De nouveaux moyens et une nouvelle structure en perspective pour la future « Force Terrestre » belge

Share

Nouveau nom, nouvelle structure, nouveaux moyens : la note de politique générale accolée au budget 2025 de la Défense belge dresse un premier panorama des évolutions envisagées à court terme pour la Composante Terre. 

« La Défense revient de loin et peut désormais se réinventer », indique le service piloté par le ministre flamand Theo Francken en préambule de sa note de politique générale pour 2025. L’heure est en effet à l’accélération pour l’un des plus mauvais élève de l’OTAN en matière de dépenses militaires rapportées au PIB. L’écart budgétaire doit en théorie être rattrapé cette année, une ambition qui se solde par une série d’actions programmées dès cette année en attendant une Vision stratégique et une loi de programmation militaire remaniées pour répondre dans la durée à un contexte sécuritaire dégradé. Certaines de ces évolutions structurelles et matérielles porteront sur la Composante Terre. 

Ne dites d’ailleurs plus Composante Terre, mais « Force Terrestre ». Derrière la cosmétique, la nouvelle dénomination serait, selon le ministère, « plus en phase avec les nouvelles ambitions, un état de préparation accru et une croissance accélérée de la Défense ». Officialisée le 21 juillet prochain, la démarche s’accompagne d’une évolution structurelle majeure pressentie dans l’accord de gouvernement de février dernier : la création d’une seconde brigade motorisée. 

Désormais « accélérée », l’émergence d’une seconde grande unité terrestre doit « permettre une meilleure gestion des bataillons de combat et des unités d’appui existants ». Et répondre au passage à une demande de l’OTAN pour laquelle l’horizon était jusqu’alors fixé aux alentours de 2040. Basée à Marche-en-Famenne, l’actuelle Brigade Motorisée sera scindée en une 7ème brigade et une 1ère brigade, celle-ci installant son quartier-général à Bourg-Léopold. Une fois la scission actée, chacune sera armée d’environ 2800 militaires, un volume étrangement bas pour une unité rassemblant actuellement 7500 combattants. Leurs effectifs continueront néanmoins d’évoluer pour atteindre, selon le plan, quelque 3700 combattants d’ici 2032.

« La Belgique augmentera immédiatement les dépenses de défense pour cette année à 2 % du PIB », poursuit la note en écho à l’accord de Pâques décroché il y a peu par le nouveau gouvernement. Résultat : des crédits d’engagements qui atteindront près de 13 Md€ en 2025, dont 4,8 Md€ sous forme de « provision » et plus de 2,6 Md€ pour le renouvellement des équipements. L’essentiel sera fléché vers les matériels majeurs, à commencer par ceux acquis dans le cadre du programme phare « Capacité Motorisée » conduit en partenariat avec la France.

De fait, le pilier matériel de la transformation CaMo va encore s’étoffer. Hormis un premier blindé Griffon espéré dans le courant de l’été, la dynamique engagée en 2018 devrait se poursuivre avec la commande de nouveaux mortiers et de véhicules SCORPION supplémentaires. Version export des postes français CONTACT, les radios logicielles SYNAPS réceptionnées en début d’année sont progressivement intégrées sur les anciens et nouveaux véhicules. Liés de près ou de loin à CaMo, de nouveaux véhicules de franchissement devraient être acquis « en remplacement du matériel dont la Défense a fait don à l’Ukraine en 2024 », de même que des camions, remorques et véhicules de dépannage lourd supplémentaires. 

Cohérence oblige, le soutien des Griffon, Griffon MEPAC, Jaguar et futurs Serval se prépare dès maintenant avec une première phase de travaux d’infrastructure attribuée en 2025 pour les sites de Marche-en-Famenne et Bourg-Léopold. Deux autres phases suivront pour adapter cinq autres quartiers d’ici à 2030. Les investissements s’étendront aussi aux lots d’autonomie initiale de projection (AIP) et aux munitions de 155, 120, 81 et 40 mm nécessaires aux CAESAR Mk II, Griffon MEPAC, mortiers et Jaguar bientôt commandés et/ou livrés. La Défense prévoit enfin la notification d’un marché de soutien global des véhicules CaMo, camions blindés, Falcon et autres outils de simulation. Un marché baptisé « Land Systems Logistic Support » (LS2) négocié avec le trio formé par Thales Belgium, John Cockerill et FN Herstal. 

D’autres dossiers impliquant en tout en partie la Composante Terre sont annoncés. Buggies tout-terrain, véhicules blindés, bateaux pneumatiques largables, skis et parachutes viendront renforcer le panel de moyens d’un Special Operations Regiment doté à terme d’une capacité « SOF Air ». Complémentaire de l’A400M, cette capacité reposera sur cinq avions équipés de capteurs spécifiques, autre dossier dont la matérialisation est pressentie pour 2025.

Mais c’est surtout sur la défense sol-air que la Défense prévoit de progresser. Tout ou presque est en effet à (re)construire dans un domaine devenu prioritaire. Un pas serait théoriquement franchi cette année avec l’adoption d’un système très courte portée portable d’une portée de 4 km. Un MANPADS complémentaire de « missiles pouvant être tirés depuis un véhicule ou un trépied », écho direct au retour du système MISTRAL dans l’arsenal belge. Peu d’options s’offrent à la Défense en matières de MANPADS. Faute de solution mature dans le catalogue de MBDA, celle-ci devra a priori se tourner vers le Stinger américain, le Starstreak britannique ou le Piorun polonais. Pour le MANPADS comme pour le MISTRAL, des crédits sont en tout cas fléchés vers l’achat de munitions. Inscrite dans la continuité de la DSA, la lutte anti-drones n’est pas oubliée avec la commande annoncée de systèmes portables. 

Quant aux couches supérieures du futur bouclier anti-aérien belge, celles-ci relèveront davantage de la Composante Air et Espace. Elles seront le fruit d’un partenariat BENELUX, cadre privilégié pour le développement d’un système multi-couches dont les premières briques sont l’objet de préparatifs visant à notifier une commande en 2025. L’effort est étroitement lié à celui engagé en faveur de nouveaux radars « en cours d’acquisition » et intégrés « dans un avenir proche » dans la chaîne de commandement et de contrôle. 

Voilà, en partie, pour 2025. L’ambition est d’ores et déjà élevée. Reste à voir ce qui pourra être réalisé en moins de huit mois avant de basculer sur l’exercice suivant. Quelques zones d’ombres subsistent par ailleurs, notamment sur le financement de cette trajectoire budgétaire accélérée et sur les domaines capacitaires qu’elle soutiendra en priorité. Pour cela comme pour bien d’autres questions, il faudra attendre une Vision stratégique a priori présentée avant la pause estivale pour de résultats concrets qui n’apparaîtront, selon le ministère de la Défense, « qu’à partir de 2026 ». 

Crédits image : Composante Terre / Adrien Muylaert