’allocation de 2% aux forces armées (…) retourne à l’industrie de la défense nationale. La Roumanie ne fait pas du shopping, la Roumanie veut donner un nouveau souffle à l’industrie de la défense nationale et ceci grâce à la coopération industrielle, au transfert technologique (…) la Roumanie a des projets qui génèrent des compensations pour le pays, par exemple le contrat des transporteurs blindés avec General Dynamics est un vecteur de compensation. L’usine mécanique de Bucarest sera améliorée avec cet argent et ce n’est pas tout. Nous avons également lancé le programme pour les quatre corvettes multi-rôles. »
 
Son homologue polonais, Mariusz Blaszczak, a déclaré que son pays allouait lui aussi 2% de son PIB à la défense et que 20% du montant serait destiné cette année à des projets de modernisation. « Comme nous le savons tous, les activités de la Russie nous obligent à accorder une grande attention à la sécurité. Je suis heureux que de plus en plus de pays accordent 2% du PIB pour la défense » a-t-il insisté. Il a ajouté que la Pologne souhaitait une « mobilité » accrue entre les pays du flanc oriental, précisant son intérêt pour la voie express Via Carpatia qui reliera les Etats baltes à la Roumanie et à la Bulgarie et se dirigera vers la Grèce : « c‘est une voie importante qui permettra une coopération rapide et une réponse rapide en cas de menace. » Selon lui, Polonais et Roumains sont « prêts à assurer la sécurité, non seulement » de leurs pays « mais aussi de l’Europe et du monde libre ».
 
Selon les propos tenus par Fifor ce mardi, la Roumanie doit rendre opérationnelle la Brigade multinationale de Craiova d’ici la fin de l’année, et elle compte sur la puissance militaire américaine. « La Roumanie a demandé à plusieurs reprises une présence militaire alliée sur son territoire afin que nous puissions avoir une brigade multifonctionnelle dans le vrai sens du terme, pas seulement en temps de paix. D’un autre côté j’ai demandé que la présence des troupes américaines se fasse sur le modèle polonais, c’est-à-dire en rotation, mais pour une période plus longue. » La force sera initialement construite autour d’une brigade roumaine comptant jusqu’à 4 000 soldats, soutenue par des troupes de neuf autres pays de l’OTAN, et complétant un déploiement séparé de 900 soldats américains déjà en place. Les plans doivent inclure des moyens aériens et maritimes supplémentaires pour donner à la force une plus grande capacité. En dehors de la Roumanie, la Pologne est le plus gros contributeur de troupes. La Bulgarie, l’Italie et le Portugal s’entraîneront régulièrement avec la force à Craiova, et l’Allemagne devrait également contribuer, indiquait Reuters en octobre dernier.
 
La Roumanie qui aurait 700 soldats déployés à l’étranger, doit entamer une vaste campagne de recrutement pour renforcer ses troupes. Il est également prévu d’acheter des milliards d’euros de matériel, dont les 227 Piranha V de General Dynamics, les missiles Patriot ou des hélicoptères lourds Black Hawk, pour s’imposer comme l’un des principaux acteurs de l’OTAN sur son flanc oriental. Ses « Marines » ainsi que leurs homologues américains réalisent cette semaine l’exercice amphibie d’envergure Spring Storm 18 aux abords de la Mer Noire. Selon la presse roumaine, « le scénario comprend un épisode de débarquement amphibie et une bataille contre un groupe paramilitaire  hostile. Les Marines roumains et américains attaqueront le territoire ennemi, et les militaires à bord sécuriseront la zone d’intervention, a expliqué l’état-major des forces navales. Après l’anéantissement de l’ennemi, les hostilités se poursuivront dans un champ de bataille urbain où les troupes s’exerceront à désactiver des bombes improvisées, à libérer des otages et à reprendre une localité reculée ».
 
Si la Roumanie se plie aux exigences de l’OTAN, et surtout qu’elle achète américain, elle attend des retombées économiques certaines pour le pays et son industrie d’armement. Le leader du parti au pouvoir, Dragnea, a déclaré cette semaine : « nous avons un très bon partenariat en matière de défense mais je crois que la Roumanie a le droit de bénéficier d’une compensation économique. Nous avons suivi tous les engagements militaires, maintenant, nous aimerions avoir des avantages économiques (…) nous, pas quelqu’un d’autre, avons rempli l’objectif de 2% pour la défense. Nous ne voulons pas que ces 2% quittent le pays, nous voulons que la majeure partie de l’équipement militaire soit produite en Roumanie ».
 
*Lancé à l’initiative de la Roumanie et de la Pologne en 2014, le B9 comprend la Bulgarie, la République tchèque, l’Estonie, la Hongrie, la Lituanie, la Lettonie, la Pologne, la Roumanie et la Slovaquie.